TOME I
iiO niSTOIUli DE FRANCE
drapiers, orfèvres, etc., deux membres de chaque coramunaulé religieuse, enfui Tarclievêque, en qualilé de bourgeois de Paris. On invita chacun, dans les éghses cl au prône, à Iransmellre à celle assemblée ses projets et ses plaintes, et, sur ces matériaux, on rédigea le cahier de Paris, que quinze députés furent chargés de porter aux étals.
Alors la France, qui depuis plus d'un siècle n'était occupée qu'à user ses forces sur elle-même, vint prendre sa part dans la politique européenne. Il ne sera pas inutile d'examiner quel fut le caractère général de celle-ci, jusqu'au moment oiî les guerres de la réforme vinrent en changer le but.
La révolution qui avait eu lieu en France au profit de la puissance monarchique s'était opérée également, sous d'autres formes, dans les autres parties du royaume de Charlemagne. En Allemagne, l'empire était, en quelque sorte, devenu héréditaire; en Espagne, les chrétiens avaient conquis tout le sol, et un seul roi gouvernait ce vaste et riche territoire. Ces grands centres avaient été formés par la guerre. Mais l'œuvre terminée, l'esprit d'agrandissement qui l'avait conduite restait tout entier, et les peuples eux-mêmes étaient dressés à une activité militaire qui avait besoin de s'épancher. Alors les princes conçurent l'idée de reconstruire l'empire de Charlemagne ; la monarchie universelle lut le but de tous les désirs et de tous les efforts de cette époque. Cette ambition mit les armes à la main aux trois principaux monarques de l'Europe. La France ne cessa donc de combattre depuis Charles Vlll, soit pour établir cette monarchie sous son nom, soit pour renq)êcher sous un autre. Elle sortit victorieuse de ces guerres, car elle rompit les projets de ses adversaires et coni>erva sa personnalité souveraine. Sous Charles VIII, elle combattit en Italie; sous Louis XII, elle combattit en Italie encore et, de plus, en Picardie contre les Anglais et les Impériaux, et en Bourgogne contre les Suisses ; sous François 1", il y eut un champ de bataille de plus sur les frontières d'Espagne; enlin, sous Henri II, une Irève fut signée ù Caleau- Cambrésis, en 1550, sons le nom de paix. C'est pendant cet intervalle de repos que connuencèrent à paraître en France les premiers symptômes d'une nouvelle crise civile où le peuple lui-même continua ce que Louis XI avail connnencé.
Les quelcjucs mots (pii précèdent suflisent pour l'iiisloire des quatre rois (jue nous venons de nommer. Ajoutons copeudant que Louis XII monta sur le tiOne en li'JS, François l-^' en 1515, Henri H en 1517.
Pendant la durée de celle guerre, les étals générau.\ ne furent
Dr QinZlÈME AU DIX-SKPTlfcMK SitXLE. 111
assombli^s qu'une seule fois, en ITuiS, pour combler le dclicil du trésor. Eu olVel, ils ne furent occupés que de fuiauces. Leur composition dilVéra de celle des étals qui les avaient précédés. An lieu d'être formés de députés élus par des étals provinciaux, et cliarfi;és des cahiers de doléances rédigés par cliacune des nations, ils furent composés, comme ceux du temps de saint Louis, du haut clergé, do la haute noblesse, des maires et des échevins représentant le tiers. Seulement on y ajouta un quatrième ordre, qu'on nomma état de la justice, et auquel on appela les premiers présidents de tous les parlements, et les gens du roi. Ainsi, c'était encore une réunion à la manière des anciens plaids, *où le roi convoquait qui il voulait.
