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gères, à faire des relraiiclienienls sur les pensions. Ensuite, il fit payer aux nouveaux aiiuhlis une seconde l'ois leurs lettres de noblesse. Cette dernière mesiu e lui valut six millions ! Il obligea les propriétaires d'oiïices à donner 28 millions. Kniin il demanda au clergé 2(> millions; par ce moyen, il réduisit le déficit. A la fin du règne de Louis XV, il n'était plus que de 2.'i millions par an. Voilà ce qui l'ut appelé la banqueroute de l'abbé Terray,
Quant au duc d'Aiguillon, digue fils du duc de Ritlidien, il se borna à être l'iiomme des petits appartements, l'ami du roi et de la Dubarry. Il ne lit pas de coups d'État vis-à-vis de l'étranger ; il laissa remuer, sans s'en occuper, les colons de l'Amérique du Nord ; il laissa opérer, sans s'en mêler, le premier partage de la Pologue. Quelques succès obtenus par les confédérés de Barr furent les prélmiinaires de cetie grande injustice. Ils avaient déclaré Poniatowski déchu du trône; celui-ci en appela à ses alliés, la Russie, la Prusse et l'Aulriclie, qui se hâtèrent d'accourir à son secours et qui inondèrent la Pologne de leurs armées. Les confédérés, écrasés par le nombre, furent battus et dispersés, mais après une résistance glorieuse. Qu'on nous permette de citer ici un petit fait qui fut une protestation des Français (pii servaient comme volontaires en Pologne, contre le honteux abandon du gouvernement. M. de Choisy s'enferma, avec quatre cents hommes, dans le château de Gracovie. C'était un mauvais donjon, fortifié dans le système du moyen âge, armé seulement de quatre petites pièces de canon. Là, M. de Choisy résista pendant deux mois à une armée russe de dix mille hommes ; il ne se ren 3it que quand il eut épuisé ses munitions et ses vivres. Catherine II admira ce courage et le récompensa en rendant la liberté à ces braves soldats. Cependant, les alliés demandèrent au roi de Pologne le salaire du service (|u'ils prétendaient lui avoir rendu, et ce fut un prétexte pour réaliser les conventions arrêtées à l'avance par les trois puissances. Elles demandèrent, en dédomniatiement des frais que leur avait occasionnés le réiablissenient de l'ordre, les provinces (ju'elles s'étaient d'avance attribuées. Stanislas Poniatowski et la diète polonaise leur en cédèrent en elTet la souveraineté. L'Autriche obtint la Gallicie ; la Prusse, le territoire qui s'étendait de ses frontières à Dantzick et à Thorn; Catherine 11, environ ô,UOO lieues carrées svu' la Dwina el le Dnieper. Ou itssure, (pi'en apprenant l'accomplissenientde cette grande iniquité, Louis XV s'écria : «Ah ! siChoiseul avait été là, le partage n'ainait pas eu lieu! »
Ce prince, si profondément indilVérent pour les atïaires diplomati{pjes et pour l'avenir de la France, ne l'était pas lorsqu'il s'agissait de son intérêt personnel immédiat. C'est ici le lieu de dire un
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mot (l'une alliire qui est par essence tellement étrangère au rôle d'un roi, qu'elle n'a pu trouver place dans la narration des faits politiques; je veux parler de celte odieuse spéculation connue sons le nom de pacte de famine, dont il sera encore plus tard ipiestion dans celte histoire. La liberté du commerce des grains avait été décrétée en IT.Ni, puis suspendue pendant la guerre de sept;nis. Elle fut rétablie en ITtil. Il se forma alors une société secrète, dont Louis XV était le principal commanditaire : le but était d'accaparer les blés, de les faire sortir de France, de produire une disette factice, pour eu faire monter le prix et les revendre ensuite avec des bénéfices. Le projet fut réalisé et donna aux actionnaires tous les avantages qu'ils en attendaient ; mais la disette amena des réclamations et produisit des émeutes. Beaucoup de gens étaient dans le secret : beaucoup de gens pouvaient dire la vérité ; mais la Bastille était ouverte pour étoulïer toutes les révélations. Le public croyait que le mal venait de la liberté du commerce et en demandait l'abolition. Pour donner une apparence de satisfaction à ces réclamations, on convoqua, en 17(38, sous le nom d'assemblée de la police générale, une sorte de réunion des notables qui fut saisie de la question. Ses délibérations furent sans conséquence et peut-être sans vérité. Cependant, en 1770, on défendit la libre circulation des grains. Le pacte de famine ne fut pas rompu pour cela; les emmagasinements remplacèrent l'exportation. Les choses n'avaient pas changé en i77i, car dans l'Almanach royal de cette année on voyait figurer, avec le titre de trésorier des grains au compte de S. M. le nom d'un sieur Mirlavaud.
Louis XV mourut le 10 niai I77-i, à l'âge de soixante-quatre ans, après cinquante-huit ans de règne. La cause de sa mort fut en rapport avec les habitudes de sa vie. On ignore généralement que l'on peut avoir la petite vérole plusieurs fois. Quoique ce fait forme une exception fort rare, il y en a cependmt des exemples certains. Louis XV, se confiint en ce qu'il avait eu la petite vérole en 1728, se livrait sans crainte aux plaisirs de son Parc aux Cerfs. Il s'y complaisait avec une ardeur que son âge semblait devoir lui interdire, par l'effet, dit-on, d'un préjugé aussi absurde qu'odieux. Il croyait diminuer, en le partageant, un vice qu'il avait acquis dans ses débauches et que la médecine avait pu seulement pallier; il croyait, en outre, en suivant la logique de cette abominid)le doctrine, que le mal était d'autant pins dimiimé que la malheure'.ise qui le recevait pouvait en prendre davantage; c'est-à-dire, était plus jeune et plus saine. De là cette chasse aux enfants, qui donna lieu à ce bruit qui courut par toute la France dans le peuple, savoir,
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que le roi, pour ranimer la vie qui s'éteignait en lui, prenait des bains de sang humain. Ce bruit n'était qu'une traduction de la vérité. C'était la seule forme sons laquelle on pût donner une idée de l'égoïsme extrême du monarfjue sans offenser les oreilles chastes et sans propager l'idée de son affreuse dépravation. Je suis honteux rnoitmême d'entrer dans de pareils détails, quoique ce soit mon devoir; car, il faut montrer quels furent les excès qui amenèrent les terribles punitions et les rigueurs vengeresses de la révolution. Il faut montrer comment un peu[)le habituellement aussi généreux et aussi bon que le peuple français fut amené à une ivresse de colère qui le rendit quelquefois aveugle même jusqu'à l'injustice. L'historien doit mettre de côté les scrupules du langage et les susceptibilités même des familles, lorsqu'il s'agit de l'honneur d'une nation. Je n'ai plus au reste qu'un mot à dire pour en finir. Louis XV prit la variole d'une petite fille avec laquelle il passa quelques heures. Ainsi, par une juste punition, il reçut une maladie mortelle lorsqu'il cherchait à prolonger sa santé en détruisant celle de sa victime. La mort du roi fut affreuse. Lorsqu'on sut qu'il devait mourir, presque toute la cour l'abandonna. L'odeur repoussante que son corps exhalait, chassait tout le monde et l'infectait luimême. La gangrène le frappa, et il vit tomber sa chair en lambeaux. Enfin, riiistoirc de sa vie se dressa devant lui et la crainte de Dieu lui apparut. Alors, par l'effet du même égoïsme qui l'avait conduit jusque-là, il en appela à toutes les pratiques, à toutes les prières, à la superstition même. Les soins de son confesseur et des évêques ne purent le tirer de la cruelle alternative entre l'espérance et le désespoir, où la mort le saisit.
