CHAPITRE ni
Histoire dos Fraiiç:iis sous la race ilo Pépin.
Lors(|u'on examine attentivement l'étal de la France l'i l'époque du sacre de l'épin, on voit (jn'ille rtiilViniail et (ju'elle manifes- '■|ail déjà tous les germes dont b' dévt'Ioitpement avait, deux siècles
sous LA RACE DE PÉPIN. 51
auparavant, amené la fia do l'empire romain d'Occident. Partonf, les généraux d'armée, les ducs provinciaux, les comtes même des cités et des cantons, cliercliaient à se créer une indépendance et à rendre leur litre héréditaire ; chacun se laissait aller à son ambition particulière et s'habituait à sacrifier Tintérôl social au sien propre. Les guerres entre les maires du palais, au milieu desquelles expira la descendance de Clovis, rappellent parfaitement ces guerres entre les chefs de la cour de Ravonne et ces disputes armées qui signalaient chaque succession impériale. Il est donc juste de dire que la foi catholique sauva la nationalité française; car, c'était parce que la religion était toute-puissante sur les esprits, que l'Église put, par l'imposition de ses mains, donner à la France un nouveau signe visible et durable de son unité, en lui donnant une nouvelle dynastie pour représentant.
Or, l'Église avait à cette époque, plus que jamais, besoin d'un centre puissant de force matérielle. Elle était menacée par une invasion aussi redoutable qu'aucune de celles qui avaient signalé le cinquième siècle. Le mahométisme, maître d'une partie de l'Asie, de l'Egypte, de l'Espagne, venait faire des courses jusqu'aux portes de Rome. En Italie même, elle avait un ennemi non moins dangereux , le royaume des Lombards. Elle n'avait qu'un seul soldat à appeler contre tant d'assaillants, c'était la France. Serait-il donc étonnant que les évoques et les papes, Zacharie et Etienne, en plaçant Pépin sur le trône, aient travaillé à reconstituer l'unité française, seulement dans l'espérance des services que le catholicisme devait en efîet retirer plus tard de son bras? Quant à nous, nous croyons que l'élection d'une nouvelle race royale , l'excommunication lancée contre ceux qui oseraient rompre sa succession et l'institution du sacre rétabli tout exprès à l'imitation de ce qui se faisait en Judée, enfin le titre donné au chef des Français , d'avocat et de défenseur de l'Église ; nous croyons que toutes ces choses furent faites avec une intelligence complète et une prévision entière des conséquences qui devaient en résulter.
Pépin, en recevant l'onction, réunit en lui le double caractère de roi et de membre de l'Église. Il devint, en quelque sorte, selon l'expression de Mézerai, l'un des évêques du royaume. Il fut en effet du nombre des personnes sacrées dont le meurtre était frappé d'excommunication. Le peuple dut le considérer alors comme prince, également dans l'Église et dans l'armée. Il est probable que lui-même eut une pareille conviction ; au moins la mit-il dans tous ses actes, et, en cela, il fut imité par ses successeurs :
frl iiisroini: dks ik.v>(.:ais
ce furent, pendant longtemps, des chefs de soldais qui agirent en
évêques.
Dès ce jour les rois prirent le litre de rois par la grâce de Dieu. Voici quelques-unes des inscriptions qu'on trouve à la tête des capitulaires ou des lettres de Cliarlemagne : Charles, par la grâce de Dieu, roi et directeur du royaume des Francs, dévoué défenseur de la sainte Eglise et défenst-ur universel du siège apostolique. Et cette autre : Chark-s, sérénissime, auguste, couronné par Dieu, grand , pacifique et invincible empereur, gouvernant Tempire des Romains, et par la miséricorde de Dieu roi des Francs et des Lombards, salut en Notre-Seigneur, etc.
L'histoire de la race de Pépin se divise naturellement en quatre périodes. La première d'accroissement, pleine de gloire et de magnificence : elle commence avec le règne de Pépin, en 732, et finit enSli; elle dura donc soixante-deux ans. La seconde est un temps de transition qui occupe tout le règne de Louis dit le Débonnaire. C'est là le terme où s'arrête la grandeur de la deuxième race, et c'est là aussi que commence et se prépare sa décadence, époque de passage comprise entre SI i et S-iO. La troisième période est celle de la décroissance ; elle s'étend depuis 8-4(t jusqu'en 888, époijue où pour la première fois la succession de Pt'pin fut lompue et où l'on vit monter sur le trùnc, et commander loyalement, un homme nouveau, étranger au sang de Ch.irlemagne. La quatrième période est encore un temps de transition ; elle s'étend depuis l'époque où Eudes fut nommé roi de France, jusqu'à l'intionisalion définitive de Ja troisième race, c'est-à-dire jusqu'en !»87 : elle fut longue, mais aussi elle conclut à quelcjne chose de plus grand que l'avènement d'une race royale, car ce fut au milieu des désordres qui signalèrent sa durée, que se prépara la société nouvelle dont Hugues Capet fut le premier représentant.
Dans l'esquisse qui va suivre, nous nous servirons de cette division : nous l'adoptons de préférence à celle que nous avons employée dans le chapitre précédent. Les méthodes d'exposition doivent être modifiées, non-seulement en raison du sujet, mais encore en raison du but. Or, l'histoire des Carlovingiens est au- Ireintiiil conipli(|uéo d'événements dynastiques et législatifs que oelle dont nous nous sommes [ui'cédemment occupé. Il faut, pour (|u'elle Suit claire, (|u'elle soit ramenée à une classilicalKUi trèssimple. En outre, notre but n'est itius ici le même. Nous voulions niiiutrer pailiculièiement, dans le chapitre précédent, comment se liaiisinellail le jjouvoir. Ici, au contraire, nous nous proposons principalement de faire voir conunent l'organisation sociale fut
SOIS LA RAIK DE PÉIMN. MB
changée ; et, comment de militaire et civile qu'elle était, elle devint uniquement civile : il a donc fallu recourir à un nouveau système de narration.
I. — Nous ne nous arrêterons pas à déci ire les événements militaires du règne de Pépin et de Cliarlemagne : tout le monde sait quels en furent les résultats. Les frontières de la France, vers le midi, turent établies en Espagne, sur le cours de l'Kbre; en Italie, aux portes de Naples; vers le nord et le levant, sur la Vistule ; enfermant dans leur ligne une partie de la Prusse actuelle, la Bohême, rAutriche, la Hongrie, la Pannonie, et la Dalmatie tout entière : en sorte qu'il est vrai de dire que l'histoire de tous les royaumes de l'Europe moderne ont leur commencement dans l'histoire de la nation française. Par ces conquêtes, le nom d'Allemagne, qui était celui d'un étroit territoire, situé sur le haut Rhin et le haut Danube, fut étendu sur le vaste sol que nous désignons aujourd'hui par ce mot. Le nom d'Austrasie, Auster-Rike, fut importé sur le Danube, et de nombreuses villes furent fondées. Enfin, en l'an SOO, Charlemagne fut salué, à Rome, du litre d'empereur d'Occident, et sacré par le pape. Charlemagne fut l'homme le plus grand des temps modernes, non-seulement parce qu'il réussit dans toutes ses entreprises, parce qu'il fit la guerre pendant quarante-cinq ans sans essuyer un revers, parce qu'il fut le restaurateur des arts, des sciences et des lettres; mais surtout parce qu'il eut l'intelligence parfaite de sa mission et de son œuvre. Ce n'est point exagérer de dire de lui, qu'il fut le créateur et le fondateur de la civilisation moderne de l'Europe. Il comprit qu'elle devait être catholique, et en conséquence il fut partout l'apôtre armé de la religion, marchant à la suite du missionnaire chrétien; il rendit le pouvoir catholique indépendant du pouvoir temporel, en donnant au pape ce qui seul pouvait assurer l'indépendance à cette époque, une souveraineté temporelle. Partout, enfin, il porta les institutions qui étaient déjà établies en France, et par là il donna à tous les peuples une communauté de destinées civiles et politiques. Sa principale attention fut toujours tournée vers le nord de l'Europe; il savait que de là était venu l'orage qui avait renversé l'empire romain et menacé d'anéanlir à jamais la civilisation. Ce fut donc de ce côté qu'il s'appliqua à enfoncer dans le sol l'arbre du catholicisme. Du côté des Pyrénées il se borna à établir un peuple et à développer un royaume, qu'il plaçait dans des conditions telles, qu'il devait combattre les Sarrasins jusqu'à expul.-.iou totale, ce qui est en effet arrivé. Je regrette de ne pouvoir m'arrêter plus longuement sur cette belle époque. 11 faut passer sur les détails de celte grandeur, pour nous
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occuper du sujet qui se rapporte plus particulièrement au but de cet ouvrape, c'c-st-à-dire de i;i ooiislilulioii sociale des Français, a(in de noter les changements qui y furent introduits par les premiers Carlovingiens.
Pépin, pour assurer la succession de la couronne, avait suivi encore l'usage de ses prédécesseurs. Il associa ses deux Gis aînés à son pouvoir, Charles et Carloman. Le dernier reçut la plus grande partie de l'empire, mais sa mort ne farda pas à donner le commandement entier à Cliarles, qui fut appelé, plus tard, le Grand. Charlemagne lui-même ne sortit point de l'ancienne coutume : chef d'une population étendue sur un immense territoire, afin de le garder et de l'étendre encore, il plaça aux extrémités les plus menacées, sous le nom de rois, des lieutenants dont là foi lui était assurée par les liens du sang. Il plaça Louis le Débonnaire en Aquitaine et Pépin en Italie; lui-môme, afin de surveiller l'Est, séjourna particulièrement sur le Rhin, dans une maison royale, villa capitanea, qui devint plus tard la ville d'Aix-la-Chapelle. Enfin, eu 813, lorsqu'il voulut assuror la succession de la couronne, dans une assemblée générale tenue à Aix-la-Chapelle, il associa à l'empire le roi Louis le Débonnaire, assura au fils de Pépin, au jeune Bernard, le titre do roi d'Italie, et recommanda ses autres enfants au nouvel empereur. Ainsi, il est évident que Charlemagne, pour maintenir l'unité de l'empire et conserver cependant l'usage de partager le commandement entre les enfants, pensa à constituer un système hiérarchique dans la famille royale, en établissant qu'un seul serait empereur, que plusieurs pourraient être rois, mais que ce litre serait seulement celui des premiers sujets et des premiers fidèles de l'empire. Charlemagne mort, sa pensée fut établie comme loi nationale, dans une assemblée qui eut lieu en 817, la quatrième amiée du règne de Louis le Débonnaire, qui se trouvait alors seul possesseur de la succession. Il faut lire dans les chroniques du temps, et dans le préambule même de la charte qui contient cette loi, combien solennelle fut cette décision. Ce fut sur la demande de l'assemblée générale des évêipies et des chefs militaires, réunie stdon la coulume pour IraiU'r des affaires de l'Église et du royaume, afin que l'imité de l'empire que Dieu avait donnée à conserver ne fût point rompue par un partage humain, qu'après trois jours de jeune et de prières, Louis déclara l'unité de succession, ordonnant qu'il n'y aurait à l'avenir (ju'un empereur dont les rois seraient les vassaux. En elTet, il associa à l'empiie Lolhaire, son fils aîné; il revêtit l'f'imi et Louis du titre de rois, dnimant au premier le commandement de l'Aquitaine, des Pyrénées, de la Marche d'Espagne, etc.;
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et au second, le commamlement de la Bavière, de la Carinihie, de la Bolii'iiie, des Avares et des Slaves. 11 ordonna que la succession de ces souverains continuerait de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, à J'exclusion des bâtards.
Nous ne pouvons rapporter les détails de cette charte en dix-huit articles, où l'on voulut tout prévoir. Nous ne citerons que Tarticle relatif aux cas de déchéance : « S'il arrivait ( que Dieu détourne ce malheur! ), s'il arrivait qu'un de nos successeurs, par cet amour des choses terrestres qui est la source de toutes nos fautes, se laissât entraîner à des actes d'oppression et de dureté contre les églises et les pauvres, ou s'abandonnât aux voluptés et aux habitudes de la tyrannie, d'abord que ses fidèles l'avertissent trois fois, en secret, selon le précepte du Seigneur ; s'il résiste, qu'il soit cité par son frère devant son frère, afin qu'il soit averti et corrigé par ses conseils; s'il méprise ces avis salutaires, alors qu'il soit décidé de lui par la commune sentence de tous, afin que celui qu'une admonition fraternelle n'a pu retirer de la mauvaise voie, soit réprimé par la puissance impériale et le jugement de tous. »
Celte charte fut jurée par tous les fidèles, afin, dit le préambule, que ce qui avait été fait par la volonté de tous, fut conservé et rendu inviolable par le dévouement de tous.
Les premières années du règne de Louis le Débonnaire furent heureuses, et laissèrent l'intérieur de l'empire obéir, dans un parfait repos, à la législation administrative établie par Charlemagnc.
IL — En 827, Ansegive, abbé par la grâce de Dieu, c'est le titre qu'il se donne, réuniten une seule collection, par l'ordre de l'empereur, les capitulaires de Charles le Grand et de son fils.
C'est donc ici, selon l'ordre rigoureux de l'histoire, qu'il faut rapporter l'examen de l'état de la France pendant la plus grande splendeur de la deuxième race; car, c'est ici le point extrême oii elle cesse de croître et auquel commence la décadence. Nous avons à rechercher, dans ce code, si l'organisation sociale a éprouvé quelque changement profond qui puisse la faire considérer comme essentiellement différente de celle qui existait sous les rois de la première race, ou, en d'autres termes, si elle a subi des changements qui la mettent en dehors des considérations générales que nous avons établies au commencement de ce livre.
En jetant un premier coup d'oeil sur cet ensemble de lois, on est assuré que rien n'a été changé à la constitution primitive de la nationalité française. En effet, on ne trouve rien qui ait le caractère de ces règlements généraux où sont écrits les systèmes de réorganisation sociale. En outre, on aperçoit les noms d'ingénus, de
ruriales, de possesseurs, de colons qu'on appelle aussi lidi, de serfs, de loi romaine ou tliéodosienne, de camli, de bénéfiriaires qu'on appelle aussi vassali, de fidèles ou barons, de ducs, de comtes, de centeniers, de juges que dans les cités on devait dési;.'ner sous le nom d'éclievins, scabini. Ainsi, il est constaté que ces nonibreux capilulairesne peuvent avoir d'autre but que d'introduire des dispositions relatives au réiublissenient et à la solidité de l'ordre admiuistralit', ou à la confirmation des devoirs et des droits : s'ils apportent quelques modifications à l'ancien régime, elles ne peuvent être que fort léf.'ères.
