CHAPITRE II
Histoire des Français sous la première race.
La ligne politique des rois français était écrite dans ctlc prière qui termine le prologue de la loi salique : «Vive Christ ! il aime les Francs : qu'il conserve le royaume ; qu'il remplisse ses magistrats des lumières de sa grâce ; qu'il protège l'armée ; qu'il nous donne le mérite de prouver notre foi; qu'il nous accorde les joies et la félicité de la paix ! que Noire-Seigneur Jésus-Christ nous accorde des chefs \iieux ! car nous sommes cette nation brave et forte qui secoua de .si lête le dur j(»ug des llomains, et qui, aprè.s avoir r'çu le baplèiue , orna somplueiisenuml d'or et do pierres jirécieuses les coi ps des saints iiiai I \rs (pu; les llomains avaient brûlés par le feu , massacrés et mutilés par le fer et fiit déchirer par les hèles. »
SOIS LA l'KKMliUi: UA(.K. 57
Clovis devenu, vn VM, roi dos lorces catluiliqncs dt-s canln'es situées eulie la Meuse et la Loire, se liàla de prouver (|uelle était sa loi politiijue. 11 luarclia d'abord coutre les ariens de Bourgo{,'ue elles souuiit au tribut. Il laissa sur leur territoire un camp de cinq mille Francs. Ensuite, dit Grégoire de Tours, il dit encore une fois aux siens : « Il m'est triste de voir ces Goths arions posséder une partie des Gaules. Allons, avec l'aide de Dieu, allons vaincre et soumettous-nous cotte terre. » Il attaqua en effet les Visigotlis, il ressaisit l'Auvergne et le Poitou, et poussa même ses armées jusqu'au pied des Pyrériées. Mais ces conquêtes ne furent point solides; et son pouvoir resta incertain et disputé dans presque toutes les provinces. Eu effet, il n'y avait alors qu'un moyen de s'assurer une contrée , c'était d'y asseoir un camp et d'y fonder un corps de bénéfices mililain-s'. Or, il n'y avait pas alors en ^France assez d'honunes de guerre pour fournir à d'aussi nombreuses garnisons. Aussi ce ne fut que plus tard que la Bourgogne fut réellement soumise et les Visigotlis définitivement chassés. Il ne lui resta pour le moment que les contrées oîi le peuple des cités était assez nombreux pour pouvoir se garder lui-même. Il paraît en effet que, partout, les catholiques des villes avaient appelé la domination de Clovis, et l'on doit penser qu'ils firent tous leurs efforts pour se conserver sous sa protection.
Ce fut, sans doute, en grande partie parce qu'il manquait d'lionm":es de guerre, que Clovis se défit des rois de Cambrai, de Cologne, d'un certain Cararic qui commandait, à ce qu'il parait, du côté de Verdun, et qu'il s'acquit par ses négociations l'obéissance des Francs qui leur étaient soumis. Le corps le plus considérable des feudataires dont il conquit la possession par ce moyen, fut celui des soldats nommés plus particulièrement ripnaires. Il était composé d'une population militaire instituée par les Romains pour défendre la frontière du Rhin. Il occupait le triangle formé par le cours de ce fleuve, et ceux de la Moselle et de la Meuse. Ce vaste camp avait été formé primitivement de troupes romaines et recruté d'hommes de toutes nations. Il s'était révolté et s'était donné des chefs indépendants, lors des grandes invasions du commencement du siècle. II était donc, par son origine et ses habitudes militaires, tout forn:é à la discipline de l'armée de Clovis ; il était de la niëme race militaire que celle répandue dans le reste des Gaules, dont ce roi avait été firoclamé le chef, c'est-à-dire, en partie romain, en partie gaulois et en partie franc.
Nous ne nous arrêterons pas davantage sur les actes de Clovis. En ( tï-'t, nous ne nous sommes pas proposé d'écrire une histoire, To:»iK I. 4
r)8 msTOiun des fhançais
mais de tracer mie esquisse siiflisante pour prouver rexactitiule de nos généralilôs. Il nous suffit donc d'avoir montré Ciovis lidèlc ;\ sa missiou callmlique. Nous allons continuer avec la même brièveté l'examen des événements qui signalèrent le commandement de ses (ils.
Succession di- Ciovis. — A sa mort, le royaume fut partagé entre SCS quatre fils. Thierry eut le déparlement de TAustrasie et des Allemands qui occupaient les bords du haut Rhin; il résidait à Metz. Clodomir eut pour résidence Orléans, Childebert Paris, et ^Jlolaire Soissons. De ces quatre princes, Thierry seul avait commandé les armées. Il avait conquis l'Auvergne et le Quercy pour son père et combattu contre les Gotlis d'Italie. L'histoire ne nous apprend pas que les autres aient joué le moindre rôle militaire pendant la vie de Ciovis. Ils étaient, en effet, encore fort jeunes à sa mort : le plus âgé avait ;\ peiue dix-sept ans. Cependant le partage exista et resta solide. Il est donc frès-probable que Thierry, qui était l'aîné et déjà père d'un fds que les chroniques ajipellent beau et utile, qui était fait aux affaires et d'ailleurs ne manquait pas d'ambition, qui avait assez peu de bienveillance pour des frères nés d'un autre lit et du sang de Clolilde, lorsque lui-même n'était fds que d'une concubine, il est très-probable, disons-nous, qu'il ne fut empêché de réunir tout le royaume sous sa main, que par la prévoyance de son père. Des généraux, sans doute, avaient été chargés de conserver une portion d'autorité aux enfants qu'il chérissait le plus, et, en outre, leur mère y veilla.
