‹ Histoire parlementaire de la Révolution françaiseChapitre 29 sur 92 · DIK-lll iriK.MK SitCLK · texte numérisé non relu

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autres, de rexpecUilivc de la couionne. Lts ducs et pairs, à la lèle desquels était le duc de Saint-Simou, se joiguirent à cette démarciie, demandant à leur tour qu'ils u'eusSenl [dus le pas sur eux, et <iu'ils fussent rappelés au rang que leur assignait la date de leur pairie. Les princes légiiinies, de leur côté, ne restèrent pas oisifs. Ils demandèrent que la (jueslion lût jugée par les états généraux. Trente-neuf seignturs appuyèrent cette demande en faisant signifier au procureur général du pailemenl un acte protestant de nullité tout jugement de cette alïaire, et en appelant à la décision des étals généraux. L'huisbier à verge qui signilia cet acte fut interdit pour six mois. En même temps on fit emprisonner les meneurs: MM. de Cliàtillon, de Vieux-Pont, deBeaulVemout, dellieux, de Poliguac et deClermunt. Le 2 juillet 1717 une déclaration du conseil de régence lit droit à la requête du duc de Bourbon. Elle ne laissa aux princes légitimés que le vain avantage que les ducs et pairs leur avaient disputé. Encore ne le conservèrent-ils point longtemps. L'année suivante dans un lit de justice, convoqué en partie à cet effet, on lit agréer cette déchéance au parlement; en outre, on destitua le duc du Maine de la surintendance de l'éducation du roi. Le premier piésident demanda à délibérer, mais le garde des sceaux, d'Argenson, après s'être approché de la personne du roi, comme pour prendre ses ordres, repoussa la proposition par ces mots, au.\(iuels alors persoiuie n'avait droit de répondre : « Le roi veut être obéi, et surle-champ ». Le lendemain et pendant le parlement eut le courage de prolester, et son exemple fut suivi par les autres parlements du royaume. Le duc d'Orléans était engagé dans une voie où il ne pouvait reculer. Il punit de la prison ou de l'exil les plus hardis des opposants. Ces actes de violence fuient fort mal accueillis du public qui, comme il arrive toujours et souvent avec justice, prit le parti des plus f.iibles.

Pendant que celte affaire se terminait, on réalisait la partie du plan qui avait i)our but d'écarter la compétition du roi d'Espagne. Il s'agissait de forcer ce prince à confirmer, par une déclaration nouvelle, sa première renonciation. L'abbé Dubois fut l'àine et le pi incipal agent de celte inirigiie. Le ijanvier 1717, on signa, avec les Anglais et les Hollandais, un traité, dit de la triple alliance, dans lequel les pallies se garantissaient mutuellement le maintien des slipiilalions du traité d'Utrechl, relatives à la succession au liùiie ili- riance et d'Angleterre. L'empereur accéda à ce traité le 2 août de l'année suivante, et le roi d'Espagne fut sommé d'y accéder à son tour.

Ce fut là l'origine ou roccasion de la conspiration du prince de Cellamare, alors ■imbassadeur d'I'lspagne ;'i Paris. Il s'ciilondil avec

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le duo et la diicliesso ilii Maine et les nomliroux mi'cnntoiUs qui existaicut alors eu Fiance. Le projet était d'enlever le réj^cnt dans une partie de plaisir, de le transporter en Espagne et d'en appeler en définitive aux étals ^jénéraux. La conspiraliou lut découverte par uue voie intïuue, dij^ne des mœurs de ce lenips; une partie des papiers fut saisie. L'ambassadeur fut arrêté et transféié à Blois. Lî duc et la duchesse du ^Mdine furent également emprisonnés. Après avoir frappé de si liants personnages, on usa largement des lettres de cachet. Près de soixante gentilshommes, et entre autres le comte de Laval et le duc de Richelieu, alors âgé seulement de vingt-deux ans, furent jetés en prison. Le cardinal de Polignac fut exilé. Dans le premier moment, on se proposait de verser du sang; mais en regardant autour de soi. ou vit que l'on n'était pas assez fort pour exercer de (elles rigueurs à Paris, et l'on prit le parti de la cléiTience. Il n'en fut pas ainsi en Bretagne; la conspiration y eut une conclusion sanglante : quatre gentilshommes portèrent leur tête sur l'échafaud.