Henri II ne jouit pas de la paix que la générosité des états l'avait mis en position d'acquérir par quelques victoires; il fut tué la même année, dans un tournois, laissant la couronne à François II, son lils aîné, âgé d'un peu plus de seize ans. Ainsi advint une de ces minorités qui avaient été, sous la troisième race, aussi fatales à la France que les guerres de succession sous les deux premières, en donnant carrière à l'ambition de la noblesse et aux disputes pour la régence. Cette fois, les éléments de troubles étaient plus nombreux que jamais. La réforme avait pénétré en France et avait fondé un parti religieux. Les protestants formaient dans la nation un peuple et un intérêt à part : il y avait donc une force d'opposition toute préparée pour servir les projets des ambitieux qui seraient repoussés à la cour. Ajoutez que la minorité commençait avec les précédents les plus fâcheux. Les impôts étaient excessifs et cependant insullisants; le commerce et l'agriculture étaient ruinés; le crédit était anéanti; les armées, qui avaient été en partie licenciées à la paix, avaient jeté, sur la place et sans occupation, une masse d'hommes de guerre, impatients d'un repos qui les condamriait à la misère.
Cependant le gouvernement du jeune roi était entre les mains du cardinal de Lorraine et du duc de Guise, que les dernières victoires du règne précédent avaient illustré. Ils s'étaient adjoint la reine mère, Catherine de Médicis. Les princes du sang, pour s'emparer du pouvoir, conspirèrent d'enlever le roi et d'arrêter les Guises. Ils appelèrent à eux les protestants, qui, depuis le règne de François F^ étaient l'objet de poursuites irrégulières, plus irritantes qu'une persécution franche et continue. Ils pensèrent même à l'appui qu'il< pourraient tirer des protestants d'Allemagne. Celte conspiration mai.qua ; mais les chefs furent épargnés, et tous ceux qui y avaient trempé prirent les armes dans les provinces- Ainsi le protestantisme ne devint en Fiance un parti politique qu'en s'al-
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liant aux prétoiilioiis de la noblesse ol, pirce qu'il les st-rvii. Or, eu avanrinl cette opinion, nons ne disons rioii de neut : ci^ l'ait lut tellement évident, que pas un historien n'a manqué de le noter.
Le gouvernement, enihairassé au miii'Mi de ces troubles, invoqua sa ressource ordinaire dans les faraudes diriiciillés : il résolut d'assembler les états ;j;t'néraux. Quelques jours avant l'ouverture, François II vint à mourir, et laissa le troue à Charles IX, son frère, à peine âgé de dix ans.
La première séance des étals eut lieu le 15 décembre 1560, à Orléans.
La question [irinci[iale pour les partis qui agitaient le pays était la désignation du conseil de régence. Ce fut la moiiulre pour les états, et lien ne prouve mieux, selon moi, que les destinées du pays étaient étrangères à toutes les factions qui prenaient prétexte de ses intérêts, aussi bien qu'au triomphe du protestantisme. En effet, cette assemblée fut celle que l'on considéra comme la plus favorable aux huguenots, et cependant, sauf quelques discours froidement écouié-i, ells ne manifesta d'autres opinions que celle de l'intérêt général. Ses votes ne touchèrent en li-n les questions religieuses. Le clergé demanda que les anciens usages fussent rétablis pour l'élection des évêques, c'est-à-dire q\U'. les pasteurs reçussent leur titre par la nomination du [leuple et du clergé, et par l'approbation du roi; il réclama contre la vénalité des charges; il sollicita l'établissement d'écoles dans les bourgs et villages. La noblesse demanda des états provinciaux tons les cin(| ans et des états généraux tous les dix ans; de nouveaux règlements sur le service de l'arrière-ban; la réforme de la justice; l'élab i<st luenl d'écoles gratuites pour les pauvres, d'hôpitaux et d'ateli^-rs de charité; la suppression des fêles qui nuisaient au travail. Le lieis état demanda des étals généraux tous les cinq ans et un décret qui en Jixât, dès ce jour, l'époque et le lieu; la réforme de la justice; la liberté indéfinie du counnerce. Il se plaigmt des vexations que les .seigneurs faisaient éprouver aux habitants des canqiagnes. Les trois ordres s'accordèrent d'ailleurs à demaiuler l'assemblée d'un concile national et se réunirent dans les mêmes projets de réforme financière. Kniin, ils acceptèrent Catherine de Médicis comme régente du royaume.