Quoi qu'il en soit, à peiue les jeunes princes furent-ils arrivés i\ l'âge d'homme, qu'on les voit poursuivre les projets de leur père, soit isolément, soit en unissant leurs forces. La Bourgogne fut définitivement conrpiise après plusieurs campagnes dans l'une des- ([uelles Clodomir fut tué. Les Visigolhs furent rejetés en Espagne, et luie armée française passa même les Pyrénées. »
Thierry d'Austrasie fut celui des (piatre frères tjui prit le moins de part à cette communauté d'expéditions; au moins le lit-il toujours avec répugnance et par nécessité. Cependant, ce fut en s'alliant â Clolaire qu'il conquit la Thuringe. Les motifs qu'il donna ;\ ses soldats, pour les encourager à cette expédition, sont curieux à citer, parce qu'ils furent fondés sur des griefs que les provinces de France élevaient en comnnui contre le peuple de Thuringe. « Souvenez-vous, leur dit-il, que, ces gens ont été pour vos pères, les plus cruels et les plus perlides ennemis; ils ont égorgé leurs otages; ils oui saccagé leurs teires; ils ont lue et torturé leurs enfants et leurs femuu's et leurs vierges; ils ont livré leius corps potu' pâture
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aux chiens et aux corbeaux. Aujounl'hiii ils nous manquent de foi! le droit est de notre côté. Avec l'aide de Dieu, allons. »
Thierry ne voulut |ioiul participer à la dernière expédition qui réduisit la plus grande partie do la Bourgogne en province française. Mais il pouvait donner pour motif, qu'il était allié par les fennnes à la famille royale de ce pays. 11 avait d'ailleurs quelque mécontentement contre Cliildebert de Paris, Tua des envahisseurs de la Bourgogne, qui, pendant qu'il était occupé en Thuringe, s'était rendu maître de l'Auvergne. 11 prolita même du temps pendant lequel celui-ci guerroyait, pour remettre l'Auvergne sous son commandement. Nous dirons quelques mots de cette expédition, parce que, suivant nous, elle a été présentée sous un jour faux, par les écrivains modernes. Ils ont eu le tort, ici, comme dans idusieurs autres circonstances, de ne consulter qu'une seule des chroniques du temps.
Thierry, dit-on, ne voulant pas aller en Bourgogne et pressé par les siens, qui regrettaient cette occasion de fortune, leur dit : « Je vais vous conduire dans un pays oii vous trouverez tout ce que votre cupidité peut désirer; » puis il les conduisit en Auvergne, et toute la contrée fut ravagée. Tel est le fait qu'on a rapporté et qui peut servir à prouver que chacun des fils du prince était roi d'un royaume différent et non commandant d'un corps d'armée dans un même royaume. Voici, maintenant, les faits qui ont été négligés. Thierry avait délivré ce pays de la domination des Visigoths. Dans certains lieux il avait établi des feudataires pour le garder ; dans d'autres, il avait reçu le serment de ceux qu'il avait vaincus, quoique plusieurs fussent souillés de la lèpre arienne. En effet, quelques années plus tard il fallut faire une nouvelle guerre dans ce pays pour y éteindre Tarianisme qui avait repris les armes. Or, tous ces hommes manquèrent à leurs serments, en se donnant à Childebert. Les sénateurs de la cité d'Auvergne faillirent aussi à leur foi ; ils profitèrent de leur indépendance pour changer de maître. Thierry les punit cruellement, et il employa le moyen barbare usité dans ces temps de guerre, pour assurer la fidélité de la province : il en changea les seigneurs et les gardiens. Quelques violences furent commises contre les églises; mais il y a des preuves que leurs auteurs furent sévèrement punis (1).
On trouve à cette époque plusieurs actes d'une égale violence, qui expriment la jalousie que les frères avaient les uns pour les autres et le désir que chacun d'eux avait d'être seul roi. Mais aussi
(1) Voyez De miraculis S. Jtdiani, Collect. des Bônédict. t. II, p. 460.
