CHAPITRE H
Histoire de la régence.
Dès le lendemain de la mort de Louis XIV, le duc d'Orléans se rendit au parlement accompagné des princes et des pairs qui avaient droit d'y siéger. Là, contre la volonté foi'melle écrite dans le testament du feu roi, qui ne l'appelait qu'à la présidence du conseil de régence, il lut élu régent; et le duc du Maine, à qui devaient être contiés, outre l'éducation du jeune roi, la garde de sa personne et le commandement de tontes les troupes de sa maison, fut réduit à la simple surintendance de l'éducation. En échange de ce service, le duc d'Orléans rendit au parlement l'usage du droit de remontrances.
Deux faits seulement doivent notis préoccuper dans l'histoire de la régence : l'un parce qu'il ramena la question de la convocation des états généraux, l'autre relatif à l'histoire des finances.
Dès que le duc d'Orléans eut pris possession du pouvoir, il dut s'occuper d'une éventualité qui paraissait probable à beaucoup de gens. La santé du jeune roi était chancelante. Il ne semblait nullement certain qu'il arrivât à l'âge où il pourrait donner des héritiers au trône. Dans ce cas il s'agissait, pour le duc, d'assurer la couronne à lui-même et à sa famille. Il y avait plusieurs prétendants ou plutôt plusieurs compétiteurs à écarter. En première ligne se trouvait Philippe y, roi d'Espagne, qui avait, il est vrai, renoncé à la couronne de France, pour lui et ses successeurs; mais rien ne prouvait que ce prince fût disposé à maintenir une renonciation qui, à l'époque où elle avait été faite, avait été imposée par la nécessité de la paix. Après lui venaient les princes légitimés, le duc du Maine et le comte de Toulouse, qu'un testament exprès de Louis XIV avait déclarés aptes à succéder, si les autres héritiers directs venaient à manquer. Le duc d'Orléans n'était réellement qu'en troisième ligne.
Les concurrents les moins redoutables étaient le duc du Maine et le comte de Toulouse. Louis XIV s'était trompé en croyant qu'il lui suffirait d'avoir voulu pour qu'on oubliât la tache de bâtardise empreinte sur leurs personnes. La haute noblesse était jalouse des privilèges qu'il leur avait accordés ; les princes du sang l'étaient encore davantage. Ce fut donc aux applaudissements de ce qu'il y avait de plus haut et de plus fier à la cour, que le duc de Bourbon, d'accord avec le régent, présenta au parlement une requête tendante à ce que le duc du Maine et le comte de Toidouse fussent déclarés déchus du rang et des prérogatives de princes du sang, et, entre