‹ Histoire parlementaire de la Révolution françaiseChapitre 38 sur 92 · J(J6 HISTOIRE DU GOUVERNEMENT DK LOUIS XV · texte numérisé non relu

J(J6 HISTOIRE DU GOUVERNEMENT DK LOUIS XV

pour les poindre tous, de citer les noms de Tabbé Chaulieu, qui commence le siècle, et de l'abbé Voisenon, qui, quoique* prêtre et grand vicaire, le finit et se montra pire que le premier. Ouels que fussent les droits de ces hommes au titre qu'ils portaient, quelle que fût la nature, la réalité ou le néant de leur engagement dans les ordres sacrés, ils portaient l'habit ecclésiastique et déshonoraient, aux yeux du public, le corps respectable qui les tolérait et auquel ils semblaient appartenir par leur titre et par leur costume. Au reste, parmi cette jeunesse cléricale, qui se préparait si singulièrement à la pratique des vertus chrétiennes, il y en avait qui prétendaient aux premières dignités de l'Église et qui y parvenaient. Je ne citerai pas pour exemple, l'abbé Dubois, parce que ce fut un personnage trop infâme et tout à faitexceptiormel ; mais je nommerai l'abbé deBernis, que la faveur de madame de Pompadour fit d'abord ambassadeur à Venise, puis ministre, et qui obtint enfin le chapeau de cardinal et l'ambassade de Rome.

La majorité du clergé français détestait ces scandales; mais elle n'y pouvait rien, car la feuille des bénéfices n'était pas à sa disposition. Elle protestait par ses mœurs et par des œuvres. Il y eut un grand nombre d'ouvrages du premier mérite produit par cette partie respectable du corps ecclésiastique ; il se fit aussi des œuvres de charité remarquables. Un grand nombre de prêtres se distinguèrent dans la chaire. Personne n'ignore quelles furent l'énergie et la franchise du père Bridaine. L'évêque de Senez, prêchant devant Louis XV et la Dubarry, eut le courage de prononcer cette phrase qui suffit pour faire connaître l'esprit du sermon : « Salomon, rassasié de voluptés, las d'avoir épuisé, pour réveiller ses sens flétris, tous les genres de plaisirs qui entourent le trône, finit par en chercher d'une espèce nouvelle dans les vils restes de la corruption publique.» Louis XV laissa dire; car, chose singulière, ce prince accomplissait iidèlemenl toutes les pratiques extérieures de la religion.

Louis XV n'eut qu'un seul enfant mâle, qui mourut à l'âge de trente-six ans, le 20 décembre 17(15, laissant trois lils, qui furent Louis XVI, Louis XVill et Cbailes X; et \me fille, madame Elisabeth. Louis, dau|)biii de France par la mort de son père, fut marie, en 1770, avec Marie-Antoinette d'Autriche, tille de l'iuipéralrice Marie-Thérèse. Les fêles de son mariage donnèrent lieu ii un accident grave qu'il n'est pas permis de passer complètement sous silence, [tarée que, dans ce siècle nù l'on commençait à douter de la religion, mais où l'on croyait à Caglioslro, à Mesmer et aux présages, l'on en tiia un sinistre augure dont les contemporains ont

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transmis la méiuoiio prosiiiio jusqu'à nous. Un fou d'arliCice, tiré dans li's Cliauips-Elysées, attira la masse du |iut)lic stn- la jilace Louis XN', i\m n'iUail pas encore aclievée, et par suite encuinlirée de matériaux et remplie de trous. Après le feu, la foule, opéraiit simultanément le même mouvement de retour, encombra les passaiies. La presse devint excessive, et il s'ensuivit tons les accidents ordinaires en pareilles circonstances. Il y eut (|uel(jues personnes étoutïees; mais, comme la peur avait été grande, on en exagéra le nombre, on le porta jusqu'à quinze cents. Il y eut des gens qui, au lieu d'y voir un elîet naturel, virent dans ce mallieur retîel d'une conspiration contre le peuple : preuve singulière de la situation où étaient alors les esprits.

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