CHAPITRE III
Histoire du gouvernement de Louis XV.
Cependant les hommes du présent n'étaient occupés que de recueillir l;i succession du duc d'Orléans. Ce fut le duc de Bourbon qui l'obtint avec le titre de premier ministre. Ce prince continua l'exemple des mauvaises mœurs de la régence, en donnant le scandale d'une maîtresse avouée et influente sur les affaires de rr.inl. Il renouvela les édits de Louis XiV contre les protestants. Il accorda à la compagnie des Indes un décret qui achevait la banqueroule de Law. Il établit sur toutes les terres, même celles de la noblesse et du tlergé, un impôt d'un cinquantième ; et, afin d'obtenir l'enregistrement de cette nouvelle taxe , il désorganisa le parlement. Enfin, il établit une société pour l'achat et la vente des blés, qui produisit une disette. Le mécontentement fut extrême et général. Il y eut plusieurs émeutes où le sang coula. Mais tous ces faits n'eussent pas suffi pour renverser un premier ministre qui était prince du sang. Ce fut une petite affaire toute personnelle qui détermina le roi à le renvoyer. Louis XV avait pour précepteur M. de Fleury, évoque de Fréjus. Il était habitué à l'avoir toujours près de lui, et en tiers dans les rapports qu'il avait avec son premier ministre. Le duc voulut travailler seul avec le roi. Celte prétention n'eut qu'un succès passager. M. de Fleury, rappelé par le roi et averti, usa de son pouvoir sur l'espiit du mo narque, pour écarter un homme dans lequel il ne pouvait plus voir qu'un rival, et qui était d'ailleurs perdu dans l'opinion. Le duc de Bourbon fut exilé à Chantilly, le H juin I72G. Dès ce moment la direction des affaires appartint à M. de Fleury.
L'administration de ce prélat fut un accident heureux. Une économie sévère remit l'ordre dans les finances. Une juste indulgence répara les violences des dix dernières années. Malheureusement des discussions religieuses vinrent donner un nouvel aliment à l'esprit d'incrédulité. C'était toujours la vieille querelle du jansénisme à propos de la bulle Uniyenitus. Elle pouvait, elle devait avoir de l'importance pour les théologiens, pour le clergé; mais le [tublic n'y comprenait rien, ou, s'il y comprenait quelque chose, il n'y voyait que les prétentions de la cour de Rome à étendre son autorité. Par conséquent il était avec les évêques qui refusaient la biilln et avec les parlements qui la condamnaient. D'ailleurs, le peuple proprement dit était trop accablé de la masse des misères
l'S DIX-nUITIÈME SIÈCLE.
tlrt loutos sortes qni pesaient sur lui , pour s'occuper de f|nelqiie cliose qui ne lïil pas sa nii.si'-re. Aussi ce l'ut un»! des faraudes l'autcs du haut clcrj^é de celle époque de n'avoir pas vu que, pour posséder, en lliéolof^ie, la souveraineté aux yeux de tous, il fallait d'abord acfjuérir l'autorité du dévouement er.vers les faibles et les pauvres. Le problème du siècle n'était point un problème de théologie mais un problème de charité. Un concevait si peu ces choses, que l'on compliqua la question de la bulle d'une question de calendrier relative à l'admission de la fêle et à ruflice de saint Grégoire VII. iDes évêques s'élevèrent contre cette nouveauté ; des parlements rendirent des arrêts ; le pape lança des brefs contre les évêques ; le parlement de Paris cassa les brefs. Je ne ferai pas ici l'histoire de ces discussions. Elle ne serait point en place dans une introduction où je ne me propose que de constater des résultats. On ne pourrait, d'ailleurs, être exact, à moins d'entrer dans des détails assez longs. Nous nous bornerons à remarquer que, dans cette affaire, le clergé catholique fut divisé contre luimême, alors que les attaques dos libres penseurs rendaient l'union plus que jamais nécessaire. La bulle avait dans l'épiscopat une majorité qui équivalait presque à l'unanimité; mais il n'est pas certain qu'il en fût partout ainsi dans le clergé du second ordre. Ainsi, à Paris, l'archevêque M. deVintimille était pour la huile; mais vingt-huit curés étaient contre, et le plus grand nombre persistèrent jusqu'au l)0ut, quoique leur évêque leur eût montré « les tristes «suites de leur résistance; la docilité anéanlie dans les lidèles, « le vicaire de Jésus-Christ calomnié, l'autorité des évêques mé- « connue, toute subordination détruite et une foule d'écrits sé- « dilicux paraissant pour semer l'esprit de haine, de révolte et « d'indépeiulance. » [Mémoires pour servir à lliist. ecclés.) Le nombre des pamphlets fut en eilet considérable. Dans quelcpies-uns même la discussion>ortait du terrrain spirituel, et respectant médiocrement les pouvoirs temporels, on adressait à celui-ci, en passant, (|uelques dures vérités et même des menaces. 11 yen eut de si violents, que le parlement, quoiijue favorable aux pamphlétaires, lut obligé de les condanmer. Le parti janséniste, car c'était un parti, publia même un véritable journal sous le titre de Xourelles ecclésiastiques. La cour cependant était ennuyée de tout ce bruit. Elle frappa sur le parlement de Paris ; elle emprisonna quelques membres, elle en exila (piehpies autres ; elle tint un lit de justice; mais elle n'en recueillit que des protoslatious énergiques; enlin elle exila en masse les chambres des requêtes et des encpiêles, sans produire autre chose qu'une interruption dans l'adunuislia-
HISTOIRE DU GOUVERNEMENT DF. LOlIS XV. 130
lion (le la justice. Lo parlement lut rappelé en ITÔi, la question n'étant pas pins avancée qu'auparavant.
Les jansénistes auraient conservé l'appui de l'opinion pulili(|ue, car ils apparaissaient comme un parti de réforme vis-à-vis du clergé et vis-à-vis du 'gouvernement, s'ils n'avaient fini par le ridicule. Soit crédulité, soit mensonge, on répandit le bruit qu'il se faisait des miracles sur le tombeau du diacre Paris. La foule y courut. On allait en pèlerinage au cimetière de Saint-Médard. Vingt-trois curés de Paris signèrent des requêtes par lesquelles ils sommaient en quelque sorte leur arclievèque de reconnaître la vérité de quelques-unes des cures prétendues miraculeuses. M. de Vintiraille fit intervenir les médecins et en définitive condamna toutes ces histoires (ITÔo). Mais son autorité ne suffit pas pour arrêter la ferveur populaire, il fallut que le gouvernement intervînt et fit fermer le cimetière.
Le parti philosophique triompha de celte affaire , qui accrut considérablement le nombre de ses auditeurs et celui de ses adhérents. H y eut dès lors une portion notable du public lettré qui, ne voyant dans la religion qu'un moyen d'hébétement, crut, en travaillant contre elle, agir pour le bien de l'humanité et de la nation. Elle se mit à l'œuvre avec la ferveur de l'apostolat. Ce fut à ce public que Voltaire adressa sa Henriade, et ensuite ses Lettres sur les Amjlais ou ses Lettres philosophiques. Il est inutile de dire quel était l'esprit de ce dernier ouvrage, qui plus tard a formé le fond du Dictionnaire philosophique. Il eut d'autant plus de succès qu'il avait le mérite de l'actualité ; l'une des lettres était consacrée à attaquer les Pensées sur la religion, de Pascal. Le parquet s'en émut; un arrêt du parlement ordonna d'informer contre l'auteur. Voltaire commença par se cacher, puis il nia qu'il eût pris la moindre part à cette œuvre. Moyennant ce petit mensonge, il put reparaître dans le monde; mais cette menace de persécution, qui n'eut aucune suite, augmenta le succès des lettres. Elles furent réimprimées en secret et vendues sous le manteau. C'est par la même voie que la publicité fut acquise à deux autres ouvrages dé Voltaire que l'on ne doit pas oublier parmi ceux qu'il produisit dans cette époque, Brutus el la Mort de César, dont l'impression avait été défendue par la censure. Les écrits de Voltaire étaient les meilleurs et les plus répandus parmi ceux que produisait alors (1734) l'école philosophique, mais ils n'étaient pas les seuls. 11 y en eut d'autres qui méritèrent des arrêts du parlement ou des censures en Sorbonne. Beaucoup de livres, au reste, échappaient à l'ulteutioii de ces corps, soit à cause du titre, soit à cause du nom
440 DIX-nCITIÈME SIÈCLE.
des auteurs. TI y a, de cette époque, des livres d'astronomie, de pliysiijue, de voyages, situés par les pères de la compaynie de Jésus, qui contiennent des plaisanteries dans le style et l'esprit de Voltaire, et où il est à croire que celui-ci a même beaucoup puisé. Sans doute, ces pères croyaient jouer un excellent tour à leurs ennemis les jansénistes, en se moquant de certains miracles, de certaines reliques, etc., et quelquefois même en allant plus loin. Mais, en définitive, ils ne faisaient que venir en aide à l'école philosophique, en lui donnant, par leur exemple, l'accès et l'autorité qui lui eussent manqué auprès de beaucoup de gens.