'i<> nrSTOlKK DFS inANÇ.VIS
on on Iroiivo plii?ienrs où se nianjut' une liuiilc ot communo in(elligence. Nul doute que ceux-ci n'aient eu lieu sous l'inspiratidn des évoques; dans plusieurs circonstances, nous en trouvons la preuve dans les chroniques. C'est sous celle inspiration que fut entreprise l'invasion d'Italie, et la guerre contre les Ostrogolhs ariens qui l'occupaient. C'est de toute probabilité par le même conseil qu'on envoya de l'autre côté des Alpes, à la solde même des Golbs, dix mille Bourguignons ariens dont on se débarrassa de cette manière et que plus tard enfin les Francs condu'sirent une armée nombreuse d'Allemands, pour faire un établissement en Italie. Ils y périrent autant par les maladies, que par les armes de Narrés. Ainsi, malgré la division de la succession de Clovis, la France agit avec une grande unité dans le sens de son but catholique. Cette division cessa en .^.-iS, alors que Clotaire, par la mort de tous ses frères ot de leurs enfants mules, se trouva seul roi des Français. L'empire comprenait à cotte époque, non-seulement tout le territiiire situé entre les Alpes, les Pyrénées, la mer et le Khin; mais encore la Tburinge, la Suisse et une partie de la Bavière actuelle, Lors(ju'on lit le détail des guerres entre frères, il est une chose (jui se comprend difficilement : c'est comment, pour aller d'une province qui leur était feudataire, dans une autre qui leur était également soumise, ils passaient avec leur armée sur un territoire qui ne leur appartenait pas et qui même, en ne tenant compte que du nom du loi qui l'avait en partage, eut dû leur être hostile. Ce fait serait incompréhensible aujourd'hui. Voici comment il s'explique.
Chaque roi avait avec lui une petite légion de fidèles qui l'accompagnait partout. Les Romains appelaient cette espèce de soldats milites comilatcmcs. Celait à l'aide de ce corps plus ou moins nombreux (|u'it pouvait faire la guerre civile. Il nous parait à peu près certaiu qu'ils n'avaient le droit de faire sortir les feudalaires de leurs provinces que dans le cas d'une guerre nationale. Or, quel que fût le territoire qu'un roi traversât, il rencontrait, sans doute, des camps de soldats ripuaires; mais ceux-ci le lespectaient comme \m de leurs chefs, le laissaient passer, sans chercher le but de sa marche, assurés qu'il n'avait rien à leur commander qui ne fût national, il n'eu fut plus ainsi dans les troubles qui marquèrent lu succession de Clotaire.
Sucvessiun de Clotaire. — Ce prince mourut en ."itil. Il laissa encore quatre (ils, dont le moins à;;é avait vingt-cint] ans, et (pii se partagèrent le connnaiidt'iui'iil du royaume. (Ihariberl eut Faris; Contran, Orii'ans cl la Boingogue ; Chilpéric, Soissons; et Si-
SOL:^ LA PREM|(;rE RA(K. 41
iîobert, i'Aii.sIrasie. (Miacuii t'iif uiu' purl di's lril)iUs de TAquilaine l'I do la Provence, aliii qu'ils fussent tous également intéressés à les défendre.
Le temps de celle succession fut, à la différence de celui ([ui le précéda, plus occupé de guerres civiles que de guerres sociales. Il semble qu'à mesure que l'on s'éloigne de Clovis, l'esprit et l'intelligence du nouveau but social aillent s'amoindrissant, et qu'en même temps que l'énergie mililaii e trouve moins d'occasions de se dépenser en actes utiles, elle s'emploie à se détruire elle-même. 11 y eut quelques tentatives d'invasion dans l'Italie, alors possédée par les Lombards, mais elles lurent dépourvues de vigueur, et elles avortèrent.
Les deux grandes ligures qui dominent la guerre civile qui sépara les frères et leurs lils, sont celles de Bruiieliaut et de Frédégonde. Dans leurs luttes et leurs liaines, tout semble égoïsme. Il y avait cependant encore un autre élément; c'est que l'une, Bruneliant, était étrangère, de sang visigotb, arienne d'éducation, chrétienne seulement par mariage; l'autre était catholique et de naissance inférieure. Aussi le parti de Frédégonde l'emporta enfin. Clotaire H, son fUs, se trouva, en 614, unique roi des Français, par la mort de tous ses compétiteurs.
C'est dans les chroniques où on lit Thistoire de ces troubles, que Ton rencontre pour la première fois, le nom de duc et celui de maire du palais. Ces chefs secondaires, qui commandaient directement le corps de fidèles attachés à la personne du roi, acquirent en effet une grande importance dans une guerre entretenue par deux femmes, non-seulement pendant la vie de leurs maris, mais encore sous le nom de leurs enfants. Nous en avons fait connaître la raison. Il se trouva, lorsqu'elle fut terminée, qu'il y avait un maire du palais en Bourgogne, un autre en Austrasie et un autre en Neustrie.
Clotaire II mourut en 028. Il laissa deux fds : Dagobtrt et Caribert. Il avait associé le premier au commandement, en lui donnant la garde d'une frontière toujours menacée, toujours incertaine, celle de l'Auslrasie.
Succession de Clotaire II. — Dagobert associa Caribert au commandement. Il lui donna le gouvernement de la Provence et d'une Itarlie de l'Aquitaine, et, pour résidence, Toulouse. Mais il ne tarda pas à se trouver seul roi par la mort de son frère.