Cependant le gouvernement faisait grand bruit de Yabuminable conspiration. Il publiait quelques-unes des pièces saisies et les soumettait au jugement des divers parlements du royaume. C'étaient trois manifestes du roi d'Espagne, l'un adressé au roi de France, l'autre au parlement, le troisième aux états généraux, et enfin un projet de réponse des états généraux à ce prince, dans lequel on le suppliait de se charger de la régence. Les parlements condamnèrent ces écrits comme séditieux, insolents et calomnieux. Mais quelle opinion le public dut-il en concevoir? Il ne pouvait que regretter la ruine d'une coalition dont il n'avait rien à craindre et tout à espérer ; cependant pour l'animer dans les intérêts du régent, on répandait le bruil que la faction des dévots de l'ancienne cour et les jésuites, dirigés par le père Tournemine, comptaient sur le succès pour reprendre l'empire qu'ils avaient perdu. On ne pouvait choisir un meilleur prétexte pour exciter les passions honnêtes d'hommes qui avaient encore le souvenir des dragonnades de Ceveunes, et des persécutions de tout genre qui avaient suivi la révocation de l'édit de Nantes, sous Louis XIV.

Le dernier acte de celte intrigue fut une déclaration de guerre à l'Espagne. L'armée française passa les Pyrénées. Le gouvernement français donna alors un singulier et rare exemple de versatilité : il travaillait à détruire son propre ouvrage, s'unissant, pour le renverser , avec ceux qu'il avait combattus avec acliarnenieiil lorsqu'il s'agissait de l'édifier. L'Angleterre, l'Empire et la Hollande étaient fidèles à leur politique; la France, conduite par les

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intérêts puromont porsonnols de ses chefs, avait tl(??erlé la sienne. Il est vrai (|ue le récent déclarait que c'était au cardinal Allieroni, au seul ministre ennemi du repos de TEurope, qu'il en voulait.

L'armée française a toujours le même courage, soit qu'elle défende une bonne cause, soit qu'elle en soutienne une mauvaise. Ses succès furent rapides. Philippe fut obligé de traiter; il abandonna Alberoni ; il accéda à la triple et même à la quadruple alliance, et par conséquent il renonça de nouveau à ses droits à la couronne de France. Les arrangements définitifs, qu'exigeaient ces préliminaires, furent renvoyés à un congrès qui fut indiqué à Cambrai, mais qui n'ouvrit ses séances qu'en i~i±

Pendant le cours de ces événements, l'attention publique était moins occupée du brusque renoncement à la politique de Louis XIV, dont le gouvernement venait de donner la preuve, que du spectacle, nouveau pour elle, des jeux de l'agiotage que l'KcossaisLaw venait d'établir et de développer en France. L'histoire de ce système fameux n'est ni longue, ni difficile. 11 fut accepté comme une planche de salut dans le désordre des finances. Le gouvernement en tira, en effet, des moyens d'action passag.^rs, mais, en délinitive, le système conclut h unebancpieroute. La situation des finances était telle, au commencement de la régence, que les forces do l'État étaient complètement paralysées. On débuta, en mars 1716, par établir une chambre de justice, chargée de poursuivre les malversations (pli avaient eu lieu dans le règne précédent. On trouva de nombreux coupables; les plus pauvres furent condamnés au pilori cl aux galères. Il y eut même une condamnation à mort; d'autres furent frappés par de grosses amendes. Enfin la procédure fut terminée par une taxe qui fut imposée sur environ (juatre cents personnes, et qui fut acquittée, grâce â la terreur répandue par la sévérité de la chambre de justice. Tout cela produisit une somme de plus de 200 millions, dont la moindre partie enira dans les caisses de l'Etat. Madame de Maintenon nous apprend, dans une de ses lettres, ce que devint le reste. « On nous annonce tous les jours, dit-elle, quelque nouveau don de M. le régent siu' les taxes, et l'on murnuire beaucoup de cet enqiloi de l'argent des gens d'affaires. « On n'avait pas tort de nuuinurer ; mais le duc avait auî^si sa raison pour agir ainsi. Ses générosités lui acquéraient, chaque jour, de nouveaux amis.