Une suite de guerres vint, comme à propos, distraire l'opinion publique du spectacle de ces émeutes littéraires et religieuses. Kri 1733, le roi que les victoires de Pierre le Grand sur Charles XII avaient donné à la Pologne vint à mourir. Les Polonais a[)pelèrent à lui succéder l'homme qui avait été son compétiteur malheureux, le protégé de Charles XII, Stanislas Leczinski, depuis longtemps réfugié en France. Un double motif unissait le gouvernement français à la cause de ce dernier. H était de son intérêt politique de conserver la Pologne dans sa force et son indépendance ; do plus Louis XV avait épousé la Mlle de Stanislas, et par suite le rétablissement du père sur le trône de Pologne était en quelque sorte une alTaire de famille. Mais déjà les trois puissances qui devaient, plus tard, partager ce malheureux pays, la Russie, l'Autriche et la Prusse, étaient convenues par un pacte secrel, de soustraire la Pologne à l'amitié de la France, et d'en assurer h couronne dans la maison de Saxe. De là la guerre de ITÔiet llô^i. Stanislis, quoique proclamé par soixante mille voix, fut chassé de son royaume par les armées russe et autrichienne. La France, de son côté, attaqua l'Autriche, qui éiail la seule puisMince à sa portée. Ses armes furent Ihureuses. On peut en juger par les résultats consacré-; dans le traité signé à Vienm^ h- 3 octobre 173.^). Elle acquit la Lorraine qui fut assignée au roi Stardslas, et di-elarée à .sa mort réversible à la couronne de France. De plus la couronne de Naples Ct de Sicile, donnée à don (Carlos, fils de Philippe V d'Kspagne, accrut Id pré'pondérance de la maison de Hou bon, et réalisa un des projets favuris de la politique de Louis XIV.
Cette courte piise d'armes lut suivie de quchpies aimées de paix, auxquelles succéda une guerre longue et rude. Ce fui encore une guerre de succession. L'empereur d'Allemagne, Charles IV, mourut, le 20 octobre 17il), sans laisser d'autres enfants qu'une lille, Marie-Th"rèse. Or, la loi sdique était la loi de TFoipire : les femmes 11" i'ruvaioni suoeéilc" à la ('.(luronne. (lli.irles IV avait voulu
IllSTOIRK ni' lîOrVERNEMENT DE LUIIS XV. Ml
rliaiiRer coite rî'gk qui, jusqu'à ce jour, n'avait jauiais étc'. vhléo, ]>.ir un ai'lo cimnu sous le nom de prauwaliquc, qu'il fil sif^ner par presque toutes les puissances de l'Europe, il y avait d(''claré Marie-Tliérèse iiéritière de tous ses ï'tafs. Sa volonté su|)ri'uie fut n.'speclée par ses sujets; mais elle n'arrêta point les prétendanU?, même parmi ceux qui avaient signé la pragmatique. Les électeurs de Bavière et de Saxe réclamaient la succession entière; l'Kspr.^^ne faisait valoir sps droits sur la Bohême et la Hongrie; le roi de Sardaigne voulait le duché de Milan, et le roi de Prusse, qui était alors Frédéric II, diverses parties de la Silésie. Rien donc ne paraissait plus facile que de détruire cette grande puissance autrichienne qui, depuis tant de siècles, avait été, pour la France, une ennemie aussi acharnée que l'Angleterre. Ce fut ce qui détermina le cardinal de Fleury à se mêler activement de cette affaire. Le même motif donna le roi d'Angleterre et de Hanovre pour allié à Marie-Thérèse et joignit la Hollande à l'Angleterre.
Le hut avoué de la France était de mettre sur la tête de l'électeur de Bavière la couronne impériale que lui avait attrihuée une convention signée par les divers prétendants. La guerre fut poursuivie avec la vivacité et l'énergie ordinaire aux Français. Qiiand on la commença, on avait plus d'alliés que d'ennemis ; mais, chacun faisant ses arrangements à part, prenant ou quittant les arrne.s selon qu'il était content de ce qu'il uhtenait ou selon ce qu'il espérait; de plus, la mort ayant enlevé l'électeur de Bavière à sa cause, et son fils ayant renoncé aux projets du père, la France se trouva en définitive forcée de porter tout le poids des hostilités, seule contre trois ennemis. Les ministres qui étaient alors à la tête des affaires n'étaient point des hommes de génie, mais seulement des hommes doués de la prudence que donne la pratique des affaires. Le règne des courtisanes n'était pas encore venu ; elles étaient déjà partout, mais elles ne gouvernaient pas encore. Aussi, dans cette longue lutte de huit ans, les succès furent plus nombreux que les revers, et il n'y eut pas de revers sans gloire. Ce fut même la victoire qui força les ennemis à la paix. Pour rappeler en quelques mots l'histoire de ces huit années de combats en Allemagne, en Flandre et en Italie, il suffit de citer la prise de Prague, les batailles de Fontenoy, de Bassignano, de Raucoux, de Lawfeld et la prise de Berg-op-Zoom et de Maeslricht qui termina la guerre. L'armée de mer fut moins heureuse que les troupes de terre : nos vaisseaux se trouvèrent partout inférieurs en nombre ; la marine ne put faire qu'une courageuse et honorable résistance.