Le règne de Dagobert ne fut occupé que par quelques actes de conservation. La France resta, d'ailleurs, immobile dans ses frontières. (]e prince mourut en (lôS, laissant deux iil-. dont il avait
déjà associé l'aîné an goiivcniemenl, en lui donnant le commandement de l'Austrasie. Il avait recommandé le second pour le commandement de Neustrie et de Bourgogne.
Succession de Dagobert. — Sigebert, son fds aîné, qui était déjà roi d'Austrasie, n'avait pas encore atteint dix ans. Clovis, son second fils, fut élevé au gouvernement du reste de la France, par les soins d'.Ega, maire du palais, et de sa mère Nanlhilde. Pépin, maire du palais d'Austrasie, l'évêque Cunibert et quelques grands officiers de la cour de Metz, vinrent à Compiègne pour faiie le partage, et ils emporlèrent avec eux la portion d'héritage qui revenait à Sigebert, dans les trésors de son père, c'est-à-dire dans les biens qui lui avaieui appartenu en propre.
Ainsi, dans toute la France, les maires du palais, qui prenaient aussi, avec raison, le litre de ducs de Neustrie ou d'Austrasie, puisqu'ils commandaient les deux grandes divisions de l'armée française distinguées par ces noms ; ces maires se trouvèrent chargés du commandement réel du pays. Dès ce jour, ils ne cessèrent plus de gouverner la fortune de la France. En efîet, il se trouva deux motifs pour que cette institution primât la royauté. D'abord, les rois n'étant plus forcés à l'aclivilé par l'incertitude et l'agitation du milieu où ils vivaient; n'ayant plus dans les Gaules d'ennemis du catholicisme à combattre, et, par suite, dépourvus de toute passion sociale, car on ne leur en avait pas enseigné d'autre, les rois se laissèrent aller aux appétits qui vivent toujours dans le cœur des hommes, parce qu'ils font partie de leur chair ; ils s'abandonnèrent aux voluptés de l'égoïsme ou au simple désir du salut personnel, qui est une autre espèce d'égoïsme. Dagobert en donna le premier l'exemple ; et, du moment oii les ducs du palais, où ces majorsgénéraux de l'armée fiançaise eiu'cnt à gouverner des rois enf,inls, ils ne leur permirent point d'acquérir l'intelligence du pouvoir. Nous allons voir la succession de Dagobert oflVir les premiers exemples de ce calcul.
Les maires conservèrent sur les rois l'avantage de l'habileté et du mérite administratif et militaire. Nous les verrons bientôt surpasser leurs princes en autorité réelle. Le mode d'élection consacré par l'usage, pour celte dignité, fut sans doute la cause de celle siq)ériorité constante. Ils étaient choisis par une assemblée plus ou moins irrégulière, il est vrai, mais toujours composée des évèques les plus inlluents, des ducs de l'armée et des comtes, c'esl-à-dire, en définitive, par une suite de plaid (1). Le choix de rassemblée
(1) FrcJeg. S.Greg. épis, tnron. Kpitomata, 59.
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était soumis ensuite à rapiirobutioii du roi : quelquefois même on s'en passait. Cet usage ne permettait pas à des hommes médiocres d'acquérir cette liante dignité ; elle ne permit, non plus, jamais au fds de succéder à son père, que lorsque ce fils était doué d'un mérite évident et déjà démontré. Il résultait encore de cet usage que le maire du palais était plus le représentant des liants dignitaires de la nation, que le ministre du roi. D'ailleurs, ce serait une erreur de croire qu'on n'appelât à la mairie du palais que des Francs d'origine. Il existe des exemples positivement contraires (I). En général, à cette époque, il ne faut pas juger, comme du temps de lempire, de l'origine des hommes par le caractère plus ou moins barbare de leur nom propre. C'est une erreur que Yvn commet trop souvent. Il est rarement possible, au moment où nous sommes, de distinguer les noms propres gaulois de ceux des Francs. La mode de latiniser était passée ; le son celtique était revenu dans toute sa rudesse (2).
Au moment où nous sommes, les chroniqueurs commencent à parler des successions des maires, comme ils parlaient de celle des rois et de celle des évêques métropolitains. Ainsi, ils nous apprennent que Pépin et .Ega étant morts, ils furent remplacés par Grimoald, à Metz, et par Erchinoald, à Paris. Il en était ainsi en 6oG, lorsque Sigebert vint à mourir et laissa un fils enfant. Le duc de son palais fit raser ce jeune enfant et le fit déporter en Angleterre. En sa place, Grimoald proclama roi son propre fils. Mais c'était un essai trop hardi et trop neuf, qui révolta l'opinion publique. Ce duc et le roi de sa création furent arrêtés, et Clovis II se trouva, en définitive, unique roi de toute la France, avec deux maires du palais. Le traître Grimoald avait été remplacé par un chef austrasien qui avait nom Ulfoald.
Clovis II mourut peu de temps après cette réunion, laissant trois fils en bas âge et la réputation d'un esprit faible. Les chroniques citent de lui plusieurs actes d'une compatissante bonté. Balhilde, sa femme, reçut le titre de sainte.
Succession de Clovis II. — .11 semblait que la France allait se séparer en deux royaumes, celui de l'Austrasie et celui de Neustrie, parce qu'il y avait deux maires, et que la nécessité de défendre une
(1) Anno undecimo regni Theuderici, subrogatur majordomus, Claudius, génère Romanus. (Fredee., Chr. 28.)
i2 Qui ne considérerait, comme francs, les noms suivants: Maurhaus, Wittairus, Godemar, Aœalgaudus, Rainardus, Hiltrarius, etc.; ce sont cependant des noms de serfs colons et de serfs censitaires. (Polyptique d'Irminon, publié par yi. Guerard, passim.)
44 HISTOFRR DFS FRANÇAIS
frontière plus menact'f que luute aulre avait rendu nécessaire, sous Je dernier règne, de maintenir à Metz un second duc du palais, comme il avait été auparavant jugé utile d'y placer un roi. En elTet, contre l'usage suivi jusqu'à ce jour, les trois frères ne reçurent point un commandement : deux seulement reçurent le titre de roi, Clotaire en Neustrie et Childéric en Austrasie. Presque en même temps Ébroïii succédait à Ercliinoald, comme mawe à Paris.
Cette tendance, qui menaçait de rompre la nationalité française, fut énergiquement combattue par les évéques aussitôt qu'ils en trouvèrent l'occasion.
Elle se présenta à la mort du jeune Clotaire de Paris. Ébroin l'avait remplacé aussitôt, en ap|)el uit sur le trône son jeune frère, Thierry, celui-là même qui avait été oublié dans le premier partage. Cependant les Français, excités par Saint-Léger, évêque d'Aulun, se révoltèrent contre ce choix et contre Ébroïn. Ils accusèrent celui-ci et lui imputèrent à crime des actes qui peut-être avaient été justes. Ils appelèrent à les gouverner Childéric de Metz et Ulfoald, son duc du palais. Quant à Thierry et à Ébroïn, ils furent rasés et enfermés dans un monastère.
Mais cet arrangement ne put durer. Siint-Léger, devenu suspect, fut chassé et enfermé dans un couvent. Soit à cause de ce crime, soit par suite de ses habitudes vicieuses, le nouveau roi devint odieux aux peuples de Neustrie : il périt misérablement, tué par un Franc (|u'il avait insulté. Alors le royaume fut plongé dans le désordre; mais ce fut de ce désordre même que l'imité sortit toute-puissante.
D'abord les hommes de Neustrie et de Bourgogne rappelèrent au commandement royal ce jeune Thierry qu'ils avaient chassé, il n'y avait que quelques années. Il prit pour maire le fils d'Erchinoalil, uu parent de Saint-Léger, nonuné Leudèze. Mais il fut bientôt forcé de rabaudonner et de recevoir, pour son duc, Ébioïn, iy,ii avait profité des troubles pour s'échapper ainsi que pour rassembler et armer ses amis. D'un aulre côté, Ulfoald, maire d'Austrasie, envoya chercher en Angleterre le tils déporté de Sigebert et le lit roi sous le nom de Dagobert. Ainsi l'orient et l'occident de la France furent encore en apparence maintenus séparés. Mais ces deux contrées étaient déjà depuis trop longtemps membres d'un même corps ; elles tendaient toujours à se réunir. C'est par la giUMie (jue cette attraction se manifesta. Les deux rois, les deux maires, vinrent mesurer kur fortune sur le champ de bataille et remettre aux chances du cond)at leur droit au souverain oommaudemeiit. Dagobert de Metz v trouva la mort. Le vii-il Ulfoald
SOLS LA l'KK^IIÎiUK lUIK. V-\
:tv.iil t'-it' rt'inplacé par deux joiiiu's ducs, Martin el Pépin dit d'ilôrislal, qui se larguèrent du droit de leur élection et refusèrent de reconnaître Khroïn pour leur maire. La guerre continua donc. Ébroïn, fort de sa vieille expérience, eût triomphé, sans doute ; déjà il avait mis en déroule ses nouveau.x ennemis, lorsqu'il périt, assassiné par un Franc qu'il avait privé de son bénéfice.
Alors la chance tourna : elle fut pour le maire d'Austrasie. Thierry ne sut pas remplacer son maire ; son choix fut contrarié ou ne tomba que sur des hommes violents et incapables. Lors donc que Pépin vint en appeler encore une fois, selon son expression, au jugement de Dieu, le représentant de Thierry fut vaincu, et luimême fut obligé de reconnaître son ancien ennemi pour le premier chef de ses lidèles. Cette guerre de Pépin contre son roi fut une chose grave, dont il faut lire la narration dans les Annales de Metz. Il ne négligea rien afin qu'on lui donnât le titre de défenseur du droit national, de protecteur de la religion et des coutumes militaires. En effet, sous Thierry, toutes les croyances avaient été offensées : ses ducs avaient traité les peuples, non pas en frères, mais comme un domaine, en établissant des impôts qui n'étaient l)as dus et en exerçant d'odieux pillages. Ils avaient profondément blessé les sentiments religieux : par l'ordre d'Ébroin, Saint-Léger, évêque, l'homme d'Église le plus respecté en Neustrie, fut torturé, mutilé, traité avec une cruauté qui rappelait les anciens martyrs. Entin les coutumes n'avaient ptas même été respectées ; les grades, les commandements et les fiefs avaient été ôtés et donnés par caprice, sans respecter les règles du serment. Il fut donc facile à Pépin de se faire passer pour le restaurateur des anciennes lois. Il s'était, d'ailleurs, entouré de mille précautions : il menait avec lui un corps d'exilés; il avait pour conseillers des ecclésiastiques. Ainsi il réussit, et un de ses premiers soins, après s'être fait reconnaître de Thierry, fut d'assembler un concile pour y arrêter les moyens de réformer les abus.