Dans le même temps que l'on frappait si rudement les financiers, on réduisail les dettes de l'iilat par une mesure prise, en apparence, dans l'intérêt de l'ordre et des créanciers. On convertissait en une

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seule espèce de créance loutes celles qui avaient été créées à divers titres et sous divers noms ; on ne respecta que les rentes sur riiùtel de ville. On prit occasion de la conversion pour vérifier chaque créance, et on trouva moyen de réduire de ^.'iO millions un capital qui ne niontait primitivenicnl pas à moins de (iOO. Ce qui lut accepté l'ut soldé en billets d'État, portant un intérêt de •i pour cent, et devant être successivement remboursés. On les recevait d'ailleurs en payement de certaines impositions et de quelques portions du domaine qui furent aliénées.

C'est vers cette époque que Law reçut l'autorisation de fonder une bamiue d'escompte et de circulation au capital de six millions, payables moitié en argent, moitié en billets d'État. Elle connnença ses opérations en mai 1716. Celles-ci étaient conformes aux lois du crédit véritable. Les billets qu'on émettait étaient remboursables en argent à la volonté du porteur. Aussi la banque eut-elle, dès le début, un succès réel fondé sur des services rendus au commerce. Le gouvernement ne tarda pas à ouvrir ses caisses au papier de Law, il fut reçu comme argent comptant. De là un accroissement de crédit, d'affaires et de dividendes. Pendant que ce papier acquérait de la valeur, les billets d'État perdaient celle qu'ils avaient eue. On ne pouvait plus en payer les intérêts; on ne pouvait pas non plus rembourser. Ce fut alors que, se rappelant les arrangements qui avaient présidé à la fondation de la banque, on pensa à convertir les billets d'État en capital de banque, ou, en définitive, en billets de banque ; mais, à cette fin, il fallait étendre le terrain des opérations et des bénéfices de l'établissement et accroître le capital de réserve, destiné à faire face aux remboursements qui devaient continuer à avoir lieu à bureau ouvert et à volonté, si l 'on voulait que le crédit se maintînt. Toutes ces choses eurent lieu successivement. D'abord, pour multiplier les opérations et les bénéfices, on créa la compagnie dite d'Occident, à laquelle on abandonna l'exploitation du Mississipi ; puis on donna à la banque la propriété du Sénégal et enfin le privilège exclusif du commerce des Indes et de la Chine. Pour augmenter le mouvement du numéraire dans la caisse de Law, on lui abandonna le profit de la fabrication des monnaies, la vente du tabac et enfin Texploitation des cinq grosses fermes. Toutes ces faveurs portèrent le crédit de la banque au plus haut point. On se disputa ses actions et ses billets avec une fureur qui étonnait les contemporains et qui nous surprend un peu moins aujourd'hui. Non-seulement les billets d'État disparurent dans l'empressement de chacun à s'assurer une valeur réelle au prix d'une valeur douteuse ; mais les rentes de l'hôtel

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de ville, mais de noialjieiix caiiilaux pioveiianl delà vente de grandes propriélés teniloriales , mais l'or même, y passèrent. L'ardeur était telle, que raclivité de Law à cmellre de nouvelles actions était encore au-dessous de l'activité des spéculateurs. Telle était, à la fin de JTl'J, l'état de la banque de Law, si humble au début, et qui maintenant, sous le titre de banque royale, qu'elle portait depuis un an seulement, était devenue le centre de toutes les alVaires publiques et particulières. Elle avait émis, à cette époque, la somme prodigieuse de \fi~'i millions d'actions.

