‹ Histoire parlementaire de la Révolution françaiseChapitre 65 sur 92 · INSLUKECTION A PARIS. — PUISE DE LA BASTILLE. JUILLET 178'J · texte numérisé non relu

INSLUKECTION A PARIS. — PUISE DE LA BASTILLE. JUILLET 178'J

Chat. i. — Fermenlation :i Paris. — Héiiiiion des ordres privilésriés. — ICmeute à l'uccasiun des gardes françaises. — Bruits de conspiration. — Ciub breton. — Disette.

Aussi longtemps que les députés du tiers état restèrent assemblés, le {leuple (pu remplissait au loin les avenues de la salle resta réuni,

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allendanl l'i>jsue de la séanco. Il ôlail Icnii au rourani (It"^ «^vt'iiomeuls de la discussion, et du résultai dos diMiluMalioDs, par les curieux qui sortaient à tous momenls. lin uirme temps on colport:iil dans la foule la nouvelle du renvoi de Ni cker. Aussi des (pie les députés des communes se dispersèrent, le peuple s'éhranla et courut au palais; les troupes resicrent immobiles. Deux compagnies de gardes françaises reçurent ordre de tirer et n'obéirent [)oint. Cependant la foule pénétra dans les appartements, criant : Xirbcr; c'était son seul mot de ralliement. M. Necker fut en eiïet appelé au château; on le vit entrer, on le vit sortir. Il annonça qu'il restait, et la foule le reconduisit en triomphe jusqu'à son hôtel. Le soir, on fil des feux de joie dans les divers (juartiers de Versailles; on ne rencontrait que des gens armés de torches, courant les rues. Quelques députés de la noblesse forent insultés. L'archevêque de Paris, auquel on attribuait une part dans le renvoi de M. Neiker, fui assailli dans sa voilure, et obligé de se réfugier dans l'église Saint- Louis.

A Paris, les précautions du gouvernement n'avaient pas été moindres qu'à Versailles : on avait consigné les gardes françaises. Mais aussi l'elVervescence fut égale. Janiiiis^les groupes du Palais- Royal ne furent plus animés; on s'attroupait dans les rues. Nos députés sont en danger, criait-on au Palais-Royal ; mais que les aristocrates prennent garde à eux, car, au premier désir qui nous en .sera témoigné, nous irons à Versailles au nombre de quarante mille.

«On ne peut peindre, dit une brochure du temps {Lettre au comte d'Artois), le frissonnement qu'éprouva la capitale à ce seul mot : le roi a tout cassé. Je sentais du feu qui couvait sous mes pieds; il ne fallait qu'un signe, et la guerre civile éclatait. Toutes les provinces sont sans commerce, et presque sans pain, et qu'a-t-on de mieux à faii'e que de se battre quand on meurt de faim? »

Ce vif mouvement de l'opinion ne fut certainement pas sans influence sur les projets de la cour; on en peut juger par un détail: on prit des précautions contre l'invasion parisienne; on mit des troupes, des canons et des avant-postes au pont de Sèvres. Mais le résultat impurlant fut que le roi, qui avait voulu diriger l'assemblée, se laissa conduire par elle.

En effet, bien que le roi eût formellement exprimé la volonté que les délibérations eussent lieu séparément et par ordre, dans la séance du 2i la majoiilé du clergé vint se confondre avec le tiers état dans l'assemblée nationale. Dans la séance du 2.j, une minorité de la noblesse vint aussi prendre siège dans son sein; pendant ce temps, la minorité du clergé et la majorité de la noblesse dé-

r)ii (JIIN ITS'.I) ASSEMBI.ÉK NATIONXI.K.

lilx'iaionl comino ordros, dans leurs chambres séparées. Le 27 juin, le roi leur écrivit pour les inviter à renoncer à leur isolement et à aller rejoindre les députés réunis dans la salle commune; et comme un grand nombre des membres des chambres privilégiées étaient porteurs de c;ihieis qui leur défendaient impérativement de consentir à aucun autre vote qu'à celui par ordre, alin qu'ils ne se crussent pas liés d'une manière absolue par ces mandats, le roi signa, le même jour 27, un règlement permettant aux députés qui étaient dans ce cas de consulter de nouveau leurs commettants, et ordonnant en conséquence à ses officiers de convoquer les assemblées des bailliages, sur la réquisition du député. Ainsi, la réunion ([n'appelait depuis si longtemps l'assemblée nationale fut opérée par la volonté même du roi, quatre jours après qu'il l'eut défendue (1).

Pour expliquer de telles variations, il faut examiner les faits extra-parlementaires. En effet, du 2i juin au \i juillet, l'assemblée nationale semble avoir perdu l'initiative révolutionnaire; elle semble attendre. Cependant, dès le 2i, elle s'étiit donné un imprimeur, afin d'avoir une communication assurée avec l'opinion publique. Néanmoins, ses séances furent consacrées à peu près uniquement à des faits extérieurs; aussi, en racontant ceux-ci, nous ferons suffisamment connaître l'occupation des députés. Ces faits seuls donnent quelque intérêt aux séances; eux exceptés, les débats sont occupés par une discussion sur le nombre de députés que l'on doit accorder à Saint-Domingue.

Les 24, 2."'>, 20, on continua de déployer un grand appareil militaire à Versailles; on empêchait le public de pénétrer dans la salle des États. Chaque jour, le peuple venait en masse, dissipait la garde qu'on augmentait chaque jour, ébranlait les portes qu'on laissait

(1) Ce ne fut pas sans résistance que les ordres privilégiés cédèrent à la volonté du roi; la minorité du clergé se montra la première prête à obéir. Elle avait ])erdu la veille un de ses plus urdents champions, l'archevêque de Paris, qui, effrayé par l'émeute du 25, dont nous parlerons dans le texte, s'était réuni, dès le 26, A la majorité de sou ordre. Dans la chambre de la nobli-ssc, un tumulte ell'ioyable éclata lorsqu'on apjirit, le 21, qu'une minorité d'une trentaine de membres voulait se rendre dans la salle commune. Al. Lamelh raconte [JJist de l'Assrmblce consl.) qu'un membre de la majoritf alla jusqu'à tirer l'épée, et qu'il y eût eu du sang répandu, si le président n'avait promptemcnt levé la séance. A l.i réception de la lettre du roi, quarante-cinq députés protestèrent. Le vicomte de Mirabeau jura de ne pas quitter la chambre de la noblesse, dût-il y rester seul. Cazalès s'écria qu'il fallait jiréférer la monarchie au monarque. Cependant l'avis le plus sage prévalut, et la majorité de la noblesse, réunie à la minorité du clergé, vint silencieusement se ranyer sur les bnn<iuettes qui lui étaient rébervéci «lans la .salle de l'assemblée.

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