‹ Histoire parlementaire de la Seconde République: suivie d'une petite histoire du Second EmpireChapitre 4 sur 19 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

d'étonnant. Certes, je ne voudrais pas dire que Texpérience de ces vingt dernières années ne m'a point instruit. Mais enfin, quand j'écrivais, à la fin de TEmpire, riiistoire de la réaction à jamais déplorable des années 1840 à 4851, mes opinions étaient déjà faites et arrêtées, sans quoi, j'ose l'assurer, je ne me serais pas permis de porter un jugement sur les hommes et les choses de cette triste époque. C'est même, est-il besoin de l'ajouter ? pour bien faire voir que, dès ce temps-là, ma manière de voir et de comprendre les intérêts politiques du parti républicain était fixée dans mon esprit, que l'idée m'est venue de publier de nouveau, après plus de vingt ans, un travail entrepris dans des temps de lutte, et mis au jour à cette époque, à la satisfaction de mes amis.

On verra donc ici que ce n'est pas seulement depuis la fatale guerre de 1870, mais bien avant la chute de l'Empire que, d'accord avec mon cher et glorieux Gambetta, dont les conseils m'ont si souvent éclairé, nous avons considéré la politique d'action par le suffrage universel comme la politique nécessaire du parti républicain ; que nous avons commencé à parler et à écrire sur l'union indispensable de tous les républicains pour tenir tête à nos adversaires et faire triompher notre cause; enfin, que nous avons adopté pour méthode, dans ce domaine essentiel du relatif qui s'appelle la politique, l'expérience et le bon sens : l'expérience qui tient compte des faits du passé, des circonstances du présent, des passions des hommes et même de leurs préjugés; le bon sens qui se refuse à poursuivre l'éternelle chimère des conceptions à priori, des utopies, même généreuses, et surtout de cette fameuse logique à outrance, qui étoufïe la raison sous les artifices captieux du raisonnement, et qui trop souvent mène ceux qui s'en laissent enivrer à

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se casser la tète contre le mur des obstacles qu'il s'agit de renverser.

Au reste, ce n'est pas là le seul ni même le principal objet que je me suis proposé en écrivant ce petit livre.

Mieux que personne je sais que le titre qu'il porte est trop ambitieux. Ce n'est pas une histoire parlementaire vraiment complète des deux Assemblées de la République de 1848, qui peut tenir en trois cents pages : il y faudrait des volumes, que je n'ai ni le temps ni les moyens d'écrire. Que Ton veuille bien remarquer d'ailleurs que, si je donne à ce trop court abrégé le nom d'Histoire parlementaire, c'est pour indiquer, dès le premier regard, que, dans ce livre, on ne trouvera rien ou presque rien qui se Jrappôrte aux événements si graves dont cette période de l'histoire de notre siècle est remplie, tant en France qu'au dehors. Il n'y a ici queï de la politique intérieure, et de la politique faite dans l'enceinte ou autour des assemblées républicaines : c'est en ce sens que ce résumé d'histoire est appelé parlementaire, et véritablement il n'y avait pas d'autre nom à lui donner.

Mais ce petit ouvrage est comme tous ceux que j'ai publiés; avant d'être un livre d'histoire, c'est un livre d'enseignement. Il a été composé et rédigé en vue, sinon d'apprendre quelque chose à ceux qui le liront, au moins de remettre devant leur esprit des événements, des questions et des idées sur lesquelles on ne saurait trop revenir et réfléchir, quand on appartient à la démocratie républicaine. Ce n'est pas pour faire œuvre de littérature historique, mais pour contribuer à l'éducation de mon parti que ce livre a été écrit. On n'y trouvera pas la plus légère trace de ce que l'on appelle la vanité littéraire ou l'amour-

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