En ()!(0, quatre ans après ces événements, Thierry mourut, seul roi des Français. Il laissa deux fils, Clovis et Cliildebert. Mais ses successeurs cessèrent d'être rois de fait : leurs noms ne firent que .servir de prétexte à l'autorité des maires. Nous cesserons donc de suivre la succession des princes de la race de Clovis, pour nous occuper de celle des maires.
Pépin, pour faire passer son pouvoir et son titre à ses enfants, se servit des moyens qui avaient été usités par les rois ; il associa ses lils à son commandement, donnant celui de Neustrie à G ri-
moald, et celui de Champagne à Drogo. Pendant ce temps, il ne fit reconnaître qu'un seul roi. Ce fut d'abord Clovis III, puis Cliildebert II, puis ensuite le fils de ce dernier, Dagobert II, car la domination de Pépin consomma presque trois vies de rois. Il mourut sous le règne du dernier, en 714.
Les arrangements qu'il avait faits pour assurer dans sa famille riiéritage du pouvoir furent méconnus à sa mort. C'était un usage nouveau qui n'avait pas l'appui du temps et qu'il était, à cause de cela, difficile de réaliser. Pendant sa vie, nul n'avait pensé à s'opposer à ses volontés. 11 s'était, en effet, rendu maître de l'opinion publique, autant par le re.'ipect qu'il portait aux coutumes militaires, que par son zèle pour propager le christianisme en Frise, par les armes et par les missions. A sa mort, la France fut sur le point de perdre l'unité qu'il y avait établie. Il ne laissait, en effet, personne qui parût après lui capable de recueillir son immense héritage. Ses deux fils aînés, Grimoald et Drogo n'existaient plus. On dit même que ce fut le chagrin de les avoir perdus qui le tua lui-même. Quoi qu'il en soit, en mourant, il ne laissait qu'un fils naturel en état de lui succéder. C'était Charles, celui qui fut plus tard Charles Martel. Il le recommanda à ses amis, les priant de lui donner le pouvoir que la mort lui enlevait. Mais il laissait, en même temps, après lui, sa femme légitime, du nom de Plectrude, et un petit-fils, encore enfant, du nom de Thibaud. Lorsqu'il ne fut plus présent, on lui désobéit. Plectrude fit proclamer son petit-lils et enfermer Charles dans une prison. Elle ne trouva pas d'opposition en Austrusie; mais les Neuslriens ne voulurent point obéir à une femme : ils se donnent un maire du nom deRainfroy, et, conduits par lui, ils vont chasser Plectrude du gouvernement de l'Austrasie. Ils la poursuivirent jusqu'à Cologne, où elle s'était mise avec son pelit-filssous la protection des citoyens. Ils l'y assiégèrent. Ce ne fut qu'à prix d'argent que Plectrude obtint la levée du siège.
Cependant, Charles réussissait à s'échapper de sa prison (TITi). Son évasion fut regardée comme un miracle. Cette circonstance, selon les chroniqueurs, contribua plus encore que les reconnnandalions de son père, à lui donner des amis et des soldais. Sa première action, aussitôt qu'il eut quelques fidèles, fut digne de sa fortune. 11 poursuivit UaiiilVuy dans sa retraite. Ce premier succès lui ayant donné la faveur publicpie, il obtint sans peine le litre de miiirt! que son père lui avait des^tiné.
Pendant le cours de ces événements, le dernier roi élu par Pépin, dont Kainfroy s'était emparé et qui lui servait de titre et
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(lo préloxlc pnvir disposer du goiivernoiiient enlior de la France, DiiiiditTl II avail terminé sa courte etoisive exisleiice(2ijiiiii 7l.'i). IliiulVoy se hâta de proclamer son fils sous le nom de (lliildério il. .Mais Charles refusa de le reconnaître. De là une guerre, où peutêtre les deux adversaires n'apportaient que les intérêts de leur ambition, mais dont le résultat définitif devait être de rétablir, eu France, l'unité un moment détruite. Dans cette lutte, qui dura piu>ieurs années, Charles l'emporta. Il chassa Rainfroy de la Neustiie. Il relira Chilpéric de l'Aquitaine, oîi il s'était enfui, et raflermil enfin sur le trône cet obscur rejeton de la race de CInvis (7:2(»). Ainsi, les Français se trouvèrent avoir à leur tête un duc élu en Anstra^ie et un roi proclamé en Ncuslrie.
