RÉSULTATS DU RÈCM: DE LOUIS XIV
Irès-nécessaires, dès qu'il faut une avance de deux cents pistolcs (deux mille fiiincs) pour les exécuter dans le plus pressant hisoin. La nation tombe dans l'opprobre ; elle devient l'objet de la di-rision publique... w
Dès 1680, Colbert représentait au roi que la misère des peuples était à son comble; que les lettres écrites des provinces par les intendants, par les receveurs, et même par les évêques, l'attestaient unanimement.
Les statistiques des généralités, dressées en 1698 par ordre du duc de Bourgogne, prouvèrent que la détresse publique s'était rapidement accrue. Qu'on juge de l'état du royaume sur celui de la généralité de Paris, la plus considérable par les revenus qu'elle fournissait au roi (I), et par son étendue particulière. Les élections de Manies et d'Ktampes avaient perdu la moitié de leurs habitants; les autres, le tiers, ou tout au moins le quart. L'auteur du mémoire que nous avons sous les yeux attribue celte dépopulation « aux logements excessifs des gens de guerre et à leurs fréquents passages ; à la retraite des buguenots, et à celle des gens de ',1a campagne qui se jetaient dans les villes francbes ; aux levées des troupes, aux milices forcées et aux impositions extraordinaires. » Il remarque, en outre, que « la misère des paysans est telle, que les enfants deviennent maladifs, faibles, de courte vie, parce qu'ils manquent des commodités qui procurent une bonne génération et éducation ('2). »
Le maréchal de Vauban, dans un de ses mémoires (ô), qui paraît avoir été écrit, en 1697, après la paix de Riswick, parle de la dépopulation que l'on remarquait dans les campagnes. Il en voit la cause encore ailleurs que dans l'excès et l'inégale répartition des impôts : il l'attribue surtout aux moyens employés pour la levée des troupes. Le recrutement volontaire était devenu insuffisant pour remplir les cadres des armées nombreuses néces.'>aires pour résister à toute l'Europe armée. On employait donc la ruse et plus souvent encore la violence. On dépeuplait les familles; on ne craignait point d'arracher un père à ses enfants, un mari à sa femme. Vauban démontre sans peine les vices d'un pareil état, qui ne tendait à rien moins qu'à détruire les éléments mêmes de la force nationale, et il propose de le remplacer par un système assez analogue à celui de notre recrutement actuel.
(1^ Un peu plus de 1 t,OiXI,000 liv., le sixième environ des impôts de ce temps. (2/ Extrait des mémoires dressés par les intendants du royaume, par ordre du roi Louis XIV, à la sollicitation du duc de Bourgogne, page 3u. (3) Mémoires inédits du maréchal de Vauban, Paris 1811.
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Le même Vaiiban, dans un projfU d'une dîme royalo, vers ITOS, écrivail les paroles siiivanles : « iJuns ces derniers lomps, le menu peuple est beaucoup diminué par la guerre, les maludies et par la misère des chères années qui en ont fait mourir de faim un grand, nombre et réduit beaucoup d'autres à la mendicilé. — Par toutes les reclierclies (|ue j'ai pu faire, depuis plusieurs années que je m'y a|)pli(iue,j'ai fort bien remarqué, que dans ces derniers temps, près de la dixième partie du peuple est léduiteà la mendicité et mendie clîectivement; que, des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là, parce que eux-mêmes sont réduits, à très peu de choses près, à cette malheureuse condition ; que, des quatre autres parties qui restent, les trois sont fort malaisées et embairassées de dettes et de procès; et que, dans la dixième, où je mets tous les gens d'épée, de robe, ecclésiastitjues et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée, les gens en charge militaire ou civile, les bons marchands, les bourgeois les plus rentes et les plus accommodes, on ne peut compter plus de ce7it mille familles; et je ne croirais pas mentir quand je dirais qu'il n'y en a pas dix mille, petites ou grandes, qu'on puisse dire être fort à leur aise ; et, qui en ùttrait les gens d'alïaires, leurs alliés et adhérents couverts, et ceux (jue le roi soutient par ses bienfaits et quelques marchands, je m'assure que le reste serait petit nombre. » Ce mémoire fut présenté à Louis XiV et il valut, à Vauban, sa disgrâce. Le grand roi ne voulait pas qu'on le fit descendre de l'Olympe oîi il aimait à être adoré.
Vers le même temps, Boisguilbert, lieutenant général du présidial de Rouen, faisait réimprimer son Détail île la France, publié pour la première fois en l(t'.»7. Il y examinait, point par point, tous les vices du système des impots. « Les tailles, y disait-il, sont exigées avec une extrême rif^ueur et de si grands frais ipi'ils vont au moins à un quait de la laille. 11 est même assez ordiriaire de pousser les exécutions jusqu'à dépendre les portes des maisons après avoir vendu ce qui était dedans: et on en a vu démulir pour en tirer les poutres, les solives et les planches (pii ont été vendues cinq ou six fois moins qu'elles ne valaient. — Hors le fer et le feu, (|ui. Dieu merci, n'ont pu encore être employés aux contraintes du peuple, il n'y a rien qu'on ne metle en usage, et tous les pays (jui composent ce royaume sont universellement ruinés. »
Qu(; l'on s'étdMue, après ces détails, qu'en 1('>".»S M. de la IJretesclie, intendant d'Alençon, ait constaté que, dans sa généralité, la population était diminuée d'im sixième; (jue, dans la généralité de l'an-', la po|>ulation des contribuables de Mantes et dKtampes fût
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diminiu'o do moilié! Qiiolle l'IlVayanIo arcnsalidii contre radniinistration di- Louis XIV, si Ton pouvait ainsi drosser la liste des résultats de la misère dans toutes les provinces. Le mémoire de Boisguilbert fut i>résenlé au ministre; mais ce tut une vaine démarche. Nous ne devons |ias oublier parmi les lionunes qui se rendirent les interprètes du pauvre auprès du pouvoir, notre grand poète Racine ; mais il ne recueillit, connue Vauban et boisguilbcrt, qu'une disgrâce.
Tout le monde ne s'élevait pas, comirie les hommes que nous venons de citer, jusqu'à voit comment le mal dont souffrait la .société tenait à la non solution d'une question administrative ; mais beaucoup de gens apercevaient les vices, les abus et les superl'étalions des institutions. Il y avait, en général, une certaine hostilité contre les individus ou les classes qui les représentaient, c'est-à-dire contre les financiers, contre les possesseurs d'offices, contre les nobles, etc. Déjàplusieurs écrivains s'étaient faits, sous ce rapport, Ips interprètes des sentiments publics. Ne pouvant attaquer le mal de fiont, on tournait la position. Ce n'était point à l'abus que l'on s'en prenait; mais à la personne qui en offrait, en quelque sorte, le type. En im mot, c'était par le ridicule et par la plaisanterie qu'on ruinait les ; privilèges qu'on eût voulu renverser. Molière, Regnard, Lt Sage, La Fontaine, Racine même, donnèrent le signal de cette guerre contre , les marquis, les robins et les linanciers, qui commença par deii plai- ^ santeries et se termina par des proscriptions. Les procédés littéraires employés par Molière, dans ses comédies, nous donnent une idée de l'image que la Fiance présentait à tous les yeux. Après avoir fait l'éloge du roi, notre grand comique se croit en droit de se moquer de tout le monde. Entre le roi et le public il ne voit rien qui soit au-dessus de ses attaques; c'est qu'en elfet, il n'y avait plus entre le roi et la nation, qu'un pèle-mèle de privilèges et d'abus, au lieu d'une organisation politique et administrative. Tout avait été nivelé sous la règle d'une obéissance commune; partout la servilité avait remplacé l'indépendance; la noblesse et les parlements avaient perdu leur puissance et même leur autorité morale. En un mot, le roi était tout ; mais la nation n'était encore rien. Celte situation n'échappa pas même aux étrangers. Dans les conférences préliminaires qui eurent lieu à Utrt^cht à la fin de la guerre de la succe.ssion d'Espagne, il fut dit que les alliés ne pouvaient être en sécurité avec un prince qui était le maître absolu de la volonté de ses sujets, et en conséquence, il fut proposé d'ajourner la raiilication définitive ' du traité jusqu'au moment où il aurait reçu la sanction des états j^énérauN de France. Plusieurs mémoires dans ce .sons fuient pu-
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bliés on llollantlf on on Anj-'lelorre et ri^pandiis dans los provinces frantaisos. On y oxposail, plus ou moins lonf-Micmont, «que le seul préliminaire (pii pùl comluireà une paix sûre t'tail d'obliger le roi de France à rétablir, dans son royaume, l'usage et l'autorité des états généraux. » Le gouvernement fran<,'.ais crut nécessaire de répondre; les principaux motils qu'il lit valoir étaient tirés d'abord des désordres que les luttes du parlement avec la couronne avaient produits en Angleterre. On arguait ensuite de l'esprit public des Français, toujours prêts à refuser ce qui leur venait de l'étranger. Ils avaient d'ailleurs oublié qu'il y eût eu des états généraux dans leur monarcliie. Enlin, on ne devait pas perdre de vue que « presque toutes les fortunes particulières dépendent de celle de l'autorité royale ; les gages, les pensions, les prêts immenses, les arrérages des rentes y sont atfacbés; si elle cbancelle, toutes ces sortes de biens, qui font plus des trois quarts de tous les autres biens, sont en danger de périr (1). )i Celte dernière raison était la meilleure. 11 était évident, en efl'el, que le premier acte d'une assemblée nationale eût été d'opérer une réforme ; or une réforme eût été un bouleversement de toutes les positions acquises par le fait même des abus et des désordres de la fortune publique. Pour juger du nombre des intéressés ;\ la conservation de l'état de clioses, il suflit de regarder le eliilTre des emplois et celui de la dette. Le dénombrement (les offices, fait en IWU, en portait le nombre à 47,580, représentant un capital de 419,050,842 livres. L'édit de Colbert de iOTÔ avait encore accru ce nombre, par une nouvelle création d'offices, dont le revenu était évalué à 12 millions par an, qui étaient prélevés sur le commerce. Les clioses enlin étaient arrivées à ce point qu'en 1713 le trésor se trouvait complètement obéré. Prélèvement fait des rentes et des offices à gages, il ne restait plus que 7."^) millions de disponibles sur les revenus ordinaires, joints au dixième denier et à la capilation. On peut juger du nombre des créanciers par le chillre de la dette qui , à la lin du règne de Louis XIV, s'élevait à 2,471 millions. Il était donc très-vrai que la convocation des étals généraux eût été le signal de la ruine d'une multitude de l'oriimes particulières, dont la volonté du monarque était runi(|ue garantie; mais mallieureusemeat une volonté semblable devait succéder à la sieime !
(l) Lettre en réponse d'un ami de La Haye A son eimi de Londres, ouvrage m.iinisrril I Inlrodui-tl'iii :mi Mimileur).
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