‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 112 sur 201 · I. Ibid., p. 4i · texte numérisé non relu

I. Ibid., p. 4i

a. Cf. Procès d'Etienne Dolef, publié par Taill.vhdii REH en iSSf).

ïurait, entre autres choses, remontré, ainsi que présentement il nous fait, en toute son humilité et sincérité de cœur, qu'il n'avait voulu ni voulait soutenir aucune erreur, mais qu'il s'était toujours déclaré et déclarait lils d'obédience, voulant vivre et mourir comme un vrai chrétien et catholique devait faire, suivant la loi et la foi de ses prédécesseurs, sans adhérer à aucune secte nouvelle, ni contrevenir aux saints décrets et institutions de l'Église ; et quant à ce qu'il avait été enquis de l'âme, par sa même confession, opinion et résolution, telle que dessus, il entendait, comme encore il veut et entend, soutenir l'immortalité '. »

Humble dans ses paroles, Dolet montra, dans ses actes, cette hardiesse qui, plusieurs fois déjà, avait failli le perdre. Délivré en octobre 1543, il se faisait confisquer, dans les premiers jours de janvier 1544, un ballot de livres prohibés, imprimés, les uns par lui, les autres par des protestants de Genève, au moment où il essayait de les faire entrer par fraude à Paris '. Il fut arrêté le 6 janvier, mais le 8, on le laissait s'évader et il s'enfuyait en Piémont. Toujours audacieux, il osait revenir à Lyon où il imprima son Second Enfer et sa traduction de l'A.riocftMS de Platon, deux ouvrages qui allaient soulever de nouvelles tempêtes. Dans le premier, il attaquait le Parlement de Paris, sous les poursuites duquel il so

I . Ce n'est pas précisément là la confession d'un martyr, soit d.î la foi calviniste, soit de la Renaissance, comme le veutCtiristie, ioit de la Raison, comme le prétend H. Martin.

1. Dolet a attribué cet envoi aune machination de ses ennemis

qui l'auraient fait eux-mumes (

t auraient fait saisir le ballot ] amener un nouveau procès. Mais il n'en donne aucune prcuv» et nous savons par ailleurs le cas qui! faut faire de ses déclaralions souvent mensongères. M. Copley et ses autres délenseurs ajoutent foi i sa version ; mais n'apportent pas, eux non plus, la moindre preuve. Il nous semble que cette bravade cadre bien avec lattilude passée de Dolet et avec tous tel «ntécédenl».

trouvait ; dans le second, il s'affirmait matérialiste, alors que, six mois auparavant, pour obtenir la grâce du roi, il avait fait cette profession de foi en l'immortalité que François 1" avait visée dans ses lettres de rémission. On ne supporta pas ces nouvelles bravades : il fut arrêté de nouveau, le 7 septembre 1544; et cette fois, on ne lui permit pas de s'évader.

Cependant la famille du peintre Corapaing ne s-cl:iil pas résignée à la grâce que, par deux fois, le roi avait accordée à Dolet pour son assassinat. Elle ne pouvait pas demander la poursuite de ce crime, puisque les ordonnances du roi l'avaient aboli et qu'on ne pouvait pas instruire une poursuite après l'entérinement des lettres de grâce. Mais, fait remarquer M. l'abbé Mestelan » après Dalloz, « dans la vieille législation française, on pouvait attaquer un jugement, même rendu en dernier ressort, par la voie de la requête civile. C'était la répétition d'une antique disposition du droit romain que saint Louis avait consacrée dans ses Établissements. » Par conséquent, si la famille de Corapaing ne pouvait plus requérir une poursuite criminelle, il lui restait la ressource d'intenter une action civile, qui permettrait au tribunal de revenir sur l'assassinat commis par Dolet. C'est ce qu'elle fil, le jour même de l'arrestation de Dolet. Une requête fut présentée par Cliarlolte, femme de Jehan Mareault, et Jehan Corapaing peintre « par laquelle requête, dit le jugement de condamnation, et pour les causes y contenues, (dans le cas) où ledit Dolet prisonnier serait condamné à mort, que par arrêt de la dite Cour il fût dit que sur la confiscation qui pourrait être faite des biens dudit Dolet, serait préalablement prise la somme de ciuq cents livres tournois, adjugée aux dits demandeurs, aux dits noms, pour réparation civile de l'homicide et meurtre

1. L'Univers, 17 mai iSSy, article sur Etienne DuleL et le l'ailement.

ETIEaSE DOLET

commis par ledit Dolet en la personne de feu GuiUaunie Compaing, par sentence du sénéchal de Lyon ou son lieutenant ; et au cas où ledit Dolet serait trouvé innocent desdits cas à lui imposés, ordonner, avant que procéder au fait de son élargissement, que les dits demandeurs fussent ouïs pour leur dit intérêt à eux adjugé par ladite sentence, ladite requête mise au sac à part et datée du sixième jour de septembre 1 Ji4 *. »

Cette requête, visée spécialement par la condamnation, nous prouve que le procès eut simultanément un double caractère. Dolet fut poursuivi :

1" Par le Parlement, pour « blasphème et sédition et exposition de livres prohibés et damnés et autres cas par lui faits, et commis depuis la rémission, abolition et ampliation à lui données par le roi au mois de juin et premier jour d'août 1543 :

2^ Par la famille Compaing, pour l'assassinat commis par lui sur le peintre Compaing, le 31 décembre 1535.

Que, dans le procès qui se déroula du 6 septembre 1544 au 2 août 1546 et se termina, à cette dernière date, par la condamnation à mort de Dolet, l'assassinat de Compaing ait joué un rôle considérable, peut-être même capital, deux faits le prouvent d'une manière irréfutable :

1» La procédure. Dans l'ancien Parlement de Paris, au XVI» siècle comme au xviii», les affaires criminelles étaient jugées par la Tournelle criminelle. En effet, par une ordonnance d'avril 1515 -,Frani;oisI", voulant décharger la Grand Chambre du Parlement , avait institué défini, tivenient une Tournelle criminelle chargée exclusivement des cauges criminelles. Par conséquent, si Dolet n'avait eu à répondre que « de blasphèmes, séditions et expositions do livres prohibés et damnés », il aurait été justiciable de la Tournelle. Or, la sentence qui le condamna

I . TiiLLARDiER. Procà d'Élicnne Dolet, p. 35. a. Ordonnances de François I", loiuc I, p. igq.

BISTOIUE PAIITIALi:, UISIOIHË vhaIE. H

fut rédigée, « l'an mil cinq cent quarante-six, en la Grand' Chambre ', » ce qui prouve bien que son procès n'était pas simplement criminel, mais qu'il avait aussi un caractère civil. Or ce caractère civil lui fut donné paria requête civile de la famille Compaing.

2° La sentence. Elle accueille la demande « des dits Mareault et Compaing » et les « renvoie par devant ledit sénéchal de Lyon ou son lieutenant » pour obtenir leur réparation civile *.

Sans doute, on pourra objecter que la sentence du 2 août 1546 ne fait pas allusion à l'assassinat de Compaing, dans la partie où elle prononce la peine capitale. Régulièrement, en effet, elle ne le pouvait faire, puisque les lettres de rémission de François I" avaient aboli légalement ce crime, par une de ces entorses que l'absolutisme donnait parfois au cours de la justice ; mais on ne peut douter que cette affaire qu'ils ont eu à examiner au civil, n'ait exercé une grande influence sur l'esprit des juges et n'expUque en grande partie la sévérité de leur sentence. On peut donc dire que si, à la lettre, Dolet n'a pas été condamné pour son assassinat, il ne lui doit pas moins moralement la rigueur de la sentence qui l'a frappé.

Elle fut exécutée le lendemain même du jour où elle fut portée. Le 3 août 1546, Dolet fut conduit à la place Maubert « en un tombereau », et là « soulevé en une potence » : puis son corps « fut jeté et brûlé en un grand feu avec ses livres » pour « être mué et converti en cendres '. » C'est à dessein que nous empruntons à la sentence les mots que nous mettons entre guillemets, parce qu'ils nous permettent de détruire une autre légende qu'essaie d'acréditer la Libre-Pensée et qu'enseigne le manuel Calvet. Dolet, comme on le voit par ces

i. Taillandier. Procès d'Eliennc Doiet, p. 35 a. Ihid.. i>. 37-

S. ÏAILLA.MJIEH, Op.cit., p. 87.

ÉTIENNi: DOLET 850

mois, ne fut niilleincnt brûlé vif, ainsi que semble i'indiiHier le monument qui lui a été élevé place Maubert. Il a été pendu, et c'est seulement son corps qui, npri'S sa mori, a été mis au milieu du liûclier pour être brûlé. Son supplice a été une pendaison suivie, après la mort, de la crémation du cadavre.