On avait propo^^ aux étais de résoudre l'endiarras linancier où se trouvait la cou^ Ils réponduent (pie les corps électoraux des bailliages, leurs connncltanls, ne leur avaient donné aucune aulorisalioii sur ce sujet. On lem- annonça donc (pi'une nouvelle assendih'-e serait convoipiee inuni'diateinenl, cumpiKée, non par
Dl yUINZltiME AL DIX-SEPTIÈMK SIICIF. HT)
hailliapos. mais par ^'ouvenioiiionls. De ri\[w inaiiièrc, on efl'ol, on l'tail Certain tl'avuir nao rôui.iun lio;-poii mimltieusu et, par siiilc [•lus facile à manier.
Ainsi, les états ili; ITitiO se M'oarènnl sans avoir rien fait puur aucun pat ti, et nous mettons la faction de la ré;;enle dans ce nombre. La noblesse et le clergé seuls avaient agité quelques questions relatives à la réforme, mais sans les conduire à aucune conclusion.
Au mois d'août KitH, rassemblée annoncée par la cour fut réunie. On isola les ordres : on avait convoqué le clergé à Poissy, la noblesse et le tiers à Fontoise : cliaque ordre ne se composait que de treize députés. Le clergé consentit à toutes les mesures financières qu'on proposa, même à celles (jui devaient peser sur ses biens. Les deux autres ordres volèrent pour la tolérance religieuse; mais ils refusèrent tout ce qui eût atteint les grands propriétaires qu'ils représentaient; ils accordèrent seulement un impôt sur les boissons qui ne devait charger que le peuple. Cette assemblée de grands seigneurs ne pouvait avoir aucune iniliience sur l'opinion publique ; et, en efl'et, au lieu de rien empêcher, elle encouragea le mal.
La régente, qui craignait pour son autorité, au milieu de deux partis armf s, et qui ne pouvait, d'ailleurs, les satisfaire en même temps tous deux, inclinait de l'un à l'antre. Il en résulta enfin une sanglante collision ; car chacun sentait que le pouvoir serait à qui le prendrait. D'ailleurs, soit d'un côté, soit de l'autre, les soldats seuls étaient catholiques ou protestants, les chefs n'étaient qu'ambitieux ou mécontents. Le parti purement huguenot ne fut positivement formé qu'en lo72, après la Saint-Barlhélemi.
11 n'entre point dans le plan de cette introduction de parler de celte sanglante exécution. Pour en donner une idée exacte, et en présenter l'histoire dépouillée des sophismes de parti qui en ont caché les causes, il nous faudrait entrer dans de trop longs détails. Il suffit de dire que, mettant de côté les motifs de la cour, le '-entiment qui poussa le peuple à permettre cette terrible action était une colère trop justifiée, où il y avait autre chose que du fanatisme religieux. La noblesse qui fut frappée était celle qui depuis si longtemps troublait les destinées du pays. Coligny lui-même, dont les écrivains ont porté si haut le caractère, était, des nobles, le plus indépendant et le plus ambitieux. Il était coupable de plus d'une atteinte à la nationalité ; entre autres, il était accusé d'avoir livié le Havre aux Anglais en loG2,
L'assassinat et les violences de toutes sortes, les massacres
H-4 IIISTOIRK DF FRANCE
iTirrhc lorsqu'on en vonhiil aii\ masses, l'Iaiont, dans ces temps mallic'iircnx, (li'Vt'nns ilos lialiiliulcs de Ions les partis. Il faut le dire, sans prétendre rien jiislifier, c'étaient les piutestanls qni uvaieni commencé les hostilités. Les prcmiersils avaient mis des villes à sac ; ils avaient massacré à Lyon, à Orléans, etc. Qni ignore les terribles exécutions du baron des Adrets? Ils avaient aussi, les premiers, donné l'exemple des assassinats politiques, en faisant tuer le duc de Guise au siège d'Oiléans. Coligny était considéré daus le public comme l'auteur de ce crime. Disons, enfin, qu'on a énormément exagéré le massacre de la Saint-Barthélemi. D'après les documents positifs et contemporains, il y a eu, au plus, huit cents victimes à Paris. Mais sortons de ces horreurs.