Charles se contenta, pour le moment, d'avoir en sa possession ce prince, qui était comme un gage et une sanction pour son pouvoir. La guerre le rappelait sur les bords du Rhin; il quitta donc la Neustrie, laissant Rainfroy, encore \ivant et armé, dans le pays d'Angers, et le duc Eudes maître de l'Aquitaine, mais assuré,' cependant, par un traité, de la neutralité de celui-ci.
Le duc d'Aquitaine n'eût peut-être pas tardé à profiter de l'absence du maire auslrasii.'n, pour donner carrière à son ambition, !?i un danger terrible n'élait venu le menacer lui-même. Les Sarrasins, dont il avait compté faire des alliés, franchirent pour la première fois les Pyrénées. Us prirent Narbonne et s'avancèrent jusqu'à Toulouse. Ce fut là que les Français se rencontrèrent pour la première fois avec eux en bataille rangée (721). Eudes était à la tête des milices d'Aquitaine et de Neustrie; car le péril avait réuni tout le monde. Ce premier combat arrêta la marche des Sarrasins; elle suspendit l'invasion, mais elle ne reconquit pas ce que l'on avait perdu.
Les succès de Charles en Allemagne avaient été autrement décisifs; il avait imposé la paix aux Saxons, aux Bavarois, etc. La gloire de son nom était immense. Toute la France l'eût voulu pour chef. Cependant, trois hommes protestaient toujours contre lui : Rainfroy à Angers, le duc de Bourgogne et le duc Eudes, qui prétendaient à l'indépendance. Charles se débarrassa facilement de son compétiteur d'Angers, mais il n'en fut pas de même des deux autres ducs.
Cependant chaque année de nouvelles bandes de Sarrasins entraient en France et venaient ajouter une conquête nouvelle à leurs conquêtes précédentes. Ils prirent Carcassonne et Nîmes en 72 i; ils s'avancèrent jusqu'à Rhodez, Alby et le Puy, en 72.j; jusqu'à Lyon, Autun et Màcou en 726. Alors les seigneurs francs
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s'adressèrent à Charles. Dans le même temps on prêchait la guerre sainte en Espagne: une armée innombrahie avait d^jà décassé Poitiers (i). Ce fut alors que Charles arriva avec ses Français, et leur livra, entre Tours et Poitiers, cette bataille sanglante et fameuse où il acquit le nom de Martel (octob. 70:2). Ce fut la première grande défaite que les Sarrasins éprouvèrent. Ce fut la première fois qu'ils reculèrent dans la carrière de victoires qu'ils poursuivaient depuis le fond de l'Arabie. Après ce grand et beau succès, Charles Martel rentra aussitôt dans l'œuvre de ramener la France à l'unité; il alla soumettre la Bourgogne, e( , en Tôf», la mort de Eudi.s lui livia l'Aquitaine. Il se trouvait donc maire et duc de toute la France loisque le roi dont le nom lui servait de prétexte vint à mourir. Il avait été élu en '"l-l, sons le nom de Thierry, pour successeur de Chilpéric. Charles ne le remplaça point.
Afin d'assurer le pouvoir à ses enfants, lorsqu'il fut arrivé aux derniers mois de sa vie , il les associa au commandement en don nant à Carloman l'Austrasie, à Pépin la Neusirie , la Bourgogne, la Provence, etc., et à Grippon le pays de Laon. 11 mourut en 741. (Carloman et Pépin, qui étaient erifauts du même lit, d'un commun accord dépossédèrent leur frère et appelèrent ;iu tioiie le dernier rejeton de la race des Clovis , Chilpéric. Ils occupèrent les i)ieniières années de leur géiiéi'alat à faire l'econnaiti'e leur sirpiématie et à ramener à l'obéissarjce les duc provinciaux qui cherchaient à échapper airx ohligalious de l'unité française. Ils p(»rlèrent eusrrite la euerre en Allemagne avec une violence qiri les reirdil vaiuqirenrs. L'obéissance n'était pas eucoi'e rétablie dans tous les lieux où les chefs de l'armée française avaient droit de cormnander, loisque Caiioman, fatigué d'un rôle aussi diUicile et d'une position aussi disputée , abandorma son commandement à son frère, et alla en Italie se ranger parmi les cénobites du inoirt Cassin. Pépin resta seul maire du palais sons irn loi imbécile. Il pensa à fonder une dynastie et résolut de l'appuyer sur la seule base solide à cette époque. Il envoya donc au p;ipe Zacharie, qui répondit : « Que cehii-là soit roi de nom, (jui est roi de fait. » Kn consé(|uence, en 7ri:2, dans une assemblée réirrrie à Soissons et composée des prirrcipaiix chefs de l'armée et des évèques les plus iiillutrrts, Chilpéric lut dépossédé et envoyé c^ans un couvent; Pépin fut élu et sacré par Houiface, archevèqiu' de Mayence. Trois ans api'ès, le pape Klieinre, venu à Paris pour demaudi-r drr secours
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coiilre les Lombards, le sacra de nouveau, ainsi que ses lils Cari et Carloinan , en prononçant sur leur tèle ces mots : Que nul nr touche à l'oint du Seùjneur. Ainsi la France, qui avait reçu sou nouveau nom et ^a première race loyale de la volonté de l'Kglise, reçut encore de ses mains la seconde dynastie de ses chefs.