.\près ce récit de la vie tt de la mort de Dolet, plusieurs conclusions s'imposent, contredisant les aflîrma- I ions mensongères de la Libre-Pensée et des manuels liiïiues.

Non, il n'est pas vrai que Dolet ait été la victime do l'Eglise calliolique et de ses prêtres ; d'eux il a reçu, dès ses jeunes années, aide et protection, argent et faveur; les évoques l'ont, à plusieurs reprises, sauvé de la prison et de la mort que lui avaient méritées ses délits et son crime.

.\'on, il n'est pas vrai que l'Eglise l'ait envo)'é à la mort. La potence de la place Maubert a été dressée par la juridiction civile et royale du Parlement ; et Dolet a été condamné pour avoir obstinément violé les lois civiles.

Non, il n'est pas vrai que Dolet soit un martyr. « Coupable de mort d'bomme et de dix années de désobéissance aux lois, ce n'est pas comme « athée relaps » que les magistrats frappèrent Dolet, mais comme récidiviste. Comment d'ailleurs pourrions-nous voir un martyr en ce sceptique qui appelait le martyre « folie », " entêtement ridicule », « obstination insupportable ».

Non, il n'est pas vrai que Dolet ait été le martyr de la Renaissance et de la Libre-Pensée ; car il a attaqué les maîtres les plus renommés de lu Renaissance : Erasme, Scaliger, Rabelais, Marot, et a perpétuellement renié ses propres pensées.

Non, il n'est pas vrai que Dolet ait été le martyr du protestantisme qu'il a ridiculisé, renié, bafoué et qui, par ).i parole de Calvin, l'a justement rejeté.

Ce qui est vrai, c'est que Dolet a été un aventurier des

lollrcs, un condottiere de la plume, comme la Kenaissauce en a produit tant, un émule de Valla de Pogge et de l-Aréliu, accablautses ennemis d'injures, trah.ssan ses amis, exploitantrEglise qu'il calomn.ail. se glonCaut lui-môme et considérant comme un rival quiconque grandissait à côté de lui. ,■,••„=

Ce qui est vrai, c'est qu'il a violé toutes les lois divmes et humaines, trahissant les dépôts les plus sacres, mjuriant tout le monde, se livrant aux pratiques les plus révoltantes de la débauche, semant partout la haine et la

discorde. . a • ,i« a;.

Ce qui est vrai enfin, c'est que, du jour ou, âge de dix neuf ans, il s'élevait dans ses discours contre le Parlement de Toulouse, jusqu'à celui où il fut arrêté, il fut sans cesse eu révolte ouverte contre les lois.

Voilà l'homme que nos manuels présentent comme un saint des temps nouveaux à la jeunesse qu'il faut enlever à l'Fglise. Voilà le « Monsieur, . comme dit Rabelais, que lu Libre-Pensée a pris pour patron, lui dressant un monument de bronze à Paris et l'auréolant de la gloire du

'""sôme la discorde, prodigue l'insulte, trahis tes amis, frappe les adversaires, traite les lois de ton pays comme si elles n'existaient pas, et ton nom sera honore parmi les hommes, déclare Dolet du haut de son socle . » \ oUa les leçons quedonnentles manuels « laïques . à la jeunesse, eu présentant à son admiration ce méprisable modèle .

biblioctrai'hie

lUcuKD Coi-LEï Ch^^tib: Etienne Dolet, le martyr de la ncnah

sance sa vie et sa mort, (ouvrage protestant, favorable a

Dolet; mais coatenantde curieux aveux). Paris, Fiscl.bachcr.

iS86.

. . Dû.Mic : US statues de l'aris, dan, la Revue des Vcux-Mondes,

i ievl«iubre i8«6<

éTirvxE noLET set

DuVAL AnsofLD, Élicnnc Dotfl, broch'irc ries « Questions aclaclles.o s. d.

P. GiLTiER : Etienne Dolet (partial pour Dolet). Paris, Flammarion, s. d.

DouMic : Les statues dt Paris, article de la Revue des Deux-Mond-3 du i5 septembre 1896.

Abbé Mestelah : Etienne Dolet et le Parlement. (L'Univers, 17 mai .S89I.

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