‹ Histoire parlementaire de la Révolution françaiseChapitre 30 sur 92 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

134 DIX-UUITIÈME SiliCLE.

« Votre altesse royale connaît-elle des moyens pour s'opposer aux entreprises (l'une a.^semblée véritablement nationale qui résisterait à ses volontés? Le monarque pourrait-il dire à la nation, comme au parlement, Vous n'êtes pas la nation? Pourrait-il dire aux représentants de ses sujets : Vous ne les représentez pas? Un roi de France pourrait-il exiler la nation pour se faire obéir, comme il exile ses parlements? Pourrait-il même faire la guerre à la France en cas de refus de nouveaux impôts? Le roi est assuré de ses troupes contre le parlement : le serait-il contre la Fiance assemblée? Où frapperaient dune le soldat, rofticier, le général, sans frapper contre leurs compatriotes, leurs amis, leurs parents ou leurs frères? N'oublions jamais que le dernier inalheur des rois, cest de ne pas jouir de l'obéissance aveugle du soldat ; que compromettre ce genre d'autorité, qui est la seule ressource des rois, c'est s'exposer aux plus grands dangers. C'est là véritablement la partie bonteuse des monarques qu'il ne faut pas montrer, même dans les plus grands maux de l'Etat...

« Voyez la rage de la nation anglaise presque toujours assemblée en forme d'états généraux contre ses rois; elle les a dévoués à la mort, bannis et détrônés. L'Angleterre était pourtant jadis la nation la plus catliolique, la plus superstitieuse et la plus soumise des nations à ses monarques. Ali ! monseigneur ! que votre bon esprit éloigne de la France le projet dangereux de faire des Français un peuple anglais. »

Le régent suivit les conseils de son ministre, et il opéra la banqueroute comme nous l'avons vu ; mais ni l'un, ni l'autre ne survécurent longtemps à ces bonteux abus des forces et de la fortune de la France. La mort leur laissa à peine le temps d'accomplir la régence. Louis XV, sacré à Reims le 26 octobre 1722, fut déclaré majeur, dans un lit de justice au parlement, le 22 février 1723. Quelques mois après, le lUaoùt delà même année, Dubois mourait dus suites de ses débaucbes. Son maître ne tarda pas à le suivre. Une attaque d'apoplexie mit un terme à la vie du duc d'Orléans le 2." décembre.

La régence n'avait duié que buit ans ; mais olle avait ajouté aux maux matériels ipii pi-saient sur la France un mal moral qui devait durer plus longtemps. Elle donna l'abominable exemple du plus odieux mépiis pour tout ce (jue les lionnnes se font lioimeur de respecter. Elle aflicba la vanité du vice, comme en d'autres temps et dans d'autres cours on eût afiiclié la lierlé de la vertu. La morale et la religion furent traitées en préjugés indignes de l'attention des bonunes. La sainte pudeur, la modestie, la chasteté.

HISTOIRE DE I.K nÉf.ENCE. \7)"t

h\ modt'ralidii, toiil ce qui, en un mot, fait la perfociion de riionniH'L't ilo la IVnuiie, durent se cacli<T sous des scnililanis contraires, comme des faiblesses ou des ridicules. La noblesse se déï-lionora dans les plus basses et les plus étranges débauches. On déshonora également le clergé. En tout temps il a sufli de peu pour alïaiblir raulorilé d'un corps qui ne doit pas même être soupçonné. Cette fois, le scandale fut poussé jusqu'au dernier excès. L'abbé Dubois, qui n'était connu que par ses complaisances pour le duc d'Orléans, dont il avait été le précepteur ; par ses liaisons iionteuses, par l'impudence de toutes les espèces d'incrédulité; l'abbé Dubois voulut être archevêque de Cambrai : il se trouva deux évêques pour le sacrer. Il voulut être cardinal : mais Clément XI refusa. Dubois, habitué à tout acheter, traita Rome selon ses habitudes. L'Église de France était encore troublée par les discussions qui s'étaient élevées à l'occasion de la bulle i'nigcnitus. Celle-ci, comme on le sait, n'était autre chose qu'une condamnalion prononcée, à la sollicitation des jésuites, contre quelques propositions adoptées par les jansénistes. Une partie de l'épiscopat français et l'université en avaient appelé au futur concile. Les parlements avaient refusé d'enregistrer la bulle. Dubois menaça le parlement de l'exiler à Blois et il la fit accepter comme loi de l'État. Fort de ce service, le nouvel archevêque revint à la charge auprès de la cour de Rome. Clément XI refusa encore : il semblait deviner qu'un tel don, venu d'une main infâme, porterait malheur à l'Église, à la bulle et à l'ordre des jésuites qui l'avait sollicitée. La mort leva son opposition. Son successeur fut moins sévère : il revêtit Dubois de la pourpre ; mais il en mourut, dit-on, de chagrin. Dubois, quoique archevêque, quoique cardinal, persista dans ses mœurs et son incrédulité, et pour donner jusqu'au bout un détestable exemple, il mourut en refusant de recevoir les sacrements de l'Église.