Charles IX mourut en 1574, laissant le trône à Henri III son frère, et la France en proie à la guerre civile. Celle-ci fut suspendue en loTO par l'éditde pacification. Le roi accordait le libre exercice de la religion prétendue réformée, et laissait aux chefs du parti huguenot la possession de leurs villes et de plusieurs provinces : il désavouait la Saint-Barthélemi, en indemnisait les victimes, etc. Il se trouvait donc, par le fait, que les prétentions nobiliaires avaient triomphé, car une partie de la France était divisée en petits Étals possédés à titre de souverainetés et de concessions légitimes, par les chefs des huguenots ; et il faut remarquer que parmi eux, il y avait le parti des PuUtiques, composé de personnages qui n'étaient pas seulement sans croyance, mais sans symboles religieux, et qui d'ailleurs ne cachaient nullement leur but personnel d'indépendance.
L'unité française fut sauvée par l'insurrection du sentiment religieux qui était resté, en immense majorité, catholique. Ce fut ce sentiment qui engendra, propagea et nourrit la Ligue. Le formulaire de celle association qui fut appelée sainte, est l'acte que nous croyons le plus propre à en manifester le véritable esprit. Les considérants en sont ainsi conçus :
« Au nom de la très-sainte Trinité et de la communication du sacré corps de Jesus-Christ, avons promis et juré sur les s;iints Évangiles, sur nos vies, nos honneurs et nos biens, de suivre et garder inviolabhîmenl les choses ici convenues, sous peine d'être à jamais déclarés parjures, infâmes, et tenus pour gens indignes de tonte noblesse cl honneurs.
« Premièrement, étant connu de chacim, les grandes pratiques et conjurations faites contre l'Iionncur de Dieu, la sainte Église calholique, (^l contre l'étal et monarchie de ce royaume de France, tant par ses sujets que par les étrangers; étant connu ipie les ion-
m yllNZIÈMl- Al inx-SKPTIÈMF. sit-r.i.K. ll."i
{iiips elconlilluolli's ^'uenvs el divisions civilosoni tani alïailili uns rois, ol les oui ifiliiils à lolle nécessilô qu'il n'csl plus iiossildc <|uc (rtniv-nuMiics ils lassent ce qui est convenable et expéilioni pour la eonservalion de notre religion, ou qu'ils puissent nous maiiilenir sous leur protection, en sûreté de nos personnes, funiilles et biens, auxquels nous avons reçu fcmt de pertes et dommages... avons estimé être Irès-nécessaire, etc. »
Après ce préambule, on promet obéissance à la sainte Église, tolérance aux prétendus réformés, on promet encore obéissance au roi et à ses successeurs, on jure d'observer et de faire observer, au piix de son sang et de sa fortune, les décrets des états généraux. Enfin on organise l'association (1),
Pendant que cet acte se signait, Henri III, en 1376, assemblait les états généraux à Blois, à la demande des protestants, dit-on. Ils espéraient sans doute qu'ils y trouveraient assez d'amis pour faire convertir l'édit de pacification en loi de l'État ; mais, il se trouva que les états étaient dans l'esprit de la Ligue. Il arriva de là que le roi lui-rnème apposa sa signature à cette grande association et que l'édit de paciflcation fut révoqué. Ainsi la guerre civile recommença.
Nous ne nous arrêterons pas sur les circonstances de cette guerre, où l'on vil une armée étrangère, introduite par le parti de la noblesse, chassée et détruite par les soldats ligueurs. Nous ne raconterons point non plus les hésitations du faible Henri III, qui, ne pouvant avoir d'autres sujets que des ligueurs ou des huguenots, ne sut cependant rester franchement dans celui des deux partis qu'il avait choisi d'abord comme le plus national. Ses défiances perpétuelles firent que la Ligue ne se défia pas moins de lui que la faction des princes ; tout le pouvoir qu'il eût pu conserver passa entre les mains du duc de Guise. On remarqua enfin qu'il n'avait point d'enfants mâles; qu'après lui, suivant la loi de succession, Henri, roi de Navarre, l'un des chefs huguenots, était appelé sur le trône. De là, une requête où l'on demandait des garanties pour le présent et l'avenir ; pour le présent, la publication du concile de Trente, la confiscation des biens des huguenots, l'établissement de l'inquisition, etc.; pour l'avenir, le legs du trône au cardinal de Bourbon. Le roi essaya en vain d'intimider le duc de Guise et les ligueurs dans leur capitale même. Paris se révolta, la cour fut obligée de l'abandonner, et Henri III forcé d'accepter les principales dispositions contenues dans la requête.
,1) Histoire de la Ligue du père Maimbourg, page 629.
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Le thic (le Giiist;, le clicf il- s ligiioiirs, fut noiniiit' lioultMiant général (lu royaunu;, le cardinal de Hourbon lut déclaré héritier do la couronne, et les états généraux furent convoqués alin de prononcer sur les autres t^riels et les aniies d' mandes de la Ligue.
L'ouverture des étais eut lieu à Hlois le 10 octobre 1388. Le clergé avait cent trento-qn'Ure députés; la noblesse, cent fjuatrevingts, et le tiers état, (]uatre-vingt-onze. Toutes les passions de la Ligue animaient cette assemblée : aussi appiouva-t-elle complètement les demandes contenues dans la refjuêle dont nous avons parlé, et qu'on appelait 1'/: /// d'Union. Le roi promit de l'observer. On le supplia ensuite de déclarer le roi de Navarre indigne de la couronne. Ce fut à ce moment que les états furent interrompus par l'assassinat fameux du duc et du cardinal de Guise, et par l'arrestation dos plus intrépides meneurs de l'assemblée. En effet, dès ce jour il n'y eut plus de liberté dans les délibérations. Les députés les plus indépendants et les plus iniluents se retirèrent, et les autres ne restèrent encore quehpie temps à Blois que pour entendre l'apologie des meuitres commandés par le roi.
La Ligue répondit à ce coup d'État par nue insurrection gêné raie; l'Église, par l'excommunication. Henri III se jeta dans les bras du roi de Navarre et des huguenots. Il périt peu de temps après, en loSO, assassiné par Jacques Clément, sous les murs de Paris, qu'il venait assiéger. Ainsi, il y avait, de nouveau, guerre .seulement entre les protestants et la Ligue. Eulin, en 1594, le roi de Navarre s'étant converti à la religion catholique, il fut revu à Paris comme roi de France et comme Henri quatrième du nom.
Quel fruit obtint la France de cette longue lutte? Elle en recueillit nn seul : la conservation de son unité, qui eût péri si le protestantisme l'eût emporté. Sans la résistance que la Ligue opposa à la noblesse protestante, celle-ci eût partagé le pays en petites principautés indépendantes, ou en cercles, comme en Allemagne. Ce projet était celui des princes au commencement de la guerre ; et quand même on n'en posséderait pas la preuve historique dans les termes de la convention par laquelle ils préludèrent à leur insurrection, on ne pourrait douter (pie le triomphe des huguenots n'eût eu poui résultat de fédéralisor la France, si l'on considère quelles récompenses ils sollicitèrent de Henri IN après sou abjuration. Ses nobles compagnons demandèrent que les gouvernements fussent rendus héréditaires, c'est-à-dire, en d'antres termes, que le système féodal fût rétabli; et n'ayant pu obtenir cette CMice.ssion de la volonté du roi, ils conspiièreni pour la lui arracher. Henri IV sut sacrilier les faiblesses de raiMilu- mv devoirs
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ilo la couronne île Fiance. Il livra ces implacables ennemis de riinité à la justice, et lui abandonna même Biron, un de ses plus braves et de ses plus anciens compagnons de fortune. Cet acte de sévérité assura la tranquillité de son règne.
