‹ Histoire parlementaire de la Révolution françaiseChapitre 39 sur 92 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Préliminaires de la révolution. — Règne de Louis XVI,

Tous les contemporains s'accordent à dire qu'au moment oii la mort ferma les yeux de Louis XV, la révolution était prochaine. La France était prête à mettre fin, par la violence, au honteux régime des courtisans et des maîtresses. Louis XVI débuta par une réaction. Soit sentiment du besoin de reconquérir l'opinion publique, soit souvenir de l'abandon où il avait été laissé et de l'espèce d'oppression où il avait vécu, il commença par renvoyer le ministère, et il donna le soin d'en former un autre au comte de Maurepas, vieillard peu capable, dit-on, mais qui avait le méi ite de s'être fait chasser des alVaires, et exiler par madame de Pompadour. Après quelques hésitations et quelques changements le ministère se trouva composé ainsi qu'il suit : M. de Maurepas, président; aux sceaux, Miroménil; à la guerre, le comte de Saint-Germain; à la marine, Sarlines; aux alTaires étrangères, Vergennes; aux finances, Turgot; à la maison du roi, Lamoignon de Malesherhes.

Aucun de ces hommes n'était nouveau; tous étaient honorablement connus à divers titres : Vergennes, par son habileté dans les ambas>ades de Turquie et de Suède; Saint-Germain, par son amour de la disciidine militaire, et par quelques beaux faits d'armes dans la guerre de sept ans, où il y en avait eu si peu. Il était le seul général, par exemple, à la baiaille dellosbacli, dont les troupes n'eussent pas été entraînées dans la déroute générale, le seul qui eût opéré une retraite et par là sauvé les débris de l'armée. M. de Lamoignon de Maleslierbes avait déjà cette haute réputation qui .s'est

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comme attachée à son nom. Il était particulièrement aimé des gens de lettres. Mais le plus remarquable, le plus connu des ministres était Turgot. Il était célèbre déjà pur son altiliation au parti des économistes, par de nombreux écrits, par sa participation à VEnrydopédie, et enfin par sa belle conduite dans l'administration de l'iulendance de Limoges. 11 faut convenir que M. de Maurepas, pour si peu liabile qu'on Tait dit, ne débutait point par de mauvais choix; personnelle s'y Irompa. Le public s'attendait à plus même qu'une réaction, mais à un travail de rét'ormalion. Il est certain (|uc c'était chose possible. Turgot, particulièrement, proposa à peu près tout ce que la révolution nous a légué d'améliorations. Encore une fois, la question de réorganisation était posée; encore une fois le pouvoir était mis en demeure; il pouvait changer les menaces de l'avenir en bénédictions; il avait liberté de faire le bien; la voie fatale u'élait pus encore ouverte; mais le monarque manqua de volonté. Soit préjugé, soit faiblesse, il ne soutint pas ses ministres contre l'opposition inévitable de la cour et des privilèges de toute sorte sur lesquels il fallait passer le niveau. Il perdit le moment d'agir; plus tard il ne fut plus libre : la nécessité des événements l'entraîna avec une force qui devint irrésistible. De l'avis de tout le monde aujourd'hui, l'histoire tout entière du règne de Louis XVI n'est pas autre chose : il y eut un instant où il fut le muîlie de l'opinion, mais à condition de la satisfaire; maître de diiiger la réforme ou la révolution, mais à condition de l'opérer. Cet in&tant passé, ce furent les événements qui furent ses maîtres et le gouvernèrent, ainsi que nous allons le voir.

Le ministère débuta par plusieurs mesures manifestement réactionnaires; je ne ferai connaitre que les principales. D'abord parut un premier édit par lequel le roi reiionvait au droit dit de joyeux aa7i<;me/i<. Un autre supprima la torture préparatoire. C'était une concession faite à riiumanité, mais qui fui incomplète. Dans ce siècle si remanpiable par la mollesse et la lacililé des mœurs. Injustice criminelle avait conservé toute lu férocité des siècles païens, ou plulot du système de procédure que les Romains appliijuaient aux esclaves. Cette tradition barbare n'avait point disparu avec l'esclavage. Les hommes libres ayant remiilacé les esclaves, ils les avaient remplacés aussi dans leur sujétion à la torture. 11 y avait deux espèces de tctrtuie, dissimulées sons le nom moins dur de question préparatoire et de question pivalalile. La (luestion préparaloue était donnée aux accusés aiin d'ubtenir l'aveu de leurs crimes; ceux dont on n'obtenait pas cet aveu ne pouvaient être condamnés à mort, mais seulement à toutes autres peines [)rochaines de la mort, ad omnia

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