‹ Histoire parlementaire de la Révolution françaiseChapitre 23 sur 92 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Histoire de France du quinzième au dix-septième siècle.

L'histoire des deux siècles suivants est celle d'ime bataille entre ',; féJéralisme aristocratique et l'unité monarchique. Aussi, (juanl à l'organisation sociale, toutes choses restèrent dans le provisoire, ei, à la lin de celte époque, sous Louis XIV, nous trouverons (jue l'unité en France n'est que morale; n'ayant d'autre représentant que l'absolu pouvoir du monarque, mais d'ailleurs embarrassée des mille obstacles (|ue lui opposait la variété des coutumes qui tenaient lieu de codes; divisée en provinces, et par systèmes d'impôls et de privilèges; coupée par des lignes de douanes, et présentant enfin sur le sol qui lui appartenait, sous la domination du même esprit et de la même langue, toutes les dilTérences qu'oiïre aujourd'hui l'Europe.

Louis XI ouvre cette suite de rois qui travaillèrent à la ruine de la noblesse et de ses privilèges féodaux. A la mort de Charles Vil, son père, en I i(jl, on avait conspiré de donner la couronne i\ son jeune frère, au mépris de son droit d'aînesse. Il escanutia le trône, l't dès ce jour il commença cette guerre acharnée, mêlée de succès et de revers, semée d'iningues et de violences, ipii ne se termina i|u'à sa mort, en 1 isri. Nous n'entrerions dans aucun détail sur les accidents de ce règne, (piand même nous ne devrions pas saisir iniiies les occasions d'abréger notre narration. Hn elïet, il n'eut qu'une seule siguilicalion, et toujours la même ù travers tous les

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évi'iiemenls; il n'eut qu'un seul but, la dcstruclion de la noblesse féodale.

Los états généraux no furonf assemblés qu'une seule fois au comnioneeinenl de ce règne, on 1 4(iS, et pour répondre à une dilliculté (|Uo leuiassenliuicnl seul pouvait résoudre, difllcullé exceptionnelle, ainsi que nous l'avons annoncé dans le chapitre précédent : c'était pour résister aux exigences de la ligue que la noblesse avait organisée contre le roi, et pour empêcher le démembrement du royaume, que celle-ci était alors assez puissante pour exiger. Le vote des états conserva l'intégrité de la France.

Louis XI laissa à Charles VIII, son fds, le royaume accru de la Bourgogne, de la Provence, de l'Anjou et du Maine, riche, paisible et obéissant.

Le jeune roi était mineur, âgé de moins de quatorze ans. Pour assurer la régence dans les mains auxquelles Louis XI l'avait confiée, il fallut encore recourir aux états généraux; ils ouvrirent leurs séances le 13 janvier 1-481 et les prolongèrent jusqu'au 17 mars. L'histoire de cette assemblée nous a été conservée. Les états votèrent non-seulement par ordres, mais par nations. Il y avait six nations, celles de Paris, de Normandie, de Bourgogne, d'Aquitaine, de Languedoil et de Languedoc. Parmi les réclamations faites par cette assemblée, nous remarquerons les suivantes : on demanda l'abolition de la vénalité des charges, l'inamovibilité des offices, sauf le cas de forfaiture, et la suppression des douanes intérieures. On insista d'ailleurs sur les sujets habituels des réclamations de toutes les assemblées, sur la diminution des impôts, la suppression des tailles et des gabelles ; enfin les états confirmèrent le testament de Louis XI (1).

Le vote de celte assemblée fut souverain. On avait pris toutes les précautions pour que sa décision ne piît être un acte de complaisance pour aucun parti. On avait adressé aux baillis et aux sénéchaux la commission de réunir les députés de leur ressort. En conséquence, ils avaient convoqué dos réunions de tous les possesseurs de bénéfices ecclésiastiques et seigneuriaux ; enfin des députés des villes, bourgs et villages. Cette réunion avait rédigé so.n cahier et en avait chargé des députés qu'elle avait élus pour représenter chacun des ordres dont elle était composée elle-même. A Paris, on avait procédé ainsi : on convoqua le prévôt des marchands, les échevins de la ville, tous les officiers, les notables bourgeois de chaque quartier, tous les principaux maîtres fourreurs,

(1) Relation manuscrite de Massel:i-, tirée de la B.bl. du l'oi.

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