CHAPITRE X
Les campagnes au XV* et au XVI* siècle.
Af LABD et DcBiDOUH (Cours moyen, p. 03).
Les campagnes étaient devenues moins misérable».
Cours supérieur p. i4a.
Grâce à la paix intérieure, les campagnes n'étaient plus aui« misérablts iju'aa temps de Jean ie Bon ou de Charles Vl. Calvet (Cours préparatoire, p. 5(1).
Il tomba comme une pluie d'ur dans le pays; une petite plui» certes^... le peuple succombait sous le poids des impôts (p. 59). Devinât (Cour» moyen, p. 43).
Les bourgeois et le peuple n'ont aucune liberté.
Voici le tableau du paysan au xvi" siècle que noui trace M. Devinai (Cours moyen, p. 61) :
C'était un vrai miracle qu'il put vivre dons sa ferme. Il n'y arrivait qu'à force de dur travail. Il n'avait qu'une charrue lourde, mal faite, difficile à manier et qui ne faisait que gratter la terre Ses bœufs mal nourris étaient maigres et vite fatigués. Il laissait perdrele meilleur de son fumier et n'usait d'aucun autre engrais... Dans les meilleures années, son blé ne lui rapportait pas plus de six pour un. Combien plus heureux le paysan d'aujourd'hui t Gauthier et Deschamps (p. 67).
L'agriculture est encore purement routinière; car l'agriculteur est illettré.
ItOGiE et Despiques (Cour» moyen, p. 8^
Les paysans, accablés d'impôts, étaient châtiés i la moindre len' tative de révolte.
SOMMAIRE. — Grande prospérité des campagnes entre 1440 et 1560. — Popularité de Louis XII. — Familles nombreuses. — Division de la propriété - Associations pour la culture. — Importants défrichement». - Culture de la vigne, du froment. — Abondance et bas prix
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des denrées agricoles. — Prix du blé, du vin. — L'élevage. — La viande dans l'alimentation populaire. — Augmentation des prix de fermage. - Plus-value de la terre. — Atténuation du servage. — Diminution considérable des tailles, banalités et corvées. — Richesse et Indépendance du paysan au XVI» siècle.
L'un des nombreux manuels que la franc-maçonnerie a rétligés pour les écoles laï<iues, porte deux images curieuses. La première représente les campagnes sous IWncien Régime : un paysan en guenilles travaille péniblement sous un ciel chargé de nuages. La seconde représente les campagnes modernes : elles sont illuminées par un soleil radieux et sous un ciel pur, le cultivateur joyeux trace son sillon. Ces deux images sont ainsi juxtaposées pour inculquer, par les yeux, dans l'esprit des enfants trois idées simplistes qui leur feront détester les siècles qui ont précédé la Révolution et aimer ceux (pii l'ont suivie : 1° sous l'Ancien Régime, le ciel était toujours maussade; sous le Nouveau, il est toujours beau; 2" sous l'Ancien Régime, le paysan était toujours mal vêtu ; sous le Nouveau, il est élégant ; 3° sous l'Ancien Régime, il était toujours malheureux ; sous le Nouveau, il est toujours heureux.
(tn n'ose pas sans doute formuler la première de ces afTirraalions ; elle est trop grossière. On se contente de la suggérer par une image. Pour les autres, on est plus Lardi et, à propos de chaque période de notre histoire, on ne manque pas d'opposer la condition bieaheureuse des paysans d'aujourd'hui à la misère de ceux d'autrefois. Dans notre premier volume, nous avons montré combieu ces afTirmations tendancieuses sont fausses quand il s'agit du Moyen Age ; étudiant les salaires et comparant leur taux à la valeur des denrées, nous avons vu que le travailleur du xiii* siècle n'aurait eu rien à envier à celui du six».
Quoi qu'en pense M. Devinât, on peut faire la même constatation au xvi» siècle. Cet auteur de manuels prétend que les paysans de ce temps-là étaient misérables, tandis que ceux d'aujourd'hui sont heureux. Nous examinerons plus tard si la condition des populations agricoles de nos jours est aussi brillante qu'il le prétend ; qu'il nous suiïïse pour le moment de lui démontrer que les documents donnent un démenti formel à ses affirmations sur le xvi° siècle. Il prétend, sans d'ailleurs en donner la moindre preuve, que la misère régnait alors dans les campagnes ; les textes qu'apparemment il ignore, lui répondent que le xvi" siècle a apporlé aux populations rurales une prospérité agricole que pourraient souhaiter les paysans de nos jours.
Les aiBrmations de M. Devinât seraient vraies si elles s'appliquaient au milieu du xv" siècle. La guerre de Cent Ans laissait la France dans un état trop réel d'épuisement économique. Le Languedoc était alors « en une inestimable pauvreté, calamité, misère »; la campagne d'Agen était t tout en friches » ; à Nîmes, la moitié des ' maisons étaient vides et les murs d'enceinte tombaient en ruines. En Normandie, beaucoup de villages étaient détruits et en Champagne, de grandes étendues de terres restaient incultes. Ce qui inspira à Jeanne d'Arc sa « grande pitié » au royaume de France, ce fut la misère qui s'était étendue sur les campagnes dévastées des Marches do Lorraine.
Mais cet état de choses s'était modifié dans la seconde moitié du xv«siècle.Pend:intcettepériode,les guerres furent rares ; elles n'eurent lieu que sur des territoires fort restreints et se terminèi-ent rapidement. Les guerres d'Italie qui commencèrent avec Charles VIII, portèrent hