U (17 JIII.LET 1780) ASSEMBLÉE NATIONALE
voile milice pour former le corlégc el la haie sur le passage de Sa Majesté.
Dans beaucoup de districts on commença par célébrer une messe en actions de yràce pour la paix, et on la fit suivre d'une prière pour les citoyens morts les jours précédents. Dans l'église des Feuillants, ou bénit un drapeau qui resta ensuite suspendu à la voûte. « Quel moment! s'écria le prieur en le bénissant ; l'éiendard de la liberté civile est apporté dans ce temple par le patriotisme! Lii SL'ntitneut dont vous venez de montrer toute l'énergie réclame les bénédictions de celui qui protège les droits de l'homme. Dans peu de jours la France ne sera plus qu'une grande famille... c'est à votre intrépidité, à votre courage qu'elle devra ce bonheur... »
A Sainte-Geneviève, les dames de la halle vinrent déposer un bouquet sur la châsse do la sainte. Quelques jours après, de pauvres jeunes lilles qu'on appela les dames de la place Maubert, déposèrent un ex-voto dans la même église. C'était un tableau, mal peint. Dans un coin, on avait représenté une bastille dont les tours fumantes croulaient, et oii l'on voyait entrer les Parisiens. A l'autre coin élait une ligure renversée sur des couronnes, des sceptres brisés, des cordons d'ordre; l'ange exterminateur planait au-dessus de la figure et la frappait de sou épée. En haut, le ciel entr'ouvert laissait voir la fi,i.'ure de sainte Geneviève, qui, d'une main, encourageait les Parisiens, et, de l'autre, l'archange.
Vi'rstiilU's, Il juillet. — Le roi quitta cette ville à huit heures du matin pour se rendre à Paris. On apprit en même temps que le comte d'Arlois, les princes de Coudé et de Conli, la famille Polignac, le maréchal de Broglie, Breteuil, Lenoir, Berthier, Villedeuil, Lambesc, etc., venaient de quitter la cour pour se retirer en pays étranger.
Le même jour M. de Salle de Choux rendit compte à l'assemblée de la réception faite au roi à Paris. Voici son récit :
(i Le roi, arrivé à Paris vers trois heures, l'a traversé en voilure, sans gardes, entonié de la députation de l'assemblée nationale, entre deux haies de milice bourgeoise, précédé et suivi de cotte UH'iiHi milice, taiit à pied qu'à cheval. Sa Majesté a été reçue à l'entri'e de la ville pai' \v coips municipal, et M. Bailly, remplissant les fonctions de prévôt dos marchands, lui a adressé le discours suivant :
(( Sire, j'apporte à Votre Majesté les clefs de sa bonne ville de Paris; ce sont les mémos qui ont été présentées à Henri IV. 1/ avait reconquis son peiiplo : ici c'est le pcMiple ()ui a rocon(piis son roi.
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« Votre Majesté vient jouir de la jiaix qu'elle a rélalilie dans sa capitale ; elle vient jouir de l'amour de ses fidèles sujets. C'est pour leur bonheur que Votre Majesté a rassemblé près d'elle les représentants de la nation, et qu'elle va s'ocmiper avec eux à poser les bases de la liberté et de la prospérilé publiques. Quel jour mémorable que celui où Votre Majesté est venue siéger en père au milieu de cette famille réunie, où elle a été reconduite à son palais par l'assemblée nationale entière, gardée par les représentants de la nation, pressée par un peuple immense 1 Elle portait dans ses traits augustes l'expression de la sensibilité et du bonheur, tandis qu'autour d'elle on n'entendait que des acclamations de joie , on ne voyait que des larmes d'attendrissement et daiuour. Sire, ni votre peuple, ni Votre Majesté, n'oublieront jamais ce grand jour; c'est le plus beau de la monarchie, c'est l'époque d'une alliance auguste et éternelle entre le monarque et le peuple. Ce trait est unique; il immortalise Votre Majesté. J'ai vu ce beau jour; et comme si tous les bonheurs étaient faits pour moi, la première fonction de la place où m'a conduit le vœu de mes concitoyens est de vous porter l'expression de leur respect et de leur amour. »
Le roi est entré dans la grande salle de l'hôtel de ville à quatre heures vingt minutes, accompagné de MM. le duc de Villeroi, le maréchal de Beauveau , le duc de Villequier et le comte d'Estaing. Les cris de rice le roi! dont la salle a retenti jusqu'à ce que Sa Majesté fût placée sur son trône, avaient un caractère de bonheur et de sensibilité qu'aucunes paroles ne pourraient exprimer. M. Bailly a présenté au roi une cocarde semblable li celle que les citoyens ont adoptée. Sa Majesté l'a reçue et l'a tenue constamment à son chapeau. L'attendrissement dont Sa Majesté était pénétrée, s'est peint dans sa physionomie et dans tous ses mouvements, d'une manière qui ajoutait encore à l'i-motion des assistants.