Les cités étaient restées constituées ainsi que nous l'avons vu dans notre premier livre : seulement elles n'avaient plus de sénat, mais les familles sénatoriales existaient toujours. On les désignait par le nom de nobiles, ou d'homincs fraiici. Ces mêmes noms s'appliquaient aussi, souvent, aux hommes libres qui vivaient du revenu de leurs terres (1). Il est probable que l'institution du sénat, qui n'existait déjà plus chez les Bagnudes du cinquième siècle, avait disparu partout dans les troubles civils de la fin de la première race. Le peuple des cités était encore divisé en plusieurs classes : les curiales, les possesseurs, les hommes qui se livraient au négoce, à la navij^ation ou au transport des marchandises, et les ouvriers. Les évêques, et toute cité avait le sien, avaient une grande paît dans l'administration; ils tenaient l'état civil do l'époque; ils suspendaient les jugements, et, souvent revêtus du titre d'envoyés {missi doininici), ils tenaient des {daids et jugeaient au civil et au criminel, militaires et bourgeois, etc. Chaque cité avait un comte qui représentait le roi, ou, en son absence, un vicaire ou vicomte. Il tenait ce qu'on appelait un plaid, qui rendait la justice et faisait des règlements de police. Il ne pouvait agir qu'assisté de ses assesseurs, scabini, choi.sis par les citoyens curiales ou possesseurs, par l'élection du peuple et l'assentiment du comte (:2). Ce représentant de l'empereur ne pouvait infirmer la décision des éclievins; il n'en était, à ce (pi'il parait, que l'exécuteur.
A l'occasion des cités, nous devons parler d'une c'a.sse de fondations royales, dont l'exemple fut donné sous la première race et i|ui devinrent très-nombreuses situs la seconde. Nous voulons parler des viUir. Klles furent l'origine d'un grand nombres de villages et de villes, ainsi que leur nom inèine l'indique. Le système d'administration de ces villes que les capitulaires d'inslilulion nous font
(1) Textes des capitul., passim. — l'cil> ptique d'Irminon, prolog., p. 21.1. (21 Baliizo. t. I, p. »>«: — ihi.i., I 1. p. ir.r., nrt.' XXII. — //-../. p. 661 , t. t ; îilia rapitni. xl.
sois I.V HACK 1>K i'KIMN- ,)7
connaître complétcmeiil, a été, plus tard, Cfliii daiiiiuit ilf villes et villages.
Les cilla- étaient les maisons de campagne qu'habitaient les rois, villœ capilaneœ ( villes impériales), ou les fermes qu'ils possédaient en propre ( villes ou villages). Les princes de la première et de la seconde race séjournaient en effet rarement dans les cités, où il n'y avait d'autres palais que ceux construits pour l'usage public, et où, très-souvent d'ailleurs, ils n'étaient point les maîtres. L'histoire de la décadence de Clovis nous présente en ellet plusieurs détails d'où l'on doit inférer ce dernier fait : ils habitaient donc leur propre domaine. Aix-la-Chapelle fut primitivement une villa capitanea de Charlemagne. L'administration était ainsi réglée : il y avait un major, mayeur, maire, qui gouvernail la communauté; un juge qui administrait la justice; des colons cultivateurs, les ouvriers divisés en plusieurs catégories ou corporations parmi lesquelles on n'oubliait jamais celles des distillateurs-liquoristes; il y avait enlin un gynécée ou manufacture d'étoffes, etc. N'y a-t-il pas là, en effet, selon la population, les éléments complets d'une ville ou d'un village. Ces villas durent devenir très-peuplées, parce que leurs habitants furent, pendant longtemps, exempts du service militaire et du cens.
Les bénélices militaires subsistaient. Un grand nombre de ceux qui existaient autrefois avaient été convertis en biens propres ou en aleuds. Dans plusieurs instructions données a\i\missi dominici, on trouve l'ordre de rechercher les bénéfices qui ont été retirés par fraude du domaine public, pour être convertis en propriétés particulières. Plusieurs désordres s'étaient d'ailleurs introduits dans le régime intérieur de ceux qui avaient conservé leur titre primitif. Mais ces irrégularités avaient acquis la prescription de l'ancienneté ; en sorte que la loi les respecta comme des droits. Ainsi, il n'en était plus comme dans les premiers temps, où tout bénéficiaire était possesseur d'un certain territoire. Quelques-uns possédaient plusieurs manoirs; quelques autres, un seul. Il était résulté de là, que dans chaque bourg militaire, pagus, le pouvoir avait choisi pour chefs du corps, les plus riches, ceux qui possédaient le plus de manoirs, et qui, par suite, avaient le plus d'iniluence parmi les casali. Ce titre même était devenu presque héréditaire de fait, sans l'être de droit. Ces chefs immédiats des bénéficiaires étaient appelés doyens ou seigneurs, seniores.
Sous Pépin et surtout sous Charlemagne, le corps des bénéficiaires était insuffisant. Il en résulta que tous les hommes libres furent appelés à faire le métier des armes. Il ne peut y avoir de doutes à cet
égard, les textes sont positifs, le possesseur de douze manses devait marcher et avoir une armure complèlo. Il en était de même de ceux qui possédaient plus de trois manses. Mais celui qui ne possédait que trois manses devait se joindre à un concitoyen pour i'ournir un homme armé, etc., (!•.
Il y avait cependant cette différence entre les bénéflciaires elles simples possesseurs : que les premiers, s'ils manquaient à l'appel, perdaient leurs bénéfices, tandis que les seconds étaient seulement frappés d'une amende (2).
Lorsque le ban était publié, tout homme devait marcher à l'ennemi avec des vivres pour toute la durée de la guerre, qui était au moins de quarante jours, et tout équipé, c'est-à-dire monté, couvert d'un bouclier et accompagné de la suite de serviteurs qui lui étaient nécessaires. C'était parmi les pauvres qu'on choisissait les hommes de pied. Ceux-ci étaient armés de l'épée, de l'arc, et portaient seulement pour arme défensive un bouclier. Pendant la route, et sans doute aussi dans le camp, les soldats étaient sous la direction et sous. la surveillance de leurs seigneurs (ô). Enlin, toute la troupe était commandée par le comte, le chef du comté, cumitatûs.
En temps de paix, les bénéficiaires, aussi bien que les citoyens appelés, par leur fortune, au service militaire, devaient subir chaque année, trois revues du comte ou des missi dominici. Dans le langage du temps, on disait (ju'ils devaient se rendre tout armés aux plaids généraux du comté, qui avaient lieu trois fois par an. C'était le moment des admonitions, des plaintes t-t des actes de justice. Dans les cités, les juges siégeaient au moins une fois par semaine.
Dans l'esquisse que nous venons de présenter du système militaire en usage, sous Pépin, Charlemagne et Louis le Débonnaire, on devra remarquer, en même temps que des similitudes, de grandes différences avec ce qui existait sous ïes Romains et sous Clovis. L'armée n'est plus composée d'hommes d'origine militaire seulement, mais de tous les citoyens libres possesseurs dos Gaules. Tous rfi,^oivent, dans les chroniques, le nom de Franci, quoique certainement les descendants des Francs ou Germains de Clovis en furmuiit le liès-petit nombre.
Les conquêtes de (^harlcinugne firent une grande consommation d'hommes, non pas tant par suite des perles faites sur les champs
(1) Capital. Rcg. franc, t. I, p. 458, 490, etc. (a) Capitiil. colk'ct. ab AiiBi'Bivo. — lOid 3, 07 et seq.
