PREFACE
C'est à celte occasion que, sans se soucier de répondre à cette prétentieuse jactance, Gambetta prononça, au Corps législatif, dans la séance du 5 avril, sur le suffrage universel et son identité avec l'institution républicaine, un discours qui fut un événement en France et en Europe, et que beaucoup de bons esprits considèrent encore aujourd'hui comme Tun des plus puissants qui soient sortis de sa bouche élo« quente. Quoi qu'il en soit, il fit ce qu'il avait annoncé : il démontra Tincompatibilité du suffrage universel avec la monarchie.
La plus vive agitation régnait dans les esprits.
Le Sénat vota les 45 articles du sénatus-consulte, le 20 avril.
Le plébiscite fut indiqué au 8 mai.
La formule en était ainsi conçue : « Le peuple approuve les réformes opérées dans la Constitution depuis 4860 par l'Empereur avec le concours des grands Corps de l'État, et ratifie le sénatus-consulte du 20 avril i870. >
Pour imprimer plus de solennité à ce que l'on appelait alors la consultation du pays, Napoléon III crut devoir s'adresser en personne à la France, dans un manifeste où il disait : c Donnez-moi une nouvelle preuve de confiance, en apportant au scrutin un vote affirmatif ; vous conjurerez les menaces de la Révolution ; vous assoirez sur une base solide la liberté, et vous rendrez plus facile, dans l'avenir, la transmission de la couronne à mon fils. »
La question dynastique était ainsi nettement posée, et Ton put voir alors que le prétendu « Empire libéral » n'était qu'un mensonge.
Deux comités généraux, assistés de nombreux comités locaux, se fondèrent à Paris. Tous rivalisèrent d'ardeur pour exciter les électeurs, l'un à voter oui, l'autre h voter non.
Le comité républicain, établi rue de la Sourdière, à Paris, se composait des députés de Paris et des départements inscrits à la réunion extra-parlementaire qui portait ce nom, et des rédacteurs en chef des journaux républicains de la ca* pitale. Une propagande très active fut organisée. C'est par milliers que partaient tous les soirs des exemplaires des feuilles imprimées à Paris, où l'on discutait le plébiscite au point de vue du droit républicain et de ses conséquences inévitables. Un nouveau blanc-seing, donné au pouvoir personnel, c'était la France remise sous le joug. Et alors, o ù irait- on ?
C'est à la demande du comité de la rue de la Sourdière qu'a été composé le petit écrit réimprimé ci-après.
Il portait le titre de petite HisTOiRE du second empire, utile à lire avant le vote du plébiscite ; il fut tiré à 320 mille exemplaires, du même format que le grand discours prononcé par Gambetta, dans la séance du Corps législatif du 5 avril ; il fut discuté et distribué, en même temps que ce discours, par les mêmes agents et grâce au fonds de cent mille francs que M. Henri Cernuschi avait mis généreusement à la disposition du comité.
Nul ne s'étonnera de me voir rappeler ces détails avec quelque complaisance. Ils comptent parmi les plus chers et les plus mélancoliques souvenirs de ma vie. Tout noire parti sait quels liens anciens d'étroite affection m'unissaient à Gambetta^ mais le nombre diminue tous les jours de ceux qui savent que Gambetta et moi, nous avons été associes depuis 1861, par notre confiance la plus entière l'un dans l'autre et dans les mêmes idées, attachés tous les deux au service de la même cause, celle de la République fondée sur le suffrage universel, et que jamais, dans aucune occasion, avant comme après 1870, nous ne nous sommes séparés. Ce petit écrit a donc eu l'approbation de Gambetta, et c'est lui qui Ta fait répandre. Son grand et indulgent esprit y trouvait — m'est- il permis de le dire? — des qualités d'impartialité, de sang- froid politique et de sagacité dans les jugements, qui ont été pour moi de précieux encouragements dans toute ma carrière. Je dis ces choses avec fierté et reconnaissance.
La Petite Histoire du second Empire est réimprimée dans ce volume, pour la première fois, depuis vingt ans. La menue plaquette de 1870 est aujourd'hui introuvable. La présente réimpression, a été faite sur mon manuscrit de Tépoque, et telle que la brochure a paru en première édition, sauf quelques corrections de forme tout à fait insignifiantes.
Les mots : utile à lire avant le vote du plébiscite^ omis aujourd'hui, avaient été ajoutés en avril 1870 au titre principal, afin de faire de ce court opuscule un instrument de propa* gande, affranchi de tous droits, et jouissant de la liberté relative qui était à ce moment accordée aux écrits de circonstance.
C'est pourquoi également elle était précédée de l'adresse suivante aux électeurs :