Si la régence n'avait fait que donner à la France le spectacle de l'immoralité. Je mal aurait pu s'éteindre avec la génération qui en avait été témoin. Mais ses relations diplomatiques avec l'Angleterre ouvrirent la porte à l'invasion de ce que l'on appelait alors les libres penseurs. Delà, il arriva que l'incrédulité, qui n'avait eu, jusqu'à cette époque, presque d'autres sources et d'autres appuis que les passions, reçut le secours d'une théorie jusqu'à un certain point rationnelle et de certaines apparences scientifiques. Dès ce moment elle posséda les moyens d'un enseignement régulier. Il y avait, enelTet, euAngleterre unesecte depuis longtemps fondéeet qui s'était grandement développée, grâce à la haine de la noblesse anglaise

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ot do tons ses udliéreiils contre lo pnrti dos piirilrtins. On sait <\w ce p.irli, (jui iiv;iit liiil la n'-vuliiiiim de Kiid, v\ (\n\ menaça les lidi-; royaumes d'une l'ét'orme ladicale, basait sa doelriiic politique sur l'Évangile. Delà, pour tons les liomnies qui voulaient la conservation de tout ou partie de l'ancien système social, un intérêt puissun l pour attaquer la vérité et l'autorité du livre évanpéliqne. Ce fut cet intérêt, ce fut la haine du puritanisme, qui dictèrent les livres de Hobbes et donnèrent plus lard appui à ses successeurs. Les Anpiais furent nombrt^ux à la cour du régent; ils ne s'épargnèrent pas dans ses orgies. Ils furent présentés et accueillis comme des types de bon sens, de raison, de force et même de sagesse; car alors la sagesse ne consistait pas à se bien conduire, niais à ne rien respecter. Leur littérature devint à la mode. Le nom de lord Bolingbroke, le grand ennemi du cbiislianisme, fut peut-être plus connu en France que dans son propre pays. La philosophie anglaise offrait d'ailleurs une mine immense à exploiter pour le sceplicisme français, qui, réduit à ses propres forces, n'eût peut-être jamais été bien sûr (le lui-même. Il alla donc chercher chez nos voisins une sécuiité qu'il ne pouvait pas encore se donner. Ce fut, sans doute, le motif (jui conduisit Voltaire en Angleterre. Déjà connu par des succès littéraires, il fut mei'veilleusenienl bien reçu. Apiès trois ans de séjour dans la société des libres penseurs anglais (1727 à I7r>il), il revint dans sa patrie rapportant l'idée d'employer la science et l'histoire pour combattre la religion. Pendant que Voltaire allait chercher à l'étranger des doctrines qui plus tard devaient faire dévier la révolution, l'esprit français, qui, dans le dernier siècle, avait produit Descartes et Pascal, se manifestait par une œuvre qui continuait dignement l'énelon, Vauban et Boisguilbert. L'abbé de Saint- Pierre, déjà connu par son projet de paix perpétuelle, publié en 171"), donna, en 1717, le projet d'une taille proportionnelle; en I7:2i, un mémoire sur les pauvres mendiants et les moyens de les faire subsister, et enfin, en 17"2i, un mémoire pour diminuer le nombre des piocès. Le titre de ces ouvrages en font connaître le contenu. On ne voyait alors eu lui qu'un rêveur. Mais ce rêveui' était l'apùtie d'une école pleine de vie et d'avenir, qui, dès celle époque, avait déjà des disciples. I! commençait un en- .seignement que tout, dans le biècle ijui commençait, devait tendre à accroître, et que J. J. Rousseau devait plus tard rendre populaire.

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