I.K ROI A l'vnis. -il
votre autorité légitime, jusqu'à la deriiit-re goutte de son sang. Non, sire, cotte génération de Français n'est pas assez malheureuse pour qu'il lui ait été réservé de démentir (piatorze siècles de fidélité. Nous péririons tous, s'il le fallait, pour défendre un trône qui nous est aussi sacré qu'à vous et à raugusle famille qui; nous y avons placée il y a huit cents ans. Croyez, sire, croyez que nous n'avons jamais porté à votre cœur une atteinte douloureuse qui n'ait déchiré le nôtre; qu'au milieu des calamités publiques, c'en est une de vous aflliger, même par une plainte qui vous avertit, qui vous implore, et qui ne vous accuse jamais. Enfin, tous les chagrins vont disparaître, tous les troubles vont s'apaiser. Un seul mot de votre bouche a tout calmé. Notre vertueux roi a rappelé ses vertueux conseils. Périssent les ennemis publics qui voudraient encore semer la division entre la nation et son chef! Roi, sujets, citoyens, confondons nos cœurs, nos vœux, nos efforts, et déployons aux yeux de l'univers le spectacle magnifique d'une de ses plus belles nations, libre, heureuse, triomphante sous un roi juste, chéri, révéré, qui, ne devant plus rien à la force, devra tout à ses vertus et à son amour. »
Ces divers discours ont été interrompus à chacun des traits qui exprimaient les dispositions du peuple à l'égard de son roi, par les acclamations de toute l'assemblée.
Le roi, toujours plus ému, a pu à peine proférer ces parole?, qui ont été répétées : Mon peuple peut toujours compter sur mon amour.
La séance étant terminée, le roi s'est montré par une fenêtre à un peuple innombrable rassemblé sur la place de Grève, à toutes les fenêtres, et qui couvrait tous les toits. Les cris universels de vive le roi! ont retenti de toutes parts.
Sa Majesté est ressortie de l'hôtel de ville, et a retrouvé sur son passage les mêmes transports d'amour et de joie. «
A la séance du 18, l'assemblée nationale eut à s'occuper des ouvriers qui avaient pris la Bastille.
M. Bessin, procureur au Chàtelet, commandant la garde bourgeoise du district de Saint-Merry, est introduit dans l'assemblée, et lui adresse la parole en faveur des malheureux habitants du faubourg Saint-Antoine, qui, depuis cinq jours quils avaient quitté leurs travaux pour la patrie, étaient sans pain.
Messieurs, s'écrie M. Bessin, vous êtes les sauveurs de la patrie, mais vous-mêmes, vous avez des sauveurs !... Ce sont les hommes intrépides qui viennent de prendre la Bastille.
Ces premières paroles fixent l'attention de l'assemblée. Elle
as (juillet ITSit) ASSRMHLÉK NATIONALE.
écoute avec intérêt le récit que l'ail Toraleur des actions courageuses des habitants du faubourg Saint-Antoine; il expose ensuite avec cbaleur les besoins urgents qui les tourmentent, et le premier, il excite la générosité des représentants de la nation, en déposant sa bourse sur le bureau, pour soulager, à rinslant même, celte partie des vainqueurs de la Bastille.
M. l'archevêque de Paris appuie fortement les représentations de M. Bessin.
M. le président invite les membres qui composent la députalion de Paris à se réunir pour délibérer sur les moyens de procurer aux ouvriers du faubourg Saint-Antoine les secours dont ils ont besoin. En elTet, une souscription volontaire fut ouverte parmi les membres de la députalion, et produisit 4o, 000 livres. M. de Juigné, archevêque, donna pour sa part 20,000 livres.
Le même jour, la commune prenait farrêté suivant :
L'assemblée arrête : « Que les ouvriers sont invités à reprendre leurs travaux, et qu'en rapportant un certificat de leurs maîtres, ou chefs d'ateliers, portant qu'ils ont repris leurs travaux, et un certificat du district portant qu'ils ont déposé leurs armes dans le dépôt indiqué par le district, il leur sera payé une somme de 1) livres, savoir : dans trois jours, à compter du présent arrêté, (î livres à ceux qui auront rapporté une arme à feu, et 5 livres à ceux qui n'auront pas rapporté une arme h feu; et, huitaine après, les ô hvres restantes à chaque ouvrier sans distinction. L'assemblée déclare s'en rapporter à la prudence des districts à l'égard des ouvriers journaliers et autres qui, n'ayant aucun maître, aucun chef d'atelier, seront dans l'impossibilité de rapporter un certificat de reprise de travail. La présente proclamation sera imprimée et affichée. »
Le mouvement insurrectionnel était terminé. Mais une vive effervescence régnait encore. Le J8, le peuple saisit à la porte même de l'assembli'e nationale deux hussards el voulut les pendre. Ils ne furent sauvi's que par l'intervention de l'assemblée. A Paris, on mettait déjà en doute le patriotisme des éh'oleurs. Le 18, ceux-ci renvoyèrent devant la justice un nouuué Duhamel, arrêté au Palais-Royal lorsipie, monli' sur une chaise et environiié de la foule, il déclamait contre l'aristocratie de l'Iiùlel de ville. En même li-mps, on apprenait diveis soulèvements qui avaient lieu eu province, et déjà l'assemblée avait été forcée d'mtervenir elle-môme (17 et 18 juillet), pour apaiser un mouvement qui avait éclaté aux portes de Versailles, à Poissy.
MOL'VEMENTS DA>S LKS l'UOVINTKS. il!l
Chap. 11. — Hett-nlissoment des evenom''ms cio i'.iris nans ios pruviiiccs. — L.i bourgeoisie s'organise. — Troubles de Rennes, de Grenoble, de Lyon, de Caen, do Strasbourg', de Verdun. — Première? manifestations contre les châteaux.
Rennes. — La nouvelle du renvoi de M. Necker excita à Rennes le mémo mouvement qu'à Paris : on l'apprit le lo. Le 10, la jeunesse pilla les maizasins d'armes. M. Langeron, commandant de la ville, lit prendre les armes aux troupes. Elles se composaient de trois régiments d'infanterie, Artois, Ile-de-France et Lorraine, avec leurs canons, et des dragons d'Orléans ; mais elles refu.<(irent de charger, et se mêlèrent à la population. Un jeune homme, nommé Sevushe, fut promu au commandement de la force armée. Une assemblée populaire prit le gouvernement de la ville, et l'on s'occupa sur-le-champ de rechercher les magasins de blé. On continua cependant à reconnaître M. Thiars comme commandant de la province. {Mouvelles dc' Bretagne, brochure du 21 juillet. — Relation de ce qui s'est passé à Rennes lors du renvoi de M. A'ecker.)
Sainl-Mah. — La jeunesse s'assembla et s'organisa poujF marcher au secours de l'assemblée nationale ; et les troupes Refusant d'agir, les insurgés se trouvèrent maîtres de la ville.
Grenoble. — Le LS juillet, les citoyens de tous les ordres s'assemblèrent dans l'église Saint- Louis ; et, après avoir protesté contre le renvoi des ministres et les intentions de la cour, ils déclarèrent que le payement des impôts serait suspendu du jour où la moindre atteinte serait portée à la liberté de l'assemblée nationale. Ils ordonnèrent que cet arrêté serait adressé à l'assemblée, au duc d'Orléans, au gouverneur, et à toutes les villes et bourgs de la province. Nous avons cet arrêté sous les yeux. Les premiers signataires sont Sauoye, chanoine de la cathédrale ; Ilelie, curé de Saint-Hugues ; Reval, consul ; Botur, syndic général du commerce ; Allemand- Dulauron, procureur du roi, etc.
Ujon. — Le commencement du mois avait été signalé par un engagement de la population avec les troupes. Le peuple, affamé et irrité parce que, dans une fête qui avait eu lieu les 2 et 3, à l'occasion de la réunion des trois ordres, la bourgeoisie avait élevé un mai devant l'hôtel du commandant de la ville, avec cette devise , Cices, dilecto cici, le peuple renversa ce mai pendant la nuit, désarma les troupes éparses dans le corps de garde, et alla attaquer la barrière Saint-Clair et le bureau des Fermes. On (il marcher des dragons sur le rassemblement principal ; les troupes tirent feu, le peuple résista. Il y eut de part et d'autre dos morts et des blessés.
4;2(» '^JUILLET 1789) ASSEMBLKE N.VTIONALIi.
Eiiliii les dragons se retirèrent sur la Croix-Rousse, et la nuit ramena le calme.
A la nouvelle du renvoi des ministres, les trois ordres s'assemblèrent, protestèrent contrejla conduite du gouvernement, et rédigèrent une adresse à rassemblée.
— La plupart des villes obéirent successivement au mouvement. Partout, même dans les campagnes, on s'arma, on se forma en milice bourgeoise, on établit des corps de garde. Partout on essaya de faire quelque cbose dans Tinlérèt conunun ; mais partout aussi hi préoccupation de la famine se mêla à ce soulèvement, et lui imprima un caractère particulier. Le premier soulèvement fut uniquement patriotique ; le second fut intéressé : il fut dirigé contre les accapareurs.
A Caen, à la première nouvelle de la révolution, tous les citoyens arborèrent la cocarde ; on prit la citadelle, on s'empara des armes, on força lu tour Levi, «prison d'un de ces odieux tribunaux connus sous le nom de commissions, où des juges stipendiés par la ferme renfermaient des mallieureux qu'ils envoyaient aux galères ou au gibet, pour avoir vendu à un prix modique ce sel que l'avare ignorance du gouvernement contraignait d'acheter pour ainsi dire au poids de l'or. » Mais la fureur du peuple menaça bientôt les papiers, les maisons et les employés des agents du lise. Dans cette extrémité, les officiers municipaux ordonnèrent une diminution sur le prix du pain, formèrent une garde bourgeoise, et tout rentra dans l'ordre.
Peu de jours après, quelques soldats du régiment d'Artois, en garnison à Rennes, se rendirent à Caen. Ils étaient décorés d'une médaille, récompense honorable de leur dévouement à la cause commune. Quelques soldais du régiment de Ikuubon insidlèrent ces patriotes, qui étaient sans armes; et, après un combat inégal, mais sanglant, leur arrachèrent leurs médailles. Les vaincus font retentir la ville de leurs plaintes. On accuse M. de Bol/.unce, major en second de ce régiment, d'avoir excité ses guerriers, par l'appât d'une récompense, à cette odieuse et lâche expédition. Le peu[ile indigné court aux armes et à la vengeance. Le régiment de Bourbon se renferme dans les casernes. A l'enln-e de la nuit, un piquel de grenadiers tente de s'emparer du pont de Vaucelles. La sentinelle bourgeoise fait feu, et crie aux armes. A l'instant le tocsin sonne, les habitants même des campagnes accourent; et k minuit, plus de vingt mille hommes, avec du canon, investissent le (inarlifr.
Les olliciers municipaux et ceux du régiment, désuanl itrévcnir
MOI VEMKMS DANS Li;S PKltVINCKS. 4:21
le carnage, entrent en pourparlers. M. de Belzunce proleste de son innocence et oITre de. se rendre à riiôtel de ville pour donner des preuves convaincantes.
Le régiment demande des otages : on les donne, et rinforluné major se livre courageusement à la mullilude. La garde nationale l'environne et le conduit à la citadelle, dans l'espoir de le sauver, Cependant M. d'Harcourt, commandant de la province, envoie ordre au régiment de sortir de la ville, persuadé que son départ pourra contribuer à ramener le calme.
La paix semblait renaître, et la bonne intellii^ence était tellement rétablie, (jue les otages de la bourgeoisie lui avaient été rendus. Mais le régiment était à peine hors de la ville, que la sédition éclate avec urie nouvelle fureur. Le peuple, dans un de ces mouvements rapides contre lesquels la force et la prudence humaine sont impuissantes, se porte subitement à la citadelle, y pénètre , malgréles effortsde la garde nationale, s'empare de M. de Belzunce, le traîne sur la place de riIôtel-de-Ville, et le tue à coup de fusil. (Mont t.)
A Poissy, il y eut un soulèvement contre un houune soupçonné d'accaparement. Il fut sauvé par une dépulalion de l'assemblée nationale, et conduit dans les prisons de Versailles. Cette affaire occupa deux séances de l'assemblée.
A Saint -Germain- en-Laxje, un meunier, nommé Sauvage, eut la tète tranchée.
A Pontûisc, l'insurrection pour les grains fut arrêtée par la présence d'un régiment qui revenait de Paris.
A Rouen, il y eut un soulèvement dans lequel quelques personnes périrent. Tous les habitants coururent aux armes.
Au Hacre, les habitants ayant appris que quatre cents hussards avaient été embarqués à Honlleur pour venir renforcer la garnison de la ville, attaquèrent l'arsenal de la marine, forcèrent les portes, s'armèrent, pointèrent des canons sur la jetée et forcèrent les vaisseaux, porteurs des hussards, à se retirer.
A Dijon, la fermentation fut extrême. Le commandant de la place fut un moment au pouvoir d'un rassemblement : il fut sauvé par la bourgeoisie qui avait pris les armes.
A Bordeaux, toute la population sortit sur la place, et prit les armes. Les électeurs se réunirent et prirent le commandement de la ville. Les clefs du château Trompette leur furent remises par l'ofhcier qui le commandait. La garde nationale fut organisée. En Franche-Comlé, plusieurs châteaux furent pillés. En Flandre, les bureaux de douanes furent renversés.
422 (jUILLIiT ]780) ASSEMBLÉK NATIONALE.
A Strasbourg, on célébra par une illumination, dans la nuii an 10 au 20, les événements de Paris. Au milieu de la joie universelle, qucl(|ues attroupements menacèrent les liolels des magistrats les plus détestés : ils furent dissipés par des détacliements de la garnison.
Le lundi, 20, diverses députations de la bourgeoisie vinrent demander la remise des droits sur la viande, l'admission d'un comité de citoyens à Thôlel de ville , la formation des districts et d'une milice urbaine, etc. Le commandant de la place appuyait ces demandes ; mais le conseil de la ville les ajourna par des objections.
Le n)ardi , un rassemblement attaqua Tliôtel de ville, pilla les archives, et saccagea ce palais. Le même rassemblement attaqua divers hôtels, et les mit, dit-on, à contribution. La bourgeoisie s'était retirée de la place publiffue, et s'occupait à s'organiser. Cependant, le rassemblement fut facilement dissipé par les troupes, sans qu'il lût même tiré un seul coup de fusil.
Le mercredi, la bourgeoisie se trouva organisée et armée, et prit part au service de la place. Quatre cents malheureux furent arrêtés dans les rassemblements qui s'étaient formés de nouveau.
Quehjues jours après, les soldats reçurent une gralilicalion, destini'e à les dédommager de leurs fatigues piécédentes. Ils se mêlèrent avec le peuple dans les lieux publics, et allèrent de là briser les prisons où l'on avait enfermé ceux qui avaient été arrêtés le mercredi précédent. Pendant vingt-quatre heures, il ne fut pas possible aux officiers de ramener la discipline : les soldats étaient dans les rues, fraternisant avec le peuple. Quelques désordres furent commis, sans doute, dans l'ardeur de l'ivresse. Eiiliii celte ardeur se calma; le régiment de Darmslad fut seul puni; un l'envoya quelques jours camper hors des remparts.
En Dauphiné, d'après une brochure qui a pour tilre les Inmiiliaircs du Dauphiné, ou los Enni'mit; des Grands, dans les pivmier^ jours d'août, une ou plusieurs bandes parcouraient les campagnes et incendiaient les châteaux. A Meziu, 1'- château fut respecté, par ce (p»e les hrùjands le trouvèrent hahiti' par une dame au lit, et ses trois enfants; ils se bornèrent à brûler les archives féodales.
En Aiivprynr, dans le même temps, le bruit d'une pareille incursion lit prendre les armes à toutes les campagnes. [Lctlrradrcssée au comité permanent ).
A Verdun, le 2.*) juillet, le peuple se transporta à la citadelle et alla demander des armes au gouverneur ; celte demande fut vaine-