‹ Histoire parlementaire de la Révolution françaiseChapitre 26 sur 92 · TOME I. H · texte numérisé non relu

TOME I. H

122 DIX-lILITlftMK SIÈCLE.

ii'élaiunt pas encore en communauté. Colberl avait d'ailleurs complètement négligé l'agriculture, quoiqu'il y eût longtemps que Sully eût dit: «Pâturage et labourage sont les mamelles de la France. » Ainsi, beaucoup de questions étaient indiquées, mais nulle n'était réellement résolue. Dans ce vaste enqiire, où Riclielieu avait établi l'unité de pouvoir, il restait encore à fonder l'unité d'administration ou de moyens. Il y avait, sous un même gouvernement , diversité de lois ; et sous une même obéissance, diversité de devoirs et de droits; de telle sorte qu'il existait, entre toutes les parties, entre tous les sujets du royaume, des dissemblances, des inégalités et des contradictions qui, en définitive, s'étaient traduites en abus et en misères de toutes sortes. Lorsque Louis XIV monta sur le trône, la réforme se présentait seulement comme une conséquence logique des actes opérés par ses prédécesseurs ; lorsqu'il le quitta, elle était connnandée par les faits. La nécessité en était évidente pour tous les hommes du pouvoir auxquels l'égoïsme ne fermait pas les yeux. Elle était visible même pour les simples particuliers dont l'intelligence s'abreuvait aux sources de la charité chrétienne.

Nous lisons dans le second mémoire de Fénelon sur la guerre de la succession d'Espagne : « Pour moi, si je prenais la liberté de juger de l'étal de la France par les morceaux du gouvernement que j'entrevois sur cette frontière, je conclurais qu'on ne vit plus que par miracle; que c'est une vieille machine délabrée qui va encore de l'ancien branle qu'on lui a donné, et qui achèvera de se briser au premier choc. Je serais tenté de croire que notre plus grand mal est que personne ne voit le fond de notre état; que c'est même une espèce de résolution prise de ne vouloir point le voir; qu'on n'oserait envisager le bout de ses forces, auquel on touche ; que tout se réduit à fermer les yeux et à ouvrir la main pour prendre toujours, sans savoir si l'on trouvera de quoi prendre ; qu'il n'y a que le miracle d'aujourd'hui (jui réponde de celui qui sera nécessaire demain, et (ju'on ne voudra voir le détail de nos maux, pour prendre un parti juoportionné, que quand il sera trop tard... Les peuples ne vivent plus en honnnes, et il n'est plus permis de compter sur leur patience tant elle est mise à ime éprouve outrée... Les intendants font, malgré eux, presque autant do ravages(iue les maraudeurs: ils enlèvent jusqu'aux dépôts publics... On ne peut plus faire le service (ju'en escroquant de tous côtés. C'est une vie de Hohème, et non pas de gens qui gouvorneiit. Il paraît une banqueroute univoiselle de la n.ition. Nouobslant la violence et la fraude, on est souvent contraint d'abundoimer certains travaux

Page 1