lin terminant cette esquisse de Tlustoire de la race de Clovis , nous ftrons remartpier qu'on y trouve une conlirmalion couqilète des principes ipie nous avons émis dans le chapitre premier de ce livre. Tous les évéïu'menls furent tels qu'ils devaient se passer dans une armée , non-seulement quant au mode de succession des chefs, mais encore (juant à leur iniluence relative, qui dépendait surtout de leur habileté militaire et des services qu'ils rendirent à la chose publique : l'autoiilé des maires du palais n'eut pas une autre source.
Nous possédons un. très-petit nombre des actes léj^islatifs de cette race. Outre la loi salique, celle des Kipuaires, celle des Allemands, des Bavarois, etc., il y eut divers décrets portés, soit dans ces assemblées, qu'on appelait placita ou plaids, soit dans les conciles, soit dans les synodes. La collection de Stephan Bahize rapporte le te.xte de huit décrets de ce genre. Le premier, signé de Chiidebert , a pour but l'abolition des restes de Tidolàliie. — Le second, porté sous Clolaiie l", a un but plus général. Au milieu de plusieurs dispositions destinées à assurer l'ordre civil et moral, on remarque celle-ci : si un juge condamne quelqu'un contre la loi, que l'abus soit, en l'absence du roi , réprimé par l'évèque ' art. vi). — La troisième pièce est un rescrit adressé par Gontran aux évoques et juges du royaume. U se plaint d'abi rd de la fiéquence des actes réprouvés par les canons et la loi; puis il ordonne que tout le peuple soit réuni à l'église le dimanche; que là , l'enseignement pastoral lui soit donné. II. recommande aux évêques d'appeler à eux tout ce qu'ds connaissent d'honnête et de respectable dans le clergé, les seigneurs, les juges, afin que la bonne parole soit répétée dans toutes les chaires; que si les méchants ne se corrigent pas, il les invite à veiller à ce qu'ils soient punis, soit canoniquement, soit légalement. — La quatrième pièce est un pacte entre Chiidebert et Clotaire, qui contient diverses dispositions pénales contre les crimes partieulieis. — La cinquième pièce est un décret de Chiidebert relatif encore à des crimes particuliers. Ici les peines >ont inverses de celles contenues dans la loi sahque : le Salique, Salicus, est taxé à une amende plus considéiable que le Romain. — La sixième pièce est un dt'cret du roi Clotaire II. Celui ci, entre plusieurs dispositions, conlirme le dioit T(»MF. r. o
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(l'asile aux ('f;Iise.s ; seulement, le serf qui s'y retirerait sera rendu ou raclieté. — Lu seplième pièce est un édit du même Clolaire, porté dans le concile de Paris en CTa. On peut y remarquer les dispositions suivantes : dans Us affaires oij un ecclésiastique est intéressé, le tribunal doit être composé du juge public et d'un élu de rÉfj;lise; nul aiïranclii ne peut être attaqué sur son droit à la liberté qu'en présence de l'évèque; tous les impôts, census, injustement ajoutés, et contre lesquels le peuple réclame, sont supprimés, etc. — La luiitième pièce est un rescrit du roi Sigeberl, dans lequel il se plaint que l'Église tienne des synodes sans qu'il en soit instruit, il ne prétend nullement attenter à la liberté des évèques; mais il ordfiime qu'on lui fasse connaître le lieu et le but des syni)des futurs, afin qu'il saclie s'ils ont lieu dans l'intérêt de l'Église ou pour l'utilité de ïon règne.
On voit par ces exemples que l'époque que nous venons de parcourir ne fut pas moins occupée de l'éducation du peuple (jue de l'extension de l'empire. Les décrets et les édiis de ce genre durent être fort nombreux, car les assendilées où l'on s'occupait nécessairement de questions de législation furent extrêmement fré- (|uentes. Il y a près de cinquante conciles ou synodes cités en France sous la première race, sans compter les plaids généraux et particuliers.
L'union de l'Église aux magistratures civiles, dans les plaids et partout, est un fait constant pendant cet espace de temps, et il est facile d'en trouver la raison. L'obéissance ne pouvait être commandée que par la force ou par la foi. Or, la force des souverains était faible et sans iniluence partout où elle n'était pas présente, aus^i bien dans les cités que dans les camps militaires. Il n'y avait donc que lesconunandements sanctionnés par l'Église qui pussent obtenir l'assentiment nuanime des grands comme des pt'lils.
C'est à ce pouvoir de la religion siu' les esprits (pi'il faut attribuer l'inlluence des fenmies sur les liommes de la première race ; elles furent leurs prêtres domestiques.