(a) Cap. Lud. l'ii, uuno H'22. Jiecueil des Bénédictins de Sainl-Maur, t. VI, p. 4.33, art. XV.
SOLS L\ llACi' 1)1-; l'KI'I.N. 5!)
(le halaille, qiio par la iiécessilé d'élaldir un pranil nomltro do ^irnisDiis. Kii elTjl, ces garnisons, à cette épixjue, consistaieni dans l\'tal)lissement de comtés de bénéliL'iaires, composés d'nii certain nombre de bourgs. On avait puisé ces soldats dans la vieille France, et on en avait peuplé la Marcbe , c'est-à-dire la frontière d'Espagne; on en avait semé rilalie, la Saxe, et même les bords du-Danube. Les Capitulaires contiennent une ordonnance pour l'établissement d'un comté militaire en Saxe. Il arriva (pfaprès avoir fnurni à tant de garnisons, la population militaire de France tut très-diminuée; alors, dans les pressants besoins, on appela à marcber même les colons (lidi) des bénéfices.
Le mode d'établissement des garnisons varia. Ainsi on voit Cliurlemagne assigner, en Saxe, à un évèque un certain nombre de cantons, non-seulement pour l'entretien de l'église, mais pour l'entretien d'im corps de troupes destiné à la garder. Il lit la même cliose pour la défense de plusieurs frontières.
Indépendamment de ces troupes, les rois avaient avec eux un corps de capitaines et de soldats attacliés à leur personne, et vivant de leurs largesses; c'est ce qu'on appelait la scoro. C'était parmi ceux-là qu'on cboisissait les commandants de province, r.'était pour eux qu'était établie l'école du Palais. Le titre de soldat, inil('.<<, caballerus, ne pouvait être acquis qu'après un certain apprentissage, dont les conditions rappellent l'usage suivi par les Romains dans leurs camps des frontières, et ce qu'on nomma plus lard clievalerie. Ainsi, comme cliez les Romains, pour être reçu novice, lira, il fallait prêter le serment militaire. Alors on avait le droit de porter le baudrier militaire. Ce n'était qu'après avoir fait ses preuves que l'on pouvait recevoir le titre de miles ou de chevalier, car c'est par ce dernier mot que l'on a traduit celui de miles, qui se trouve dans les chroniques latines des onzième et doiriième siècles. Au reste, ainsi que les rois, les ducs et les comtes étaient accompagnés d'un certain nombre de ces novices d'armes. Il en existait, en effet, également dans les bourgs; aussi on trouve les mots erronei tirones, opposés à ceux de casati Hrones.
On appelait encore bénéfices les terres de l'Église, et comme il avait été reconnu que celle-ci avait reçu en don, dans les temps àe désordre, des terres qui appartenaient au domaine militaire, à cause de cela, il arriva que quelques églises et plusieurs couvents furent tenus de fournir un certain nondjre d'hommes il'armes. Autrement, l'Église jouissait d'une grande indépendance et d'une grande richesse. Elle recevait la dîme; il est vrai qu'elle devait en
(iO IIISIOlItE DIS H{A.\r.\IS
(Jttimer un quart aux pauvres et eu consacrer un quart aux frais matériels du culte.
Ainsi, il y avait encore trois classes d'hommes libres : les habitants des cités, qui avaient leurs lois et leur justice à part; mais paimi eux, les possesseurs, c'est-à-dire les nobles et les curiales, faisaient de plus (ju'autrefois le service militaire; les habitants des bourgs militaiies soumis an .«-ervice de guerre ; les lionnnes de FK^Iise, divisés en prêtres et en clercs, (jui étaient réj;is souverainement par Its évêques et les canons. Il y avait encore deux classes de serfs : les colons fermiers ou ouvriers de l'Église, du roi, ou des autres domaines ; et les serfs de corps. Ceux-ci avaient déjà acquis quelque amélioration dans leur condition : car ce n'était déjà plus puur ptîixjiiiie une mésalliance que le mariage avec un individu de cundilion servile.
L'ordre fut maintenu dans cette vaste machine par la régularité des plaids de tous les degrés. L'empereur tenait annuolkment une assemblée générale, où devaient se rendre tous les giands olliciers, les rois, les ducs, les comtes, les principaux évêques et ses misii domtnici ; en langue ecclésiastique, c'était un vrai concile. Dans toutes les divisions du territoire et sur tous les degrés de la hiérarchie sociale, les mêmes plaids devaient se répéter, et là on publiait les décisions prises dans l'assemblée générale. On appelait synodes les assemblées provinciales du clergé. Chaque député de l'empereur, en d'autres termes chaque mis{<us dominicux se rendait annuellement de rassemblée générale dans la division de territoire soumise à sa souveraine juridiction; il y faisait exécuter les rêglemcnls ai'rêtés dans ces assemblées, (pTon appelait capitulaires, parce (ju'ils représentaient l'unité nationale ; puis il revenait rapporter des exirémilés au centre, les besoins, les exigences du peuple. H faut dire que ClS envoyés étaient le plus souvent des ecdésiasliques, el que, lorscpi'uiie mission était toiiliée à un hiïque, on lui adjoignait toujours un homme d'Kglise.
Les liahilants des cités ne pouvaient être jugés que par leurs pairs, les éclievins; ceux des villes, par les juges préposés par le roi; ceux des bourgs militaires, par leurs ceiiteuiers, leurs comtes; les comtes, les ducs, ne pouvai''iit l'être que dans le plaid impérial, c'esl -à-dire par leurs pairs.
Tel était, en abrégé, dans les [tremières années du règne de Louis le Débonnaire, l'état de l'empiie français. Il nous eùl été facile de nous étendre davantage, el, cerlaiiiemenf, eu ajoutant des détails à cet exposé, nous leussions rendu plus inléressant. Mais nous s(»mnies renfermés dans des limiies iléteiniiiiées. Nous avons
SOI s L.v ii.vci-; in: im-imn. (il
liàle d'aii'ivor à riiisloire qui est le but spécial de cet ouvrage. Nous devons cependant dire encore quehpies mots sur le caractère général de toute celle législation : aulrenienl, nous ne laisserions à nos lecteurs qu'une idée incomjilèle de l'œuvre du pouvoir à celle époque. (]es capitulaires nombreux, dont la collection l'orme plus d'un volinne in-lolio de noire temps, el nous n'en possédons pas la collection complète, ces canilulaires sont, dans la plus grande partie de leurs dispositions, relatifs à la police des mœui's. Il est évident que leurs auteurs travaillaient, avec pleine conscience de leur (vuvre, à l'éducation el à la moralisation des masses. Il est évident que le pouvoir était alors en avant de la société. Aussi le plus giand nom des temps modernes parmi les rois est, à juste litre, celui de Cbarlemagne. On s'est complu, dans ces derniers temps, à considérer (lliarlemagne comme une sorte de génie barbare el comme le représentant le plus pur de l'élément germanique dans la civilisation moderne. Les liisloriens vulgaires de l'autre côté du Rliin, el de ce côté-ci, M. Aug. Tbierry cl quelques autres, ont adopté celle version avec entbousiasme. Rien, cependant, n'est plus faux sous tous les rapports. C'est une assertion si contraire aux faits el aux pièces, que l'on ne la comprend ni comme une erreur, ni comme un mensonge. Cbarlemagne fut, en fait, le idus parfait représentant de la religion et de la civilisation chrétienne. De naissance même, il n'avait rien de Germain. Par les hommes, les Cailovingiens descendaient d'une famille sénatoriale gauloise. Les monuments les plus positifs attestent ce fait. Ils n'avaient de sang franc dans les veines que ce qu'ils en avaient pris dans leurs mariages avec des femmes franques. Si Cbarlemagne peut être pris pour le type d'un phénomène social quelconque, ce serait seulement pour le représentant d'une fusion entre les populations d'origines diverses qui occupaient le sol des Gaules. Au reste, je reviendrai sur toutes ces choses dans le volume des préfaces el des dissertations historiques qui doit faire partie de la collection de Y Histoire parlementaire.