La fin de ce prince fut utile à la monarchie. Dos contemporains disent (]u'à ce moment la révolution était si prochaine, que tout le monde la sentait venir. L'espérance d'un nouveau règne suspendit l'orage près d'éclater. Cependant, déjà le nom des états généraux était dans presque toutes les bouches, soit à titre de danger, suit à litre d'espérance. Il paraît que, lorsque Malesherbes osa en parler dans le conseil, en 1771, il était plus qu'un simple conseiller, il était l'interprète d'une opinion (pii était presque publique. Ainsi le parti des réformateurs, [ihilosophes et économistes, était arrivé à ce point qu'il n'avait plus besoin de .s'accroître, mais (|uil pensait déjà au moyen de réaliser ses projets. Toute la partie active et virile de la nation, toutes les jeunes générations étaient acijuises aux nouvelles idées. Ce succès n'avait eu rien diminué le /.'"'le ni le nombre des écrivains; il les avait accrus au contraire. Voltaire était dépassé de toutes manières et particulièrement eu fait d'incrédulité ;
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il s'en indiiçnjtit. Quand les lioniines entrent dans une route, il est rare qu'ils s'arrêtent avant d'en avoir atteint rextréniilé ; c'est ce qui arriva dans cette circonstance. Voltaire avait ouvert la voie par le doute et la plaisanterie ; en y marchant à sa suite, l'école arriva à la négation et à la haine. Pour en avoir la preuve, il suffit de jeter les yeux sur la liste des ouvrages condamnés par l'assemblée du clergé de ITTo, comme enseignant l'athéisme, la corruption des mœurs et la récolte. Nous allons citer quelques-uns des livres dont les titres y sont inscrits. C'étaient, entre autres, le Christianisme dévoilé, le Sermon des rit}quante, VExamen impartial, la Cimta- (jion sacrée, VExamen critique des anciens et nouveaux apologistes de la lielifjion, la Lettre de Thrasyhule à Leucippe, le Sxjstème de la Xature, le Système social, de l'Homme, ï Histoire critique de la vie de Jésus - Christ , V Histoire philosophique et politique de Raynal, etc., etc. Le clergé, qui condamnait cette littérature, s'en défendait lui-même difficilement. L'esprit philosophique et critique avait pénétré dans son propre sein. Voici ce que l'on lit dans les Mémoires pour sercir à l'histoire ecclésiastique , année '17()5 : Vingt-huit bénédictins, de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés de Paris, présentèrent au roi une requête contre leur règle. « Ils y demandaient à être débarrassés de leur habit et affranchis de l'office de la nuit et de l'observance du maigre. Leur vêtement, disaient-ils, les rendait ridicules, et les deux autres points de la règle les empêchaient de se livrer à des travaux utiles. Depuis plusieurs années, on remarquait un grand relâchement dans quelques monastères. La dissipation, l'oisiveté, et l'amour du luxe et du monde avaient pris la place du travail et de l'esprit de pauvreté. Dans le même temps, des désordres éclataient dans plusieurs maisons. Là^ on abolissait, sans autre formalité, l'usage du maigre. Ici, on retranchait l'office de la nuit. Ailleurs, des repas, des fêtes, des concerts, profanaient un séjour destiné à la pénitence et à la prière. Des dissensions fâcheuses prenaient la place de l'esprit de paix et d'union. La môme année que la requête, des divisions scandaleuses éclatèrent entre les capucins à Paris. C'est à cette époque que l'on peut rapporter les longues querelles qui déchirèrent la congrégation de Saint-Maur et qui privèrent l'Église et l'État des secours qu'elle avait si souvent fournis à l'un et à l'autre, etc. » Les Mémoires que nous venons de citer ne parlent pas de cette multitude d'abbés parés, pimpants et musqués, qui formaient alors comme l'indispensable ornement des salons de la haute compagnie et des levers des grandes dames. Ils faisaient de petits vers, de petits livres, des opéras-comiques ; il y en avait qui entretenaient des filles, Il suffit.