Lorsqu'on a pu calmer ce tumulte, et qu'on a obtenu le silence, M. Moreau de Saint-Méry, président de l'assemblée des électeurs, a adressé au roi un discours où il a fait observer à Sa Majcsti' combien ce peuple, qui faisait éclater des transports si vrais et si universels, méritait peu qu'on eût osé calomnier ses intentions à l'égard de son roi. Sire, a-t-il dit, vous n'avez plus qu'à vous répéter cette grande et touchante véiité : le trône des rois n'est jamais plus solide que lorsqu'il a pour hase l'amour et la fidélité des peuples. A ce titre, le vôtre sera inébranlable.
M. Ethis de Corny, en qualité de procureur du roi de la ville, a pris la parole et a requis que, pour consacrer l'époque de ce grand jour, il fût élevé un monument à Louis XVI, régénérateur de la
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liberté publique, restaurateur de la prospérité nationale, le père du peuple français.
Le roi a voulu parler ; mais rt-motion trop forte dont il était pénétré, ne lui a pas permis de prononcer son discours. M. Bailly s'est approché de Sa Majesté, et après avoir reçu ses ordres, a dit que le roi était venu pour calmer les inquiétudes qui pouvaient encore subsister sur les dispositions qu'il avait fait connaître à la nation, et pour jouir de la présence et de l'amour de son peuple; que Sa Majesté désirait que la paix et le calme se rétablissent dans la capitale, que tout y rentrât dans l'ordre accoutumé, et que, s'il survenait quelque infraction aux lois, les coupables fussent livrés à la justice.
M. Bailly ayant dit ensuite que Sa Majesté permettait de parler, M. le comte de Lally-Tolendal s'est levé, et a dit :
« Eh bien! citoyens, êtes-vous satisfaits? Le voilà ce roi que vous demandiez à grands cris, et dont le nom seul excitait vos transports, lorsqu'il y a deux jours nous le proférions au milieu de vous. Jouissez de sa présence et de ses bienfaits. Voilà celui qui vous a rendu vos assemblées nationales, et qui veut les perpétuer. Voilà celui qui a voulu établir vos libertés, vos propriétés, sur des fondements inébranlables. Voilà celui qui vous a offert, pour aiusi dire, d'entrer avec lui en partage de son autorité, ne se réservant que celle qui lui est nécessaire pour votre bonheur, celle qui doit à jamais lui appartenir, et que vous-mêmes devez le conjurer de ne jamais perdre. Ah! qu'il recueille enfin des consolations; ijue .son cœur noble et pur emporte d'ici la paix dont il est si digne; et puisque, surpassant les vertus de ses prédécesseurs, il a voulu placer sa puissance et sa grandeur dans notre amour, n'être obéi que par l'amour, n'être gardé que par l'amour, ne soyons ni moins sensibles ni moins généreux que notre roi, et prouvons-lui que même sa puissance, que même sa grandeur, ont plus gagné mille fois qu'elles n'ont sacrifié.
« Et vous, sire, permettez à un sujet qui n'est ni plus fidèle, ni plus dévoué que tous ceux qui vous environnent, mais (]ui l'est autant qu'aucun de ceux qui vous obéissent, permettez-lui d'élever sa voix vers vous, et de vous dire : Le voilà, ce peuple qui vous idolâtre, ce peuple que votre seule présence enivre, et dont les sentinuiuts pour votre personne sacrée ne peuvent jamais être l'objet d'uu doute. Regardez, sire, consolez-vous en regardant tous ces citoyens de votre capitale. Voytiz leurs yeux, écoutez leurs voix; pénétrez dans leurs cœurs, (|ui volent au-devant de vous. Il n'es pas ici un seul homme qui ne suit prêt à verser pour vous, pour