La noblesse, d'ailleurs, avait beaucoup perdu au milieu de ces troubles. Dans les douze gouvernements de la France, le droit de justice avait été séparé du droit administratif et militaire. Les membres des parlements n'étaient plus comptés parmi la noblesse d'épée; mais ils formaient un corps de noblesse particulier, et ces tribunaux avaient été multipliés de manière à suftire à tous les besoins de la justice. Enfm, le roi s'attribua seul le droit de donner des lettres de noblesse, et dts peines furent portées contre ceux qui usurperaient un titre qui ne leur appartiendrait pas par béritage. C'était évidemment préparer l'extinction de la noblesse par l'extinclioii des familles nobles, etc.
Le règne de Henri IV fut consacré surtout au rétablissement de Tordre dans les finances. Cette réforme difficile a illustré le ministère de Sully. La France, se trouvant enfin paisible à l'intérieur, se préparait à prendre part aux affaires générales de l'Europe, lorsque Henri IV mourut assassiné, le 14 mai IGIO, laissant pour lui succéder Louis Xlil, son fils, âgé de neuf ans. Le parlement donna la régence à Marie de Médicis; mais celle-ci se laissa gouverner par le Florentin Concini, qu'elle bonora bientôt du titre de maréchal d'Ancre. Ce fut le signal d'une nouvelle insurrection de la noblesse. Les plus grands seigneurs se retirèrent dans leurs gouvernements, et armèrent contre la régente. Marie de Médicis recourut aux états généraux. Ils furent convoqués et ouverts le 27 octobre 1GU. Le clergé avait cent quarante députés ; la noblesse, cent trente-deux ; le tiers, cent quatre-vingtdeux, présidés par Miron, leur orateur, prévôt des marchands. Los deux premiers ordres demandèrent la suppression de la vénalité des charges, la réforme des finances, la publication du concile de Trente, le rétablissement de la religion romaine dans le Béarn et une défense absolue aux cours parlementaires de prendre connaissance de ce qui regardait- la foi et l'Église. Le tiers état insista sur l'inviolabilité du pouvoir royal, contre toutes les oppositions existantes. Il ajouta d'ailleurs aux demandes faites par les autres ordres celles de l'industrie et du commerce; il sollicita enfin la répression des excès de la noblesse. Le roi, qui éluit déjà déclaré majeur, leur promit que la vénalité des charges serait abolie, qu'une chambre serait établie pour faiie justice du pillage de la forlune publique, qu'on supprimerait les pensions non
mcrilées, el il ajouta que, quant aux aiilrcf; (lomaiides, il on ferait un examen allenlif, et l'erait ses efforts pour y satisfaire. Il est en ctlet très-remarquable, que les premières années de ce règne furent occupées à la réalisation de la plupart des projets rédigés par les états généraux. L'assemblée se sépara le 2i mars ICI S.
Ce ne fut qu'en 1617 que Louis XIII fit acte d'indépendance en se débarrassant de la reine mère et de son favori, le maréchal d'Ancre. Ce ne fut aussi qu'après cette époque qu'on le vil travailler aux réformes promises aux états.
La gloire de ce règne fut l'œuvre du cardinal de Richelieu, Ce grand ministre acheva ce que Louis XI avait commencé. Il lit une guerre acharnée à la noblesse, la dépouilla de ses places de sûreté et lit raser ses châteaux. Il rendit le pouvoir absolu. A l'extérieur, la politique de la France fut occupée à affaiblir les grandes puissances voisines, l'Espagne et l'Antriche. Et ce qui prouve que le cardinal frappait sur les huguenots, non parce qu'ils étaient protestants, mais parce qu'ils tendaient à l'indépendance seigneuriale, c'est qu'à l'extéiieur, il était uni aux Suédois; il faisait, en commun avec ces chefs de la ligue protestante, la guerre à la maison d'Autriche. Il se proposait ainsi d'affaiblir une unité redoutable et de contribuer à la fondation d'un fédéralisme qui livrerait l'Allemagne à la suzeraineté de la France. Richelieu mourut avant Louis XIII ; mais il lui légua ses principes et laissa pour successeur, au ministère, le cardinal Mazarin, qui, sans hériter de son génie, en conserva au moins les traditions.
Le ministère de Mazarin fut le lien qui unit le règne de Louis XIIÎ à celui de Louis XIV, son fils, qui commença on 10ii>. Il ne fut troublé qu'un instant par ces émeutes sans caractère et sans but, auxquelles on donna le nom de guerre de la Fronde. Ce fut le dernier sou|iir du pouvoir aristocratique expirant, un jeu sans gravité, une mutinerie sans portée et qui resta sans autre résultat que de donner au nouveau monarque l'enseiguornenl que ses ancêtres avaient puisé dans les terribles guerres du Dion public et de la Ligue. Après Mazarin, qui mourut en 1('>(ll, vinrent Louis XIV el .ses ministres. Ce prince fut, des rois, le plus absolu et le plus libre de ses actes. Il reçut le pouvoir de tout fiire, mais il ne sut en user que dans l'intérêt d'une gi aiuleur chevaleres(|ue et vaniteuse. Il prit au vrai ce mol qu'il avait prononcé en parlement :«L'fttat, c'est moi.» Il fut assez orgueilleux pour croire que riiuinanilé n'avait d'autre but qu'un honune; dans la nation, il ne vil que lui-même cl se lit adorateur de son propre égoïsmo : il méconnut donc les obligations
DU QUINZIÈME AL' DIX-SKPTIÈMK SIÈCLE. Il'.l
que lui imposait ce haut pouvoir qui lui avait été légué. Il oublia le peujilc el iuiuiobilisa toutes choses. Cepeiulant lu société qu'il avait rerue, i)oui' la gouveruer et la diriger eu maître, avait une organisation dont chaque détail niait Tunité. lille portait l'empreinte des divisions féodales qui l'avaient si longtemps possédée. Chaque province, cluKiue duché, chaque pays, lors de son agrégation au lief myal, avait été laissé dans ses coutumes, avec ses douanes particulières, son système d'impôts et de privilèges. L'administration n'offrait rien d'uniforme. C'était un assemblage sans unité, qu'on ne pouvait saisir ni par la vue, ni par la pensée; aussi faisait-elle l'objet d'une sorte de science obscure, où mille abus pouvaient vivre à l'ombre et en pleine sécurité. 11 y avait vingt-sept généralités gouvernées par des intendants, mais elles ne compreuaient pas tout le pays. Il y avait, en effet, ce qu'on appelait des provinces, telles que la Bretagne, le Languedoc, l'Auvergne, le Roussillon, le Perche, l'Alsace, la Franche-Comté, l'Artois; il y avait des duchés de Lorraine et de Bar, de Bourgogne, le pays de Bresse, Gex, Bugey, etc. De ces divisions territoriales, les unes étaient rattachées à une généralité, les autres en étaient indépendantes, mais elles étaient soumises à des systèmes d'impôts différents, exemptes des contributions auxquelles les autres étaient sujettes; en sorte qu'elles étaient ceintes d'une ligne de douaniers. L'Artois, par exemple, qui n'avait pas plus de 00 lieues de circonférence, ne payait ni aides, ni tailles, ni gabelles, ni droits de douanes : ainsi, il formait une île, isolée du reste de la France par une surveillance qui empêchait les limitrophes de profiter du bénéfice de ses franchises. La Bretagne était franche et séparée comme un duché étranger, par une Hgne de douane, etc. On sera étonné, disait le comte de Boulainvillers, si l'on considère qu'une pièce d'étoffe fabriquée à Valenciennes ne peut être transportée à Bayonne, sans payer l'entrée en Picardie, la sortie en Poitou, à Bordeaux la contablie, à l'entrée des Landes la traite (TArras et à Bayonne la coutume.
Lu général, toutes les contrées qui avaient été réunies au domaine royal depuis François I'^'' étaient exemptes de l'impôt dit des cinq grosses fermes, c'est-à-dire des droits d'entrée et de sortie, de la ferme des tabacs, etc.