Cependant, le gouvernement, abusant des facilités que lui donnait l'ardeur des spéculateurs, avait porté frauduleusement à la somme énorme de près de trois nulliards le montant des billets, qui, suivant les arrêts de fabrication, ne devait pas dépasser G-iO millions. C'était dépasser toutes les limites du crédit. Quelque secrète qu'eût été l'émission, les gens habiles conçurent des doutes; les dividendes d'ailleurs ne répondirent pas au.t promesses ; on vint au remboursement. Les bureaux de la caisse se remplirent de personnes qui venaient convertir leur papier en numéraire. Les payements devinrent bientôt difficiles; puis ils éprouvèrent des suspensions. Alors le crédit de la banque fut perdu. Le gouvernement tenta vainement mille moyens pour le relever. Il essaya, par un édit, d'élever la valeur du papier à un cours supérieur à celui de l'argent; il défendit l'emploi de la monnaie dans les transactions particulières, ne le permettant que pour les appoints; il ordonna une nouvelle émission de billets, avec un dividende de quarante pour cent pour les actions, croyant par là inspirer au public la cotiliance qu'il avait lui-même perdue. Il alla plus loin encore : il défendit, sous peine de confiscation, d'avoir chez soi, plus de 500 livres en monnaie ou en matières d'or et d'argent. Tous ces efforts finent vains; il éprouva qu'il est des bornes au despotisme : celles de la confiance. En effet, si le papier parais.sait toujours sur la place avec la même valeur nominale, par contre toutes les choses qu'on achète et qu'on paye triplèrent ou quadruplèrent. Le discrédit n'était pas évalué en numéraire; mais il était le même. Néanmoins cette situation ne mit pas un terme aux fureurs de l'agiotage. Connue il y avait des hausses et des baisses, le jeu ne diminua point, mais sans arrêter une décadence qui devenait une calamité publique. Le gnuveiuemenl. à bout de moyens, se résolut à faire lUie demi-banqueroute. Il supprima d'autorité la moitié des billets. C'était sans doute ce qu'il y avait de mieux à faire; mais l'arrêt ne put être maintenu. Les victimes de la mesure, les gens dépossédés, et tout le monde l'était, réclamé-

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reiil avec l\ vioîoiice de riiilt'rêt injiistoinenl lésé. Le purleiiiciit se rendit rorj^aiie de ces plaiiiUs; et le giinveriiemenl relira son ordomianco, mais pour en rendre une, plus tard, (pti prescrivait une mesure équivalente. Le 1'^' novembre 1720, il ordonna que les billets ne seraient plus reçus que de gré à gré. Par là, il leur ôfait en réalité le peu de valeur qu'ils avaient encore comme moyen d'échange nécessaire. Il est facile d'imaginer que cette dernière opération fut accueillie par des réclamations non moins unanimes, non moins violentes que celles (jui avaient repoussé la précédentemesure. Mais leministèreétait dans une impasse. Il fallait enliniriil promit de liquider, et il liquida en effet. VériOcation faite du montant des oflets qui se trouvaient entre les mains des particuliers, il s'en trouva pour 1,700 millions. On les échangea (janvier 1721), contre des billets de liquidation qui furent déclarés recevables pour acquisitions de rentes perpétuelles ou viagères sur riiôfel de ville, et pour achats de maîtrises et d'offices créés à cet effet. Quant à Law, qui avait présidé à cette suite d'opérations, soit comme gérant de la banque, soit comme contrôleur général des finances, il fut décrété de prise de corps par le parlement. Il eût, sans doute, terminé sa vie en prison, si le régent ne l'eût pris sous sa sauvegarde; il profita de cet appui pour quitter la France, où il laissa la réputation d'un aventurier.

Ce fut dans les derniers embarras que causa au régent cette triste spéculation financière, et lorsqu'il se trouva en face de la banqueroute, qu'il pensa, à son tour, à recourir aux états généraux. 11 consulta sur ce projet son conseiller intime et son ministre Dubois. Voici quelques passages de la réponse de ce personnage :

« Ce n'est pas sans raison, disait l'abbé Dubois dans son mémoire, que les rois de France sont parvenus à éviter les assemblées connues sous le nom (ïétats généraux. Un roi n'est rien sans sujets ; et quoiqu'un monarque en soit le chef, l'idée qu'il tient d'eux tout ce qu'il est et tout ce qu'il possède, l'appareil des députés du peuple, la permission de parler devant le roi, et de lui présenter des cahiers de doléances, oni je ne sais quoi de triste, qu'un grand roi doit toujours éloigner de sa présence.

« Quelle source de désespoir futur pour votre altesse royale qui peut un jour régner en France (la mort du jeune roi étant dans l'ordre des choses possibles), si elle changeait, par une détermination pareille, la forme du plus puissant royaume du monde, si elle associait des sujets à la royauté, si elle établissait en France le régime de l'Angleterre!...

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