142 DlX-nUITIÈME SIÈCLE.
Le Irailé de paix fut signé à Aix-la-CIiapcll(! le IH octobre 4748. On remarqua avec étonncinent que le gouvernement français ne demanda rien des belles et riches provinces dont il s'était rendu maître, (l'est (jiie le cardinal de Fleury ne vivait plus et que déjà la diplomatie éprouvait l'inlliience fatale qui devait bientôt s'étendre à tout, de l'esprit nonchalant d'un monarque enclin aux seules voluptés des sens. La guerre même n'avait pu l'en détacher. Dans les deux campagnes auxquelles le roi prit part, il fut suivi de sa maîtresse en titre. Son exemple était imité par plusieurs des officiers supérieurs. S'il faut en croire les mémoires du temps, l'armée, particulièrement dans les Pays-Bas, présentait un spectacle qui contraste singulièrement avec l'austérité de nos mœurs militaires actuelles. Tous les plaisirs marchaient à sa suite. Le maréchal de Saxe menait partout avec lui une troupe de comédiens. Ce fut à la fin d'une représentation théâtrale, et par la bouche d'une actrice, que l'armée apprit le projet de la bataille de Lawfeld qui devait se donner le lendemain ; ce fut dans le même lieu et dons le même moment que l'heure de la prise d'armes fut indiqué et le rendez-vous assigné aux divers corps [Mcmoires du prince de Monlbareg). Que l'on juge, d'après ce fait, du secret qui présidait aux opérations militaires!
A cette époque, la Pompadour avait déjà commencé à régner. On dit même qu'elle contribua au très-blàmable désintéressement de Louis XV dans le traité d'Aix-la-Chapelle. On peut donner le nom de règne au passage de cette femme; car elle exerça l'iniluence d'un premier ministre qui aurait été tout-puissanl. Ministères, ambassades, commandements, bénéfices, guerre, marine, diplomatie, elle disposa de tout ; la noblesse fut à ses pieds; les savants et les pliilosoiilies lui firent la cour; on vit même des membres du haut clergé assidus à ses petits levers. L'empire de cette fennne déshonora les courtisans aussi bien que le monarque. La Pompadour était un peu moins que la simple maîtresse de Louis XV ; elle était la pourvoyeuse de ses plaisirs : c'est à elle qu'appartient l'idée de l'établissement fameux du parc aux cerfs, sorte de harem perfectionné, dont on renouvelait incessamment le personnel et où l'innocence, la pudeur, l'enfance avaient seules le l)riviléged'enlrer,-pour y être oITertes aux caprices sensuels du roi. Grâce à ces soins, elle garda l'alTection et la confiance de son royal amant jusqu'à sa dernière heure. Klle ne perdit le pouvoir (pi'avec la vie. l'aile mourut le irj avril 17(ii. Elle régna (louc [tendant \>lus de sei/.e ans, plus (pie la durée d'une demi-génération. Cette période fut, de |(niles manières, désastreuse pour la mo-
HISTOIRE DV f.OLVERN'i;MF,!ST DK I.Ol T? XV. 1 i"
narcllic, pour la uolilosse, iiour le clerj.'(' et pour la France ellemême. Kilo démontra d'une manière évidente à la nation la nécessité de changer, si elle ne voulait périr, un sy!>tème de gouvernement où le caprice du monarque décidait de tout. Que devaient penser en elïet une magistrature et une bourgeoisie (pie la corruption des mœurs n'avait pasjencore atteintes et qui la délestaient d'autant plus qu'elles s'en sentaient menacées, d'une société ofliciellc où les complaisances d'une courtisane étaient le moyen du pouvoir?
Toute l'histoire du règne de la Ponipadour se résume en trois faits : une lutte contre les parlements qui fit pénétrer jusque dans le peuple la haine du pouvoir royal, une guerre désastreuse qui le montra incapable et dédaigneux des intérêts de la nation, et enfin la constitution définitive du parti de l'opposition radicale ou du parti philosophique.
