LIVRE IV
SUITES DE l'insurrection. — NUIT DU 4 AOUT.
CfiAP. I. — État de Paris le 15 juillet. — Députalion de l'assemblée reçue à l'hùtel de ville. — Lafayette et Bailly. — Motion pour le rappel de Necker. — Discours de Mirabeau sur le ministère. — Mesures d'ordre public. — Le roi vient à Paris. — Misère des vainqueurs de la Bastille. — Premières défiances contre les électeurs.
La journée du lo fut encore agitée de terreurs assez vives. On apprit l'arrestation des convois de farines faite à Sèvres et à Sainl- (iloud. On venait encore d'en arrêter un autre à Saint-Denis. Quel- (jues patrouilles de bussards, sorties du camp établi dans cette ville, se montraient dans la campagne. Elles poussèrent des reconnais- .sances jusque près des barrières. Deux nouveau.x régiments étaient arrivés le matin à ce camp. Enfin une tentative faite sur la Bastille irrita les soupçons. Deux compagnies d'infanterie revêtues de l'uniforme des gardes françaises, et déguisées, disait-on, se présentèrent aux portes de la Bastille. On croisa la baïonnette, et elles se retirèrent. Dès lors un corps de citoyens se voua à la garde de cette forteresse sons le nom de volontaires île ht Bastille.
iOO (IC JIILI.KT ITSO) ASSEMBLÉE ^ATIO^AI.F,.
Des soldais qui désertaicnl leurs corps, et qui arrivaient en foule h Paris, contribuaient h entretenir les alarmes par les nouvelles qu'ils apportaient.
On crut donc que la guerre n'était pas terminée et que la cour persistait dans le blocus de Paris. On lit de nouvelles barricades; on envoya une forte patrouille du côté de Saint-Denis. On tint les barrières fermées à tous ceux qui voulaient sortir. La nuit, la ville fut encore illuminée.
Cependant le comité de l'bôtel de ville fit savoir au public que Paris élait approvisionné pour quinze jours. Il invitait les districts à ouvrir des souscriptions et à nommer des trésoriers, et les bons citoyens à verser le montant de la moitié de leur capitation, annonçant que le produit servirait à pourvoir à la subsistance des pauvres. Enfin, un placard annonçait que les rentes de l'hôtel de ville continueraient à être payées.
Dans cette journée, on vit paraître les premières compagnies de cavalerie bourgeoise, et des moines armés vinrent prendre part au service militaire de la place.
Dans les districts on agitait la question d'un voyage armé à \'er.«ailles. VAmi du roi dit que cette motion avait pour instigateurs des membres du club breton.
Le même jour la députai ion de l'assemblée nationale fui reçue à riiôlel de ville. Mouuier lit le lendemain à l'assemblée le récit suivant de ce qui s'élait passé en cette occasion :
Séance DU IG jLiLLET. — M. Meunier. Messieurs, les commissaires nommés par l'assemblée nationale, pour contribuer au rétablissement du calme dans la ville de Paris, sont partis liier de Versailles à trois lieures apiès midi. Dans le lieu même de leur départ, les acclamations, les applaudissements commencèrent, et dès ce moment ils ne cessèrent plus.
Pendant toute la roule, le peuple se rendait en foule sur leur passage, les comblait de bénédictions, et se livrait à tous les transports de la plus vive allégresse. Les militaires partageaient les mêmes sentiments. Officiers et soldais, étrangers et Français, tous paraissaient animés du même esprit. Tous les regards exprimaient raltendrissement, toutes les bouches le patriotisme et riuunanité. Nous marchions au milieu d'une foule immense; mais nous ne pouvions y avoir (pie des amis et des frères.
Filtrés dans Paris, une brigade de maréchaussée, des gardes de la piévùté (;t un trompette, (pii nous avaient joints sur la route, marrhaiciit dcvaiil imus et aiiiioiiçnieul l'arrivée des députés. Des hour-
«\1LLV, MAIIU. 1)K PAUIS. 407
geois armés, môles avec des soldais, nous onvironnaienl pour former noire corlége.
Arrivés à la place Louis XV, nous descendons ée nos voilures : une garde nombreuse nous escorle; un peuple innombrable s'olTre de tous côtés à nos regards. Les bourgeois et les soldais armés sont rangés en haie sur noire passage. Les spectateurs tâchent de donner essor au sentiment qui les oppresse, par tous les signes de la plus vive affection. C'est pour eux une vive jouissance que de serrer les mains d'un des membres de rassemblée nationale. L'air est incessamment frappé des applaudissements, des cris de joie auxquels se joint le bruit des tambours et des instruments de musique. Les citoyens se félicitent, s'embrassent réciproquement. Tous les yeux sont mouillés de larmes; partout se montre l'ivresse du sentiment. De toutes parts on s'écrie : Vive le roi, vive la nation, vivent les députés !
Jamais fête publique ne fut aussi belle, aussi touchante ; jamais on ne vit des milliers de citoyens se presser ainsi sur les pas de leurs représentants, pour contempler dans celte marche auguste et solennelle, l'image de la liberté. L'histoire n'offre point de pareil exemple. L'histoire ne parviendra jamais à retracer ce que nous avons vu, et surtout ce que nous avons senti.
Arrivés à Ihôlei de vUle, quel beau spectacle se présente ! La place est couverte d'une foule de citoyens armés et non armés. Les mêmes acclamations que nous avions entendues sur notre passage sont sans cesse répétées. Entrés dans la salle principale, la fouie est si nombreuse, elle est si transportée de joie, que le silence se rétablit avec peine. Enlin, M. le marquis de Lafayelle annonce que le roi est venu au milieu de l'assemblée nationale, sans pompe, sans appareil. Il leur fait lecture du discours que le roi a prononcé; il leur rappelle les témoignages d'amour et de sensibilité donnés au monarque par les représentants de la nation, et ce beau nionient où Sa Majesté est retournée à pied au château, au milieu de l'assemblée nationale et des habitants de Versailles, gardé par leur amour et leur inviolable fidélité.
On repond par de nombreux applaudissements et des cris de vive le roi! Ensuite M. le comte de Lally-Tolendal prend la parole. Après avoir donné au patriotisme, à la fermeté des Parisiens, un juste tribut d'éloges; après avoir exprimé la douleur qu'avaient éprouvée les représentants de la nation, en apprenant les malheurs de la capitale; après avoir décrit les scènes touchantes de Versailles, il parle de la liberté et de la patrie; il jiarle du roi, de ses vertus, des devoirs des Français, avec un ton si noble, si propre à émouvoir,
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avec une éloquence si persuasive, que la foule des auditeurs esl entraînée, quo l'ivresse est au comble. L'amour de la patrie, Tamour du roi ex%altent toutes les Ames. L'orateur est pressé dans les l)ras|de ceux qui l'entourent : une couronne de fleurs lui est offerte : sa modestie la repousse; il en fait hommage à l'assemlilée nationale. Malgré ses efforts, elle est placée sur sa tête. On veut ensuite le présenter au peuple assemblé sur la place. Il résiste en vain ; il est porté vers une fenêtre, d'où il reçoit les applaudissements du peuple.
Après le discours de M. Lally-Tolendal, M. l'archevêque de Paris a fait de nouvelles exhortations pour le rétablissement de la paix, et proposé de se rendre à l'église Notre-Dame pour offrir à Dieu des actions de grâces.
Le président de l'assemblée des électeurs a prononcé un discours qui respirait le zèle et le patriotisme. Il a exhorté le peuple à oublier tout ressentiment, et il en a reçu la promesse.
M. le duc de Liancourt a annoncé (lue Sa Majesté autorisait le rétablissement de la milice bourgeoise.
M. le comte de Clermont-Tonnerre a parlé ensuite avec beaucoup de succès : il a été fort applaudi.
On a déclaré à M. le marquis de Lafayette qu'il était nommé général de la milice parisienne.
Le grand nombre de citoyens qui remplissaient la salle de l'hùlel de ville conjuraient les commissaires, par les plus vives, les plus pressantes instances, de demander le retour de M. Necker. Us ont exprimé le vœu de voir conlier à M. Hailly la place de maire de la ville. Cet excellent citoyen, ainsi que M. l'archovèque de Paris, ont reçu des témoiguages bien flatteurs et bien mérités de ratïeclion et de l'estime des Parisiens (1).
[l] Au milieu des discours de félicitations réciproques que s'adressaient les membres des états généraux et les électeurs, un des députés de l'assemblée nationale annon(,a que le roi confirmait le rétablissement de la milice bourgeoise, et jiiifdoiintiil aux «ardes fran(;aise!l. Alors, murmure général. C'était dans la grande salle que ces faits se passaient des gardes s'avancent vers le bureau ; Nous ne voulons point de pardon, disent-ils, nous n'en avons pas besoin; en servant la nation, nous servons le roi, et ce qui arrive aujourd'hui le prouve.
Au moment où l'on se disposait à sortir pour aller, sur la proposition de l'arclievi"i|ue de Paris , l'un des députés de l'assemblée nationale, chanter un Te Deitvt A Notre-Dame, toutes les voix se réunirent pour proclamer M. de Lafayette commandant de la milice parisienne; le général aussitôt prêta serment. A l'instant même, on proclama M. Bailly privai Jcs mn rc/in nits.— i\on pas pTcvik lies iHii/chiinils , mais maire île Pans, dit une Voix. Oiii, tnii, s'écria la foule d'une voix iLnanime, Miiirc de Ptuis' — M. Uailly prêta serment. {Exlratl des jirucis-verbaiu iiittiiuscrils de lu commune.)
MlK.VBKAi; SI R LE Ml.MSltRE. Kl'.t
Les commissaires lie rassemblée milioiiale se sonl mis onsuile en marclie pour l'église Noire-Dame, duis le mC-me ordre. On a cliaiilé le Te Dtnnn, et on a fait prêter serment à M. de Lafayette de remplir fidt'lement les fonctions de général. Le serment a été prêté au bruit du canon, des tambours et d'une nutsique nulilaire.
Après le Te Deuin, les commissaires se sont rendus chez M. l'arcbevêque. A mesure qu'ils sortaient de rarclievêclié, ils étaient conduits par une garde bourgeoise au lieu de leur départ, et recevaient sur leur passage les honneurs militaires, au milieu des acclamations des citoyens.
Je dois ajouter que, dans toutes les rues de Paris, comme dans la salle de l'hôtel de ville, on demandait à grands cris réloiguement des nouveaux ministres et le retour de M. Necker. Les habitants de Paris enviaient le bonheur dont avait joui l'assemblée nationale, et témoignaient le désir de voir leur monarque au milieu d'eux, comme nous l'avions eu au milieu de nous.
Ainsi, Paris va jouir des douceurs de la paix, la milice bourgeoise préviendra tous les désordres : elle sera conunandée nonseulement par un héros dont le nom est cher à la liberté dans les deux mondes, mais par un héros français qui sait tout à la fois aimer son priuce et abhorrer l'esclavage.
Mounier termina son rapport en annonçant que parmi les cris dont la population parisienne saluait les députés, on entendait aussi ceux de à bas les ministres et vice Necker!
Aussitôt Mirabeau propose une adresse au roi, pour lui demander le renvoi des ministres. On discutait encore sur celte motion, lorsque les membres de la noblesse et du clergé qui, fidèles à leurs mandats, n'avaient pas voulu prendre part au vote par lête, vinrent déclarer que les circonstances les entraînaient, et qu'ils croyaient prévenir le vœu de leurs commettants, en annonçant qu'ils donneraient désormais leurs voix sur les objets qui occuperont l'assemblée nationale.
Cet incident venait de se terminer lorsque l'on rappela une motion qui avait été faite pour le rappel de Necker.
M. Mounier. Il est à craindre que la demande faite ])ar le préopinanl ne porte quelque atteinte à la liberté et à la puissance que doit avoir le roi dans la formation de son ministère. Refuser la confiance à un ministre à qui le roi a donné la sienne serait de la part de l'assemblée nationale une manière indirecte d'obliger le roi à le renvoyer, et un tel droit dans l'assemblée y ferait naître une multitude d'intrigues pour l'aire tomber du ministère ses ennemis, et pour s'y faire porter soi-même ; c'est là un des plus grands abus du
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ilO (15 JUILLET ITSU) ASSEMBLÉE NATIONALE.
parlement d'Angleterre et une des causes qui portent le plus d'orages, soit dans la cpnstitution, soit dans le ministère.
M. le comte de Mirabeau. Dans une circonstance urgente, je pourrais éviter toute controverse; mais je ne crois pas qu'il soit jamais permis dans cette assemblée de laisser sans réclamation, violer rnème dans un discours les principes et de composer avec les amours-propres aux dépens de la vérité. S'il est une maxime impie et détestable, ce serait celle qui interdirait à l'assemblée nationale de déclarer au monarque que son peuple n'a point confiance dans ses ministres. Cette opinion attaque à la fois et la nature des choses, et les droits essentiels des peuples, et la loi de la responsabilité des ministres, loi que nous sommes chargés de statuer, loi plus importante encore, s'il est possible au roi, qu'à son peuple, loi qui ne sera jamais librement en exercice si les représentants du peuple n'ont pas l'initiative de l'accusation : qu'il me soit permis de m'exprimer ainsi...
Eh! depuis quand les bénédictions et les malédictions du peuple ne sont-elles plus le jugement des bons et des mauvais ministres? Pourquoi une nation qui est représentée s'épuiserait- elle en vains murmures, en stériles imprécations, plutôt que de faire entendre le vœu de tous par ses organes assermentés? Le peuple n'a-l-il pas placé le trône entre le ciel et lui, afin de réaliser, autant tjue le peuvent les hommes, la justice éternelle et anticiper sur ses décrets au moins pour le bonheur de ce monde?
Mais vous voulez donc confondre les pouvoirs?
Nous aurons bientôt l'occasion d'examiner cette théorie... Les valeureux champions des trois pouvoirs tâcheront alors de nous faire comprendre ce qu'ils entendent par cette grande locution des trois pouvoirs... Il me suffit aujourd'hui de leur dire : Vous oubliez que ce peuple auquel vous opposez les limites des trois pouvoirs est la source de tous les pouvoirs et que lui seul peut les déléguer. Vous oubliez que c'est au souverain (jue vous disputez le contrôle desadmiuistrateins. Vous oubliez enlin que nous, les représentants du souverain, nous devant qui sont suspendus tous les pouvoirs, et même ceux du chtîf de la nation s'il ne marche pas d'accord avec nous , vous oubliez (jue nous ne prétendons point placer on déplacer les ministres en vertu de nos décrets, mais seulement à manifester l'opinion de nos connnetlanls sur tel ou tel ministre.
Eh! conmienl nous refuserie/.-vous ce simple droit de déclaralion, vousipii nous amordez celui de les accuser, île les poursuivre, cl de créer le tribunal qui devra punir ces artisans d'iniquité, dont, par une contradiction palpable vous vous proposez do contempler
MIRABKAl' SIR LE MIMST^RK il 1
les œuvres dans iin respoctuoiix silence? Ne voyez-vous ilonc pas combien je fais aux gouvernements un meilleur sort que vous, combien je suis plus modi'rè? Vous n'admettez aucun intervalle entre un morne silence et une d«Mionciation sanguinaire. Se taire ou punir, obt'ir ou frapper, voilà votre systî'me. Et moi j'avertis avant de dénoncer, je rôcuse avant de tlétrir, j'offre une retraite à l'inconsidi'ration ou à l'incapacité avant de les traiter de crimes. Qui de nous a le plus de mesure ou d'équité?
Mais voyez la Grande Bretagne ! que d'agitation populaire n'y occasionne pas ce droit que vous réclamez! C'est lui qui a perdu l'Angleterre!... L'.\ngleterre est perdue! Ah! grand Dieu! quelle sinistre nouvelle! Eli! par quelle latitude s'cst-elle donc perdue? ou quel tremblement de terre, quelle convulsion de la nature a englouti cette île fameuse, cet inépuisable foyer de grands exemples, cette terre classique des amis de la liberté?... Mais vous me rassurez... l'Angleterre lleurit encore pour l'éternelle instruction du monde. L'Angleterre répare dans un glorieux silence les plaies qu'au milieu d'une fièvre ardente elle s'est faites. L'Angleterre développe tous les genres d'industrie, exploite tous les filons de la prospérité humaine, et tout à llieure encore elle vient de remplir une grande lacune de sa constitution, avec toute la vigueur de la plus énergique jeunesse et l'imposante maturité d'un peuple vieilli dans les allaires publiques... Vous ne pensez donc qu'à quelques dissensions parlementaires (là comme ailleurs ce n'est souvent (jue du parlage qui n'a d'autre importance que l'intérêt de la loquacité) ; ou plutôt c'est apparemment la dernière dissolution du parlement qui vous effraye. Je ne vous dirai pas que sur votre exposé, il est évident que vous ignorez les causes et les détails de ce grand événement, qui n'est pas une révolution, comme vous l'appelez ; mais je vous dirai que cet exemple offre la preuve la plus irrésistible que rinlluence d'une assemblée nationale sur les ministres ne peut jamais être désastreuse, parce qu'elle est nufie, cette influence, aussitôt que le sénat en abuse.
Qu'est-il arrivé en effet dans cette circonstance rare où le roi d'Angleterre n'a pas craint de combattre la formidable assembléy nationale et de la dissoudre? Soudain l'édifice fantastique d'une opposition colossale s'est écroulé sur ses frêles fondements, sur cette coalition cupide et captieuse qui menaçait de tout envahir. Et quelle est la cause d'un changement si subit? c'est que le peuple était de l'avis du roi et non de celui du parlement. Le chef de la nation dompta l'aristocratie législative par un simple appel au peuple, à ce peuple qui n'a jamais qu'un intérêt, parce que le bien public est es-
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senliellemenl le sien. Ses représentants, revêtus d'une invisible puissance el presque d'une véritable dictature, quand ils sont les organes de la volonté générale, ne sont que des pygrnées impuissants s'ils osent substituer à leur mission sacrée des vues intéressées ou des passions particulières. Livrons-nous donc sans crainte à l'impulsion de l'opinion publique; loin de redouter, invoquons sans cesse le contrôle universel ; c'est la sentinelle incorruptible de la patrie, c'est le premier instrument auxiliaire de toute bonne constitution, c'est Tunique surveillant, le seul el puissant compensateur de toute constitution vicieuse, c'est le garant sacri' de la paix sociale, avec laquelle nul individu, nul intérêt, nulle considération ne peut entrer en balance.
Mue par le di.scours de Mirabeau et un mot de Lally-Tolendal, qui s'écria que le rappel de Necker était un désir unanime du public, l'assemblée décréta la motion. Ace moment en vint annoncer que le roi venait de renvoyer les ministres, de rappeler Necker, et manifestait le désir d'aller à Paris. L'assemblée nomma aussitôt une députation pour l'y accompagner.
Paris, iC} juillet. Procès-verbal de. la commune. — Le comité permanent arrête la démolition de la Bastille, et nomme des commis- .saires chargés de ce soin (1).
M. Lafayette propose de donner à la milice {tarisienne le nom de (jarde nationale. Ce titre est adopté. On décide en même temps que chaque district enverra un député pour concourir avec le général à l'organisation de ce corps militaire, (il paraît que ce l'ut dans cette .séance que, sur la proposition de M. Lafayette, on décida que la couleur blanche serait ajoutée aux couleurs bleue et rouge qui avaient été adoptées pour signe de ralliement par l'arrêté des électeurs en date du 13 juillet (2). Cette modification de la cocarde
(1) La démolition de la BastiUe commença aussitôt et fut poussée très-activement. Une partie de la population y prit part spontanément, et, pour faire cesser les désordres qui resiiltaifnt de cette intervention irréfiulière, l'hôtel de ville dut confier la direction des travaux à Lafayette. On n'avait trouvé à la Uastille que sept prisonniers, dont ([ualre détenus pour faux. On trouva aussi deux squelettes dans les caveaux, s'il faut en croire un rapport fait à l'hôtel de ville par le district de Sainl-Louis-la-Culturc, et.divers instruments de fer qui, suivant les uns, étaient à l'usage du chirurgien de la Bastille, qui, suivant les autres, servaient à donner la torture.
|2) La cocarde de la garde nationale fut d'abord bleue et rouge : ce n'étaient pas seulement les couleurs de la',ville, mais, i>ar un singulier hasard, celles de la livrée d'Orléans. Lalayelte, frappé de celte circonstance el voulant natiuiialiser l'ancienne eouleiir française en la mêlant aux couleurs de la révcihition, proposa à l'hôtel de ville el fit adopter la cocarde tricolore. (Noie du géiicrnt Lafayette.)
Il paraft, ru reste, que les trois couleurs faisaient le fond de l'uniforme dans
MHsrni'.s I) ORDRK. 4ir>
n'était pas oncorc réalisée le jour où le roi vint à l'Iiûlol do ville ; cependant il résniterait d'nn passaj^e dos Mnnuircs do M. Lat'ayotte qn'elle fut proposée à l'approbation de Louis XVI et adoptée par lui le jour méuio de cette visite.)
Le comité nomme un commissaire cliargi" de reclierclier et de recueillir les grains et farines qui existent dans les couvents.
Une députation envoyée pour connaître les dispositions du camp de Saint-Denis rapporte une lettre du général commandant, (jui déclare qu'il n'a aucim ordre hostile contre la ville.
Le comité permanent ordonne le rétablissement de la perception des droits d'octroi. Il prend encore deux autres arrêtés que nous verrons afiichés le lendemain.
Paris, il juillet. — L'affiche suivante fut apposée, par l'ordre du comité de l'hôtel de ville, au coin de toutes les rues :
« La circulation est rétahlie dans l'intérieur de Paris et sur les routes, de manière que toutes voitures bourgeoises ou publiques ne doivent être arrêtées par aucune patrouille.
« Les patrouilles posées aux barrières, pour la sûreté de la perception des droits, n'arrêteront que la sortie des subsistances et les convois d'armes.
« Les spectacles seront ouverts, et les promenades publiques fréquentées comme à l'ordinaire.
« Les boutiques, les ateliers, seront rendus à leur activité ordinaire, et tous les citoyens sont invités avec instance de répandre le calme et l'ordre, et de poursuivre avec vigueur tous les perturbateurs du repos public.
« Enjoint aux patrouilles de tenir la main à l'exécution du présent arrêté. »
Une autre affiche, placée à côté, contenait ces mots : « L'administration des postes continuera à faire son service comme par le passé (bien entendu qu'il n'y aura aucune espèce de violation de confiance), et ce, en présence de (juatre de messieurs les électeurs, qui seront nommés à cet effet, chaque jour. »
On était instruit que la visite du roi devait avoir lieu ce jour même, et l'on se préparait dans les districtir; on organisait la nou-
la maison du roi sous Louis XIV. Dans certains régiments, on avait trois cornettes, Tune blanche, l'autre rouge, et la troisième bleue. Mais rus:if;e des trois couleurs, en France, remonte au reste bien plus haut. Ainsi, dans le quatrième siècle, les corps gaulois et francs qui servaient dans les armées romaines, sur les bords du Rhin, se distinguaient par les couleurs appliquées sur leurs boucliers, et celles-ci étaient ordinairement composées du hli-u, du blanc et du rouge. Noiilia imp. Tovxani.)