‹ Histoire parlementaire de la Révolution françaiseChapitre 41 sur 92 · RÈGNE DE LOUIS XVI · texte numérisé non relu

RÈGNE DE LOUIS XVI

toutes les classes de la société, des hommes vertueux et utiles, des citoyens zélés, etc.»

Les projets de Turj^ot étaient en quelque sorte innombrables. Il se proposait de réformer le régime hypothécaire, aussi bien que le système de la justice civile et criminelle. Ce qu'il fit est immense. H toucha à tous les abus. L'espace nous manque pour exposer toutes ses tentatives. 11 supprima les corvées militaires; il étendit au plus grand nombre des ports le privilège de commercer avec les colonies. Il créa une commission pour le perfectionnement de la fabrication du salpêtre et des poudres. Il créa une chaire pour former des ingénieurs ; il fit des règlements sur les routes et les canaux ; il réforma même l'administraliou royale des messageries, dont les nouvelles voilures, menées en poste, rerurent le nom de tingndncs.

On a dit avec raison de Turgot, qu'il projeta ou tenta tout ce que la révolution a réalisé plus tard; mais l'on a supposé à tort que, s'il eût été énergiquement soutenu, la grande crise révolutionnaire aurait manqué. En se plaçant dans cette hypothèse, on doit juger des événements probables par l'opposition qu'il éprouvait et par la colère qu'il provoquait. Les privilégiés se seraient soulevés; il y aurait eu une guerre civile, et peut-être plus de sang versé que dans les troubles révolutionnaires.

Turgot était énergiquement soutenu par l'opinion publique, par la parole et par les écrits de l'école philosophique ; Turbot fut cependant renversé. Déjà Malesherbes, qui avait voulu réformer la maison du roi, dégoûté des obstacles qu'il rencontrait, avait donné sa démission ; Turgot attendit qu'on la lui envoyât : il la reçut le 12 mai 1770. Un an après, le comte de Saint- Germain fut aussi remplacé au ministère de la guerre par le prince de Montbarey; il avait eu aussi le tort d'opérer plusieurs importantes réformes : il avait fait supprimer une partie de la maison militaire du roi ; il avait établi dans les régiments l'uniformité d'organisation et de discipline. Malheureusement, il avait voulu importer en France l'usage allemand des punitions corporelles : les coups de plat de sabre révoltèrent les soldats. On renonça à cette importation étrangère; mais le nom de Saint-Germain devint impopulaire, et on ne lui rendit pas justice pour les services réels qu'il rendit à l'armée.

Le passage de Turgot aux finances fut signalé par quelques améliorations. A son arrivée, le revenu de l'État s'élevait à 377 milhons; mais déduction faite des rentes et des dépenses de la maison du roi et des princes, il ne restait que 215 millions pour faire face à une somme de 255 millions nécessaires pour les services publics.

176 i-nÉi.iMiNAinES dk la révolition.

Ainsi le déficit annuel ôtait de 22 millions, sans compter 7H millions d'anticipations rpTil fallait couvrir. Grâce ;\ des économies dans les frais de perception, à des modilicalions dans les baux des fermes, il y eut une aupmentation de revenu de tiT millions, avec quoi on ëleifiiiit une partie des anticipations.

Lorsqu'on voit Pénormité de nos budgets, on s'étonne que le gouvernement fût embarrassé de si minimes déficits et d'une dette flottante si faible; on s'élonne surtout que la France fut assez pauvre pour soull'rir d'un impôt qui n'allait pas à -400 millions. C'est qu'on oublie alors toutes les cliarges qui tombaient d'autre part sur les contribuables. La perception d'une partie des impôts élait affermée, elle nourrissait une armée d'employés et donnait aux fermiers d'énormes bénéfices. Il y avait en outre une nuillitude d'autres taxes indirectes, les unes pour solde d'offices inutiles, les autres pour droits féodaux, coutumiers, etc. Les paysans payaient la dîme et accomi)lissaient divers genres de corvées, les unes pour l'État, les autres pour les seigneurs. Les gens des villes étaient accablés de cliarges municipales. Enfin, une portion du sol et des biens, sans contredit la plus considérable, celle qui appartenait à la noblesse et au clergé était francbe à divers degrés. Toutes les provinces non plus n'étaient pas également soumises à tous les impôts ; jilusieurs d'entre elles avaient des francbises considérables : l'exemption de la taille, de la capitation, etc. appartenait à toutes les personnes nobles et à toutes celles qui avaient acbeté quelqu'un des titres nombreux, quelqu'un des offices qui en plaçaient les possesseurs en deliors de la classe des taillables et des corvéables. En définitive, c'était sur la moindre partie de la richesse nationale, quoique ce fût sur le plus grand nombre, que portait l'impôt. Ces-iOO millions, ainsi répartis, formeraient même de nos jours une charge insupportable. On a calculé, en elTet, que les trois cinquièmes environ du revenu brut du cultivateur soimiis à la taille lui étaient enlevés par la taille, les vingtièmes, la capitation, etc. (Doléances, etc., par (iautliier de Hiauzat, I7SS.) Ainsi, rinsuflisauce des recettes étant le résultat d'uni! constitution politique qui exemptait les plus riches et soumettait à l'impôt seulement les plus pauvres, il se trouva que l'amélioration et la réforme des liiiaïues n'étaient possibles qu'à la condition d'une réorganisation politique. Le mérite de Turgot fut d'avoir aperçu cette vérité.

Turgot fut remplacé aux finances par Clugny, qui mourut au bout de six mois. Celui-ci fut remplacé par Taboureau de Uéaux, qui bientôt donna sa démission, après avoir, en quelque sorte, servi d'introducteur et de chaperon à Necker, que sou titre de proies-

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