ni. — Pour rentrer de suite dans la narration des événements, interrompue par cette longue el nécessaire déviation, il nous sulfit de rappeler la charte de la division de l'empire entre Lotbaire, Louis et Pépin, que nous avons citée. C'est à la violation de celle charte qu'il faut rapporter la décadence de l'empire. Ce fut Louis le Débonnaire lui-même qui rompit un pacte qu'il avait juré et fait jurer à tous, à la face des autels, et avec toutes les circonstances qui, à celle époque, rendaient un contrai inviolable et irrévocable. Louis voulut mener les alVaires de l'empire comme une allaire de fa-
TOMK I. H
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mille; il voulut régler des choses d'iulérêt général avec les idées qu'un bourgeois jiorle dans raduiinislratioude son intérieur. Un nouveau mariage lui donna un nouveau fils, Charles, qu'il aima connue les vieillards aiment leur dernier enfant, .\lors il fit un nouveau partage de Tempire, afin de lui donner un domaine. Toutes les consciences furent révoltées de cet oubli des serments et des devoirs. Ce fut un scandale inouï pour les ecclésiisliques, les officiers, et pour tout le peuple qui était admis à prêter serment. En outre on disait, et cela était vrai, que ce faible vieillard était conduit par .sa jeune femme et par un favori. On ajoiUait qu'il était indignement trompé par l'un et par l'autre, et que le dernier prétendait jouer de nouveau le rôle des anciens maires du palais. L'ï-]glise fit des représentations; les fils y ajoutèrent les leurs, (ju'ils apportèrent à la tête d'une armée ou plaid de tout le peuple. Le pape Grégoire IV lui-même intervint; il accourut de Rome en France. Ce fut en vain ; le vieillard persista. On sait comment il fut déposé ; puis, comment il reprit de nouveau le pouvoir et donna à Charles une royauté. Tlusieurs historiens ont vu dans ces événements une lutte de race. En vérité, il est impossible d'admettre celte explication. Il est évident qu'il .s'y manifesta seulement la lutte entre les intérêts généraux ei un égoïsme de famil'e. Il est très-remarquable (pie les appuis de Louis, dans son entreprise contre l'unité nationale, furent les nouveaux sujets de l'empire, les peuplades d'Allemagne. Il eut contre lui tout ce que l'Kglise offrait de plus respectable et de plus instruit. 11 trouva tout le monde, lorsipi'il fut ilans l'adversité, bienveillant et crédule à ses promesses; intraitable, lorsqu'il redevint luut-puissant, même devant les menaces et la persécution.
Il est un fait qu'on saisit au nulieu des dés(udres de celte cour et que nous croyons utile à noter, parce qu'il explique la grande iniluence des princesses inqiériales el royales de ces temps. La lenune de l'empereur était chargée de l'aduiinislration des reveiuis du domaine impérial, c'est-à-dire du ministère que nous appelons aujourd'hui ministère des linances.
Louis le Débonnaire mourut en SlO. Les germes de dissolution (pi'il avait semés fructilièrenl largement. Il s'agissait de savoir si les rois seraient vassaux de l'empire, c'est-à-dire s'il y aurait vérilablemenl un enq)ereui'. Or, il y avait un roi qui ne pouvait reeonnultre l'empereur : c'était Charles, dit le Chauve, (pii était alors en possession de l'Aquilaine. Loin de là, à la mort de son père, il si; jeta sur les terres (|ul avaient été réservées au doiUiiine spécial de l'emiieiein". Il entra en Neustiie, où jj ne trouva qui^» des ré-
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sislanoes partielles, des évèques, des abbés, des coniles, dont il chassa facilement les troupes pou nombreuses. Car il ne faut pas oublier ipie ce pays, ainsi que TAustrasie, était celui qui était le plus dégarni d'hommes d'armes, parce que c'étaient ces deux pays (jui on avaient le plus fourni pour les conquêtes des règnes précédents. Charles débaucha Louis le Germanique parla considération do son intérêt privé, et, lorsque Lothaire vint, accompagné des légats du pape, réclamer les droits que lui accordait la charte de 817, il les trouva tous deux réunis et à la tête d'une nombreuse armée. Ce grand procès fut jugé, à la bataille de Fontenay, par ce qu'on voulut bien appeler plus tard le jugement de Dieu. Il donna gain de cause à Charles et à Louis, et le principe de la division de l'empire y fut scellé du sang de plus de quarante mille Françîis.
Les historiens modernes se sont encore plu à voir dans cet événement grave le fait de nationalités en lutte, acquérant, pour résultat de leurs efforts, leur indépendance réciproque. Or, il n'y a rien de cela. D'abord, la vieille France prit une très-faible part à ce combat. Il fut soutenu par des hommes presque tous venus d'au delà des Alpes, du Rhin et de la Loire. Deux principes furent mis en cause, deux principes que nous retrouvons encore présents dans nos temps modernes, comme partout : celui du fédéralisme et celui de l'unité, ou, en d'autres termes, celui qui commande de sacrifier les intérêts généraux aux intérêts particuliers des provinces ou des individus, et celui qui commande de sacriOer les intérêts particuliers aux intérêts de tous. Les rois Charles et Louis représentaient le premier, et Lothaire le second.
On pourra dire que si la scission scellée à Fontenay n'avait pas eu lieu, le progrès, qui fut le résultat des événements qui l'ont suivie, n'aurait pas été accomph; car celui-ci, ajouterait-on, fut la conséquence d'un changement profond introduit dans la société par suite même de ces événements. L'emploi d'un tel mode de raisonnement propre à justifler le mal partout oîi il se trouve, annoncerait une profonde ignorance de la loi du progrès; ce serait prendre ce qui lui fait obstacle pour cette loi elle-même ; ce serait donner son nom au principe qu'elle combat; ce serait supposer que le mal lui est plus utile que le dévouement lui-même. C'est donc une raison absurde sur laquelle nous ne devons pas nous arrêter.
On rejette comme puériles les nombreuses plaintes qu'inspira aux poëtes de l'Église cette triste guerre : elles étaient justes cependant. L'Église, placée au sommet de l'œuvre de civilisation, voyait de plus haut que les princes temporels. Elle n'avait qu'un
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appui, la France, et elle craignait de le perdre. Et ne fut-elle pas, en cITel, plus lard, et par une conséquence forcée des événements, mise à deux doigts de sa ruine ! Les rois Louis et Charles n'étaient pas si certains de la bonté de leur cause. Ils consullcrenlles évêques de leur parti, qui pronoiici-rent que la bataille devait être considérée comme un jugement de Dieu, quoiqu'aucune des formes usitées dans le cas où on en appelait à ce jugement n'eût été observée. Enlin, eux-mêmes se hâtèrent de promettre que, malgré leur victoire, l'unité ne serait pas rompue, et c'est ce qu'ils firent, en 8i2, par le fameux serment de Strasbourg, prononcé devant leurs deux années réunies.
En 8ï">, cent vingt seigneurs français des trois partis parlagèrent le royaume. L'empereur eut toute l'Italie et tout le territoire qui, parlant des Alpes, suit, d'un eôlé, le Rhin jusqu'à la mer du Nord, et, de l'autre, suit le cours du Rhône et celui de la Meuse. Charles le Chauve eut tout le territoire au couchant de celte ligne ; et Louis, toute l'Allemagne. *
I-a réconcilialion entre les frères ne fut pas solide et ne fut pas exempte d'une sourde hostilité. Chark-s le Chauve était détesté de ses sujets ; aussi il y eut des conspirations en faveur de Louis de (jennanie ; mais elles avortèrent.
Ainsi, en .S47, dans un plaid général, à Mersen-^ur-Mcuse, où les trois fières étaient présents, il fut pi is diverses dispositions alin de rendre la guerre civile impo-sible. 11 est dit dans la déclaration du roi Charles : « Que chaque homme libre pourra choisir le seigneur qu'il voudra, soit le roi, soit quelque autre de ses fidèles art. Il); qu'un vassal du roi ne sera obligé de marcher militairenieiil que dans le cas d'invasion du royaume (urt. V) ; enlin, il fut établi encore que les enfants des rois succéderaient à leurs pères et qu'ils ne seraient point troublés dans leurs droits au partage (I).
Cependant la paix ne tenait encore à rien. Un événement sans imporlance ralluma le feu de la guerre civile. Lolliaire quitta l'empire et se relira dans un monastère, pour s'y consacrer au service de Dieu, laissant son gouvernement en partage à ses eid'ants. Alors toutes les ambitions éclatèrent, et, dès ce jour counnença une suile (le dé-ordres civils ipii ne. cessèrent j^lus; une suite d'événements sans intérêt philosophiipie, puiscpi'ils n'avaient d'autre raison que celle d'ime ambition personnelle. Depuis celte époipie l'empire ne cessa d'être divisé et disputé jusqu'en 8Si, où il fut, au moins en apiiarence, réuni sous un seul nom de la descendance de Pépin.
fr Collirt. des Brnédioiinsdo Sainl-M.mr, t. Vil, p. noa à OO'i.
sors r.A RVCF df. rtvxv. Cr;
Il suflit do présenter le laMeaii îles noms des rois qui se succt-dèrent, oerupunt siimiltanémeut quelque poiiil du territoire de l'empire, pour donner l'idée du désordre.
En sriC», Charles le Chauve possédait la Neustrie et une portion de l'Aquitaine; Louis de Germanie, la Bavière et l'Allemagne; Louis, l'Italie et le titre d'empereur; Lothaire, la Lorraine; Charles, la Provence et la Bourgogne, dont alors la Suisse faisait partie. Ilerispoé s'était fait roi des Bretons.
En XGS, Charles le Chauve possédait la France occidentale, la Bourgogne et la Lorraine ; Louis, la Germanie, la Bavière et l'Alma^ne; Louis II était empereur en Italie.
En S75, Charles le (Miauve possédait de plus l'Italie avec le titre d'empereur ; et Louis le Germanique, encore la Bavière et l'Allemagne.
En 87G, Charles le Chauve possédait le titre d'empereur, la Neustrie, l'Aquitaine, la Bourgogne et la Provence; Carloman, la Bavière et l'Italie ; Louis H, une partie de TAustrasie ; Charles, l'Allemagne.
En S78, Louis le Bègue avait succédé à Charles le Chauve son père. Il mourut la même année, laissant pour lui succéder deux enfants mineurs, Louis et Carloman. Carloman était roi de Bavière ; Louis, d'Austrasie, et Charles, dit le Gros, d'Allemagne. En 879, Boson est élu roi d'Arles.
En 882, Charles le Gros était empereur et roi de Germanie, et Carloman possédait la Neustrie, l'Aquitaine et la Bourgogne. En 884, Charles III, dit le Gros, fut élu roi de France; car il ne restait plus de la descendance de Charles le Chauve ([u'un enfant qui fut plus tard appelé Charles le Simple.
Ainsi, en moins de trente ans, il y eut cinq révolutions dvnasti(|ues. Chacune d'elles fut accompagnée d'une guerre civile. Qu'on juge de l'état de faiblesse et d'anarchie où la France fut conduite. Nous allons en rapporter rapidement les principales conséquences.
Tous les chefs militaires du second ordre imitèrent leurs maîtres : ils cherchèrent à convertir leurs commandements en propriétés. Dès Charles le Chauve, on saisit le commencement de plusieurs familles qu'on trouve plus tard possédant des gouvernements à litres héréditaires. Ce sont, Robert, comte de la Marche, entre Seine et Loire; Thieriy, comte de Hollande; Sauche, duc de Gascogne; Bernard de Toulouse; Bernhard de Barcelone; enfin un marquis de Gothie, un duc d'Anjou, etc. En 877, Charles le Chauve luimèine, prenant alors le titre d'empereur, vint convertir cette len-
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dence en droit, en autorisant, momentanément il est vrai, les (ils à succéder à leurs pères dans leurs comtés et fiefs (1).
Pendant que l'intérieur du pays était ainsi soumis aux chances et aux ravages de la guerre civile, et pendant que toutes les individualités se resserraient dans les limites de leur intérêt propre, les frontières étaient abandonnées, sauf une seule, celle d'Allemagne, où quelques victoires illustrèrent encore nos armées. Mais partout ailleurs, dès que l'ennemi cessa de craindre, il devint assaillant. Au midi, les maliométans recommencèrent leurs courses conquérantes, et du nord sortirent des bandes de pirates normands qui entrèrent par tous les fleuves, et poussèrent leurs incursions jusqu'au centre de la vieille France. C'étaient des troupes de brigands pillards qui s'augmentaient, en France même, de tous ceux que les malheurs du temps avaient ruinés et réduits au désespoir. On a conservé l'histoire d'un habitant d'un bourg, qui s'en alla un jour joindre un de ces camps, et devint, par son courage, l'un de leurs chefs. Les Normands pillèrent, et souvent à plusieurs fois, les villes de Ham- Lourg, Bordeaux, Saintes, Nantes, Tours, Angers, Orléans, Beauvais. Trêves, Cologne, Aix-la-Chapelle, Amiens, Rouen, etc., les environs de Paris, de Meaux, de Laon, de Reims, les provinces de Frise, de Flandre, d'Ar^pis, de Bretagne, etc. Ils formaient des camps à l'embouchure des fleuves, d'où ils couraient à la chasse des richesses et des hommes. Eu même temps, les Sarrasins vinrent saccager Arles et Barcelone. Us entrèrent dans le duché de Bénévent, ravagèrent la Calabre, et mirent Rome au pillage. Enfln, cette capitale du catholicisme fut soumise à payer un tribut aux maliométans. Mille maux parcouraient ainsi le corps de la France et la sillonnaient de plaies. Cependant nul prince ne se détournait de la poursuite de ses projets particuliers. H arriva donc que les individus furent obligés de pourvoir chacun à leur défense personnelle. Ainsi, on se rachetait du pillage à prix d'argent, et la France se hérissait de châteaux forts. Chaque village, chaque forêt était un camp retranché. C'était l'unique refuge des humines braves, dans un temps où les chefs de l'État ne s'occupaient que passagèrement du salut de tous.
De même que la grande affaire des rois et des chefs du pays était la guerre civile, de même la grande affaire des peuples était d'empêcher la ruine du pays. Aussi fut-il tout simple ipi'ils se rattachassent au premier nom qui leur promettait im appui uiiliiaire eflicace. Ce nom fut, pour la Noustrie, celui d'Eudes ou Odo, comte de
(1) ColUet. (les Bcnr.UrtMis di- Saint-Maiir, t. VII, p. 701, art. IX, X, XI.
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Paris. Il s'était distingué dans le siège soutenu, à diverses reprises, par les Parisiens contre les Normands. Ce siège fut le plus grand des (.lits d'armes de ce temps. Eudes s'y comporta en homme dévoué et courageux, et Charles le Gros n'y vint que pour montrer un descendant de Charlemagne qui n'osait combattre et qui achetait la retraite d'une armée ennemie, non par l'épée, mais avec de l'or et au prix du pillage d'une province : car les Normands, en s'éloignant de ces murs qui leur avaient été si funestes, obtinrent de passer en Bourgogne.
IV. Après la déposition du faible Charles, en 887, Eudes fut donc élu roi par les évêques et ses fidèles et sacré à Compiègne par Walther, archevêque de Sens. En même temps, Arnoul montait sur le trône de Germanie; Zuentibold se déclarait roi en Moravie, Rodolphe dans la Bourgogne transjurane, Boson à Arles, Guy et Bérenger en Italie; Riiuulfe, comte de Poitiers, se faisait duc d'Aquitaine, etc. Parmi tous ces chefs militaires, il n'y en avait que deux de la descendance de Pépin, Arnoul et son fils Zuentibold. Tous ces nouveaux princes reconnurent à Arnoul son droit de suprématie héréditaire ; mais ce droit ne fut que nominal. Cependant ils prêtèrent serment, dit un chroniqueur.
Eudes avait conquis sa popularité et la couronne en combattant les Normands. Il était animé contre eux de toutes les passions qui pouvaient donner une direction unique à ses efforts militaires, de la haine qu'on conserve contre son premier ennemi et de l'intérêt de sa popularité. Mais il ne put être complètement Gdèle à sa mission : il en fut détourné le plus souvent par les insurrections des vassaux qui eussent dû lui obéir. La jalousie de ses anciens pairs alla lui cliercher un antagoniste du sang de Charlemagne, le malheureux Charles le Simple qu'on éleva sur le trône. Ce n'était pas seulement dans la vieille France que le bien était amoindri ou empêché par les contrariétés que lui suscitaient de toutes parts les prétentions à une indépendance que chacun réclamait comme son droit; le sentiment du devoir social n'était nulle part. On se disputait en Italie et en Allemagne, les armes à la main, et on allait même, comme aux derniers temps de l'empire romain, jusqu'à appeler des barbares à son secours. Ainsi l'Allemagne et l'Italie furent ouvertes aux incursions de Hongrois païens. Ce serait un triste tableau, mais une narration pleine d'enseignement, que l'exposition détaillée des affreux désordres de cette fin de la descendance carlienne; mais les conditions de cette introduction ne nous permettent pas de nous y arrêter. Nous nous bornerons donc à exposer l'esquisse des noms qui marquent , les révolutions qui survinrent dans la distribution
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du pouvoir suprême; elle suffira pour donner une idée du désordro qui se répétait sur tous les degrés de la liiérarcliie.
Nous avons dit qu'en 8SS Eudes était roi eu Neustrie; Rodolphe, dans la Bourgogne Iransjuraiie; Arnoul, empereur et roi de Germanie; que Guy et Bérenger se disputaient Tllalie; que Zuentibold se défendait en Moravie ; ce fut lui qui appela les Bulgares. En 803 il y avait deux rois de plus ; Charles le Simple à Laou, et un certain Louis à Arles.
En 808, Eudes laissa la couronne à Charles le Simple. Louis régnait toujours en Provence, Raoul dans la Bourgogne transjurane, l'empereur Arnoul en Germanie. Zuentibold était établi en Lorraine et Lambert en Italie.
En 000, Charles le Simple régnait en Neustrie ; Louis, fds d'Arnoul, en Germanie; Raoul en Bourgogne, Louis en Provence; Lambert et Bérenger se disputaient l'Italie et le titre d'empereur.
En 011, Charles le Simple était encore en France et Louis à Arles. Mais, dans la Bourgogne transjurane, c'était Raoul II, en Italie Bérenger, et en Allemagne Conrad, qui ne tenait à la race de Pépin que par sa femme. En 010, son beau-frère Henri l'Oiseleur, duc de Saxe, lui succéda.
En 022, Charles le Simple avait un rival en France : c'était Robert, comte de Pat is, de la descendance d'Eudes. 11 venait d'être sacré à Reims.
En 023, Robert ayant été tué sur un champ de bataille, Raoul, son frère, et déjà duc de Rotirgogne, fut élu en sa place. Charles le Simple vivait encore. Henri l'Oiseleur régnait en Allemagne ; Raoul H, dans la Bourgogne transjurane; Louis, en Provence; Bérenger avait pris le titre d'empereur. En 02(;, Raoul de Transjniane avait chassé ce Béienger d'Italie, el venait d'être chassé lui-même par Hugues d'Arles, qui prit le litre de roi d'Italie.
Eu or>(>, Charles le Simple et sou compétiteur Raoul étaient morts. Hugues le Blanc, successeur de Robert dans les comtés de Paris el d'Orléans, prend le titre de duc de France, et fait monter sur le tioiie Louis tr(Jiilre-mer, de la race de Pépin. Othon le Grand régnait en (iflrhianie, Hugues et Lothaire son fils en Italie, Raoul H dans la Transjiirano.
En O'ii, Louis d'Outre-nier étant mort, Hugues fit sacrer Lothaire son (ils en sa place. Othon le (irand régnait en Germanie et en Lorraine; (Conrad, à Arles et dans la Transjuiane; Bérenger, en Itidie.
En OSfi, Hugues Capet avait succédé à Hugues le Blanc, el il lit monter l/mis le Fainéant sur le trône (pie la mort lie son pèr»^
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laissait vacant. En ce niomonl, Ollion III n^gnail en nermanie; Conrad, à Arles el en Transjnrane.
Lonis V fut le dernier descendant de la race de Pépin. Hugues Capet lui succéda, et coniniença la troisième race, en 1)87.
Nous avons abrégé beaucoup celle énuniération des noms qui furent revêtus de Téclat de la couronne. Nous avions liàle de terminer une nomenclature aussi aride. Nous avons donc négligé ceux qui ne tirent que passer. Mais, si Ton pense que cliaque succession, à peu près, donna lieu à une guerre; que< nulle part, la possession du pouvoir ne fut tranquille, soit qu'il fallût combattre pour connnander l'obéissance aux grands vassaux, soit qu'il fallut combattre pour la conserver, soit enlin qu'il fallût courir après quelques bandes des pirates do terre ou de mer, Ninmands Hongrois ou Sarrasins ; l'on comprendra combien la société dut être profondément troublée. Kn effet, elle sortit de cette anarchie, entièrement changée et comme douée d'une destinée nouvelle.
Il est certain d'ailleurs que les modifications profondes que nous allons trouver sous le règne de la troisième race n'occupaient encore que la surface de la société à la On du neuvième siècle. Il paraît qu'elles ne pénétrèrent dans les masses que pendant la durée du dixième. Nous possédons plusieurs actes législatifs, datés de 880 à ilOO, où l'on trouve cités tous les noms indicatifs des diverses positions sociales que nous avons énumétées au commencement de ce cliapitre (I).
Les dernières années du dixième siècle furent moins agitées que les premières, parce que les nouveaux centres de force et de commandement commençaient à se former. En outre, la plus grande partie des pirates normands fut acquise, en 91:2, par l'Église, et devint vassale du royaume de France par le don de la province qu'on appela, de leur nom, Normandie. Il ne sera pas inutile de nous occuper un instant de ce fait. Il donne une idée de la manière de procéder de l'Église dans ses conquêtes, et, en même temps, de la manière dont les faibles rois de ce temps achetaient des lidèles.
S'il y avait eu unité et force dans l'empire, on eût été éteindre le foyer de la piraterie sur le sol même d'oii elle sortait; on eût exterminé ou soumis les païens du Nord. Mais lorsque chaque contrée eut été abandonnée à elle-même, ou ne pensa plus qu'à
1 Voyez tome XI de la Colleclion des Bénédictins de Saint-Maur, p. 309 à 341', passiin. — Richerii Hist.
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fermer aux pirates l'entrée des fleuves et à couper le cours des rivières; car c'étaient là leurs voies militaires, les seules d'ailleurs par lesquelles ces bandes pussent se guider dans un pays inconnu et emporter leurs charges de butin, unique et grossier motif de ces expédilions barbares. On essaya de les arrêter par des fortiûcations; on construisit aussi plusieurs ponts de pierre. Mais Paris seul sut résister par le courage de ses prélats, de ses citoyens et de ses comtes. Les autres points fortiliés furent enlevés par la force, rendus par la crainte, livrés par la trahison, ou laissèrent le passage. Ainsi, Rouen fut pris ; Nantes, livrée par un comte français; Bordeaux, par les juifs, etc. On recourut donc à un autre moyen de défense. On livra aux chefs de pirates, des territoires à l'entrée des fleuves, afin qu'ils les défendissent euxmêmes. Une seule condition leur était imposée, la seule sans laquelle, dans ce temps de foi, il n'y avait pas de traité possible: c'était d'accepter le christianisme. Ainsi on leur donna des terres en Frise, en Bretagne, etc. L'établissement des Normands sur les bords de la Seine fut sans doute un eflet du même calcul.
II est probable que Rollon lui-même, en entrant dans la Seine, avait l'intention de former un établissement flxe. Les chroniques racontent que Francon, archevêque de Rouen, voyant que la ville était hors d'état de se défendre, au lieu de quitter son siège, prit le parti d'attendre les pirates et que Rollon reçut la ville ;\ composition. Dès ce moment on voit Francon jouer le rôle d'intermédiaire entre le chef barbare d'une part , Charles le Simple et llobert, comte de Paris, de l'autre. Néanmoins, les Normands entrèrent dans le sein de la France, en suivant, selon leur coutume, le cours de la rivière. Mais ils eurent de faibles succès et éprouvèrent de nombreux revers. Leurs incursions, fâcheuses pour le pays, furent stériles pour eux : car pas une fois ils ne se retirèrent avec leur butin, Francon profita de ces événements, auprès de Rollon, et sut s'emparer de son esprit. Il était autorisé, d'ailleurs, h oITrir au chef norvégien tout ce qui pouvait llatter sa vanité barbare : pour femme, Gisla, la fille de Charles le Simple, et pour parrain, Robert, k' redoutable comte de Paris. En 912, sept ans après sa descente, Rollon fut baptisé par Francon et reçut le nom de Robert; une grande partie de son armée suivit l'exemple de son duc. Après avoir prêté le serment de vassalité, il s'occupa tout de suite de convertir sa nation à des mœurs meilleures, en leur donnant un nouveau code de lois, imité des coutumes françaises.
La foi, en effet, n'avait rien perdu de sa vigueur dans le neu-
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vicme siècle; seulement elle s'éUiit souillée île superstition; ollt; avait pris le caraclôre ilu temps : elle s'était l'aile é|;;oïsle. On ouliliail les devoirs sociaux, pour ne penser qu'à son salut personnel, et l'on croyait le {gagner par des actes d'une dévotion minutieuse. Aussi on voit encore de très- fréquentes donations aux églises et de nombreux actes de cette piété étroite, superstitieuse, personnelle, que nous rencontrons si souvent aujourd'hui. On croyait ainsi pouvoir racheter des crimes, ou se sauver soi-même au nnlieu du naufraj^e j^énéral. Il nous reste presque un demivolume de diplômes dressés en faveur des Églises. Le clergé avait donc une grande autorité. Ainsi, nous avons les actes d'un concile tenu à Arles, 87!), qui décerne la couronne de roi à Boson ; et ceux d'un autre de SUO, qui la transmet à Louis, son fils, pour le salut commun des provinces méridionales, lesquelles avaient été, ■' 'Il de temps auparavant, saccagées par les Sarrasins. L'Eglise lie comprenait encore Its devoirs sociaux imposés parle christianisme et travaillait au salut de tous. Pour confirmer cette assertion, il suflirail de rappeler la conduite du clergé dans les divers sièges que Paris eut à soutenir contre les Normands et celle de Francon à Rouen. Mais nous possédons des actes qui parlent plus haut et prouvent plus qua ces dévouements particuliers. Dans un synode tenu aux environs de Reims en 881, les évêques adressent au roi une supplique (jui mériterait d'être traduite pour l'enseignement des puissants de ce jour. Ils l'invitent à s'enloiirer d'un conseil composé d'ecclésiastiques et de militaires, afin de pourvoir aux besoins de tous. « Que ce pauvre peuple, disent-ils, qui, depuis tant d'années, soutïre des pillages de toutes sortes, et supporte les exactions des Normands, soit enfin soulagé. » Enlin, Charles le Gros, dans un capitulaire, s'adresse aux évêques pour veiller au salut public. En eltet, il nous reste des traces positives qui prouvent que le clergé, dans ces synodes, chercha à faire tout ce que les rois négligeaient dans rintérêl général. Ce n'est pas à dire qu'il n'y eût des prêtres indignes ; mais il est remarquable qu'ils furent en nombre très-petit, moindre môme que dans des temps plus heureux. L'Église d'ailleurs savait et pouvait punir; d'après les lois, elle avait droit absolu de justice dans son sein. Nous avons quelques textes de jugements rendus contre des membres du clergé. Nous ne couiplons point comme une faute reprocbable, surtout dans notre siècle, le fait de porter les armes. Il y eut des évêques, des abbés et des moines qui se disliiigiièreni ilans Cette guerre de tous les jours contre les païens normands, hongrois ou sarrasins; car bien souvent les villes, abandonnées
~'2 (^O.NSIUI.IIATIO-NS (ifi.NKKALliS SIR Ll-S Kf;\ Ol.l TIONS
OU traliies par leurs comtes, furent délendues par leur clergé : au moins il savait périr avec elles.
Ainsi, les derniers mois, les derniers actes publics qui nous sont restés du neuvième siècle sont encore des preuves de raclivité de rfiglise pour le salut de la France. Nous la retrouvons encore, ainsi qu'au cinquième, construisant les provinces, agglomérant les peuplades, formant, en un mot, la nation. De même, dans l'ordre temporel, en P'rarice la condition d'existence du pouvoir est toujours l'activité militaire. C'est encore l'utilité militaire qui crée les chefs et les rois. Li race de Pépin finit pour avoir manqué à l'œuvre de courage et d'habileté où elle avait trouvé sa fortune. C'est un duc de France, un nouveau maire, un soldat, qui commence la nouvelle dynastie.