Ce fut un acte au moins imprudent, et peut-être même une erreur d'un prélat respectable, qui mit de nouveau en mouvement les passions libérales et même l'esprit de corps des parlements. La position du clergé était alors des plus difficiles ; mais il paraissait ne pas s'en apercevoir. Il semblait avoir oublié que sa force repose non sur une autorité temporelle ou sur des biens matériels, mais sur la confiance du peuple en son désintéressement et en son indépendance. Ayant conservé, par un privilège spécial, l'usage de s'assembler pour discuter la quotité de l'impôt qu'il accordait sous le nom de don gratuit, le clergé s'était refusé constamment à prendre dans les dépenses publiques une part eu rapport avec ses richesses, qui étaient considérables. En 1749, le chancelier D'Aguesseau, en quittant le ministère, punit ses refus par un édit, dit de main morte, qui lui ôtail la faculté d'acquérir de nouveaux biens, et d'établir de nouvelles maisons religieuses sans l'autorisation du roi. L'année suivante on lui demanda une estimation de ses biens. Le but était évident : on ne voulait connaître ses revenus que pour savoir quelle taxe il devait payer. Aussi opposa-t-il ses immunités. Il réussit même à faire transférer à la marine le ministre dont il craignait la fermeté dans la place de contrôleur général. Ce succès fut un malheur pour la religion, avec laquelle on ne cessa de confondre ses ministres. Ses ennemis en triomphèrent. Il n'y eut personne qui ne vît d'un mauvais œil ce soin persistant à s'exempter des charges qui pesaient sur le peuple.
Ce fut dans ce moment où l'opinion publique élait plus que jamais irritée, que M. de Beauraont, archevêque de Paris, prélat
iAi ifix-m iTii:>!i; sife<.LK.
d'ailleurs à tous égards difiiio de sa plyci', soit rcruiiulc, soit ospéraiice de détruire les derniers restes du janséiiisnie, ordonna à son elcrfîé de refuser le dernier sacrement aux mourants qui ne présenteraient pas un billet de confession signé d'un prêtre orthodoxe (17ri5). Parmi les premières victimes de cette mesure, on remarqua le duc d'Orléans, dit le dévot -, Coffin, recteur de runiversité, etc. Le parlement Jugea qu'il y avait abus et poursuivit les exécuteurs de la mesure. Le conseil du roi cassa cet arrêt et répondit aux remontrances jiar une invilation à la paix. Le parlement, au lieu d'obéir, rendit le 18 avril 17^:2 un nouvel arrêt jiortant en général défense d'exiger des billets de confes.>-ion pour l'administration des sacrements. Le conseil du roi annula encore cet acte. Enfin, au commencement de IToô, les refus de sacrements continuant, le parlement saisit le temporel de l'archevêque et convoqua les pairs afin de poursuivre le prélat luimême. Cette fois le gouvernement trouva que c'était entreprendre sur sa propre autorité : le parlement fut exilé, et on créa une chaml)re royale destinée à rendre la justice en sa jilace. Mais, ou éprouva alors une opposition à laquelle on ne s'attendait pas et qui prouve à quel point s'étaient accrus le mécontentement public et la disposition à résister au pouvoir. Les avocats, les procureurs, les greffiers et jusqu'aux agents les plus subalternes protestèrtut à leur tour et refusèrent de remplir leurs offices. Cet état de choses dura pendant quatorze mois. Il fallut que le gouvernement cédât. Il proiita de la naissance du jeune; prince qui fut plus lard Louis XVI, pour donner l'apparence d'une grâce à la réintégration du parlement; mais ce fut l'effet d'une véritable négociation. Le cours de la justice fut rétabli en septembre IToi.
Dans toute cette affaire, l'opinion luiblique avait pris vivement parti pour la magistrature. Ce n'était pas seulement la grande corporation des philosophes, très-nombreux à la cour et dans les salons, qui y trouvaient une l.'elle occasion d'attaquer le fanatisme du clergé ; mais c'était la bourgeoisie en masse qui applaudissait à un acte de résistance courageuse contre un pouvoir mauvais et méprisable ; c'était encore cette partie de la nation que l'on ap- )ielait alors le iielit peuple, qui eût été pour ses prêtres contre les magistrats, s'd n'avait senti dans l'exigence des billets de confession une violence contraire h l'esprit de charité, s'il n'avait vu la force «lu côté de rarchLvè(pie et le courage du côté du parlement et du barreau.
Le parlement de l'aris fut encouragé |)ar celle approbaliun universelle. Les plus hardis de ses membres méditeront d'en profiler