Le système administratif ne différait pas moins que celui de l'impôt : il y avait les pays d'états composés le plus souvent des trois ordres. C'étaient l'Artois, le Béarn, le Bellay, la Bigorre, la Bourgogne, la Bretagne, le Cambrésis, le Charolois, le comté de Foix et les Quatre-Vallées, le Labour, le Languedoc, Lille, le Maçonnais, la Navarre, le pays de Soulles et le Touruaisis.
120 iiisT. Di: fram;i:dl gi i.n/ikmi; m inx-SRPTifcME sièclk.
Il serait impossible de donner nne idée des variétés infinies que pré>entaient toutes ces divisions territoriales, (iiiant au droit admijiistralif et judiciaire, (juanl aux atlrilnilions des magistrats ciiargés de veiller sur ces droits. Vers la (in du règne de Louis XIV, les intendants furent chargés de dresser un état de la France. Ce travail forme soixante gros volumes in-folio qui sont restés manuscrits, encore est-il extrêmement incomplet; etcependanl.il ne regarde que la statistique piopremenl dite et le système administratif. On peut en prendre une idée dans le résumé qu'en offre l'ouvrage de .M. le comte de Bmilainvillers 1). Rien ne prouvera mieux quel était le désordre administratif de la France que le peu d'ordre qui règne dans ^expo^ilion elle-même : on voit que l'auteur a fait elTort pour mettre de la netteté et de la précision là où tout est contradictoire et vague comme sont les coutumes traditionnelles.
Ainsi, en définitive, et ce travail qui fut le fruit des dernières années du grand roi en offre la preuve, toutes choses étaient restées dans le provisoire. La réforme était instante, demandée même. Ainsi, La Rochelle avait obtenu, comme une grâce, de sortir de l'exception <iui la régissait. Il y avait à achever sous le rapport matériel l'œuvre d'homogénéisation opérée au moral. Louis XIV manqua à cette tâche. Nous pouvons donc dire qu'il fut seulement un prince égoïste, car il vécut uniquement pour consommer les fruits du domaine que ses pères lui avaient fait, et il ne s'occupa point un seul instant du soin de l'améliorer.
Cependant de nombreux projets avaient mis le pouvoir en demeure d'opérer la réforme. Depuis longtemps on avait demandé l'établissement d'un système uniforme dans l'administration, dans le droit civil et commercial, dans la répartition de l'impôt, etc. Le comte de Biulainvillers lui-même, qui écrivait sous le régent, présente une théorie complète sur les finances; et, considérant que le premier devoir du souverain est de garder et d'accroître la conservation de tous et de chacun ; considérant que l'on a des garanties certaines sur la conservation de tous, seulement lorsque le sort des pauvre.'* est assuré, il propose des moyens de multiplier le travail et la production; il les clierche dans un établissement général de crédit ayant son centre dans la capitale et rayonnant, de ce point commun, vers toutes les divisions territoriales. Afin de prouver à quel point celte institution était facilement réalisable, il en donna le règlement en projet. Les efl'orts de lioulainvillers, comme ceux des hommes <pii l'avaient précédé, lurent inutiles; ou les oublia :
(1; Étal ilf 1(1 Frnno; 3 vol. jii-8, l'aris, 1728.
Rl-SII.T.VTS Dl «kc.NK DK I.Ol IS \IV. l'it
il fallut que le peuple Uii-miMne vint, en I7S'.), pour les nictlre à exécution; encore ne sont-ils pas à cette heure tous accomplis.
Pendant que lu volonté de Louis XIV inunobilisait la Fiance dans Je provi<(tire, l'Europe aussi s'arrêtait dans le droit des f^ens provisoire qu'elle s'était donné en lOiS, par les traités de Weslplialie. Les souverains s'étaient déclarés seigneurs féodaux, mais sans suzerain, des contrées qui leur étaient soumises. La lét;itimité des races royales était établie comme doctrine sociale et la balance des États comme principe diplomatique. C'est dans cette position que la révolution française trouva l'Europe.