Coi'LST Chkistie, op. cil., p. i
a . Cet arrêt du sénéchal de Lyon est mentionné dans l'arrêt du Parlement de Paris du i août i546.
judiciaire qui n'était que suspendue, Dolet montra la plus noire ingratitude à l'égard des amis qui l'avaient tire de prison, et, d'autre part, il publia, en 1538, une ode très violente contre le sénéchal, qui fut plus que jamais son ennemi et guetU l'occasion de le reprendre pour ne plus le lâcher. .
Elle ne tarda pas à lui être fournie par Dolet lui-même. A son arrivée à Lyon, comme employé de l'imprimerie de Gryphius, Dolet avait été accueilli avec faveur par les imprimeurs de la ville. Lorsque, le 1" mai 1535, ils fêtèrent, par la plantaUon d'un arbre de mai, le gouverneur de Lyon, Pompone de Trivulce, ce fut à lui qu'ils demandèrent l'inscription d'usage '. Ces bonnes relations ne durèrent pas longtemps ; car, devenu lui-même imprimeur en 1538, il s'empressa d'injurier toute ]a corporation dans laquelle il prenait place : ce fut sa manière d'acquitter son droit d'entrée ! « Quelle négligence, quel manque de som montrent les imprimeurs ! écrivait-U dans ses Commentaires. Que de fois ils sont aveuglés et mis hors d état de travailler par la boisson I Quels ivrognes ! Avec quelle hardiesse, quelle témérité, quelle absence complète de raison ne font-ils pas des changements dans le texte... si Lien qu'on voit à peine un Uvre sortir des presses sans qu'il soit rempli de fautes •. . Après avoir cité ce passage, M. Copley Christie ajoute : « Il n'est pas impossible que la première parUe de ce passage vise certains imprimeurs de Lyon que les contemporains devaient facilement reconnaître. Ces typographes ne devaient pas être disposés i regarder d'un œil favorable un homme qui avait parle d'eux avec Unt de mépris », les traitant d'ivrognes et de saboteurs: et leur indignation était d'autant plus grande que cet étrange confrère devait sa situaUon à un privilège exceptionnel du roi. et qu'il n'avait pas accompU, avant
COPLFT, op. cit., p. jjg.
»Je devenir maître imprimeur, l'apprentissage prévu par les statuts.
Leur colère fut portée au comble lorsque le nouvel imprimeur excita contre eux leurs propres ouvriers qui, s'ils demandaient avec raison des salaires plus élevés et une meilleure nourriture, voulaient abusivement diminuer le nombre des apprentis, pour se constituer à eux-mêmes une sorte de monopole du travail.
Comme le sénéchal de Lyon, ils attendirent une occasion propice de se venger de ses injures. Il était dans la destinée de Dolet de fournir lui-même des armes aux ennemis que lui faisait son caractère haineux. Quoiqu'il fût toujours sous le coup de poursuites pour le meurtre de Compaing, et qu'il ne se trouvât qu'en tiherlé provisoire, il accumulait les inconséquences. Il appelait « cette brute de Béda » , le meilleur ami du président de ce Parlement de Paris qui pouvait, à tout instant, reprendre les poursuites suspendues. Dans SCS épigrammes, il lançait les pires injures contre la Sorbonne, contre les moines qu'il déclarait « propres à rien sinon au crime et au vice », il éditait une série de livres à tendances protestantes et, se mettant au-dessus des lois et des règlements, il publiait ces livres diffamatoires ou hérétiques sans les soumettre, au préalable, au sénéchal de Lyon ou au prévôt de Paris, comme lui en faisaient une obligation les règlements de l'imprimerie et le privilège même que lui avait accordé François I". Il diffama sans retenue et viola à son aise les lois, pendant Tois ans, couvert par la protection du roi et de ses amis ecclésiastiques, l'évêque Duchâlel et le cardinal de Tournon, gouverneur de Lyon. C'est ce que reconnaît M. Christie Copley : « Les trois années qui suivirent l'installation de Dolet comme imprimeur (1539, 1540, 1541) furent les plus heureuses et certainement les plus prospères de sa vie >. » Une seule fois, il reçut un avertissement discret de l'offi-
t. CoPLEi. ÈUenne Dolet, p. Ï78.
cialilé pour son Cato Christinnus et ses épigrammes; mais la vente de ces livres ne fut pas même suspendue '.
Ce furent les imprimeurs de Lyon qui mirent fin à cet état de choses. « Par ordre de l'inquisiteur général, mais à l'instigalion des iiiaHres imprimeurs et des libraires de Lyon, Dolet lut arrêté et incarcéré à l'archevêché. Ses confrères, pour le perdre, l'accusaient d'hérésie; et ce furent eux-mêmes qui soutinrent l'accusation et produisirent des témoins. Le 2 octobre, l'inquisiteur le reconnut coupable et le livra au bras séculier ; de son coté, Dolet interjeta appel au Parlement de Paris, devant lt<iue l'affaire allait se poursuivre.
Les débuts do ce procès nous suggèrent deux remarques :
1» Uolet l'encourut à cause des ennemis personnels que ses mauvais procédés lui avaient valus; car, sans la mise en demeure que lui fit la corporation des imprimeurs, l'Inquisition, qui lui avait jusqu'alors laissé toute liberté et même toute licence, ne l'aurait pas arrêté.
-2» A sa deman<le, il fut poursuivi par le Parlement de Paris — juridiction royale et séculière — et non par l'Église, dont les officialités et l'Inquisition ne jouèrent aucun rôle dans la snile du procès.
Sa captivité à Lyon (octobre lot2-juin 154-3} fut douce ; il y jouit d'un traitement qui n'est pas sans analogie avec celui de nos modernes détenus politiques. Il eut tous les moyens d'écrire et d'étudier. . Il passa son temps à préparer, dans l'intention de les publier, des .néraoires justificatifs personnels, en latin et en français, et à revoir et corriger sa traduction des trois premiers livres des 'fusculanes. Elle parut, tandis qu'il était encore incarcéré, accompagnée d'une épitre au roi(15 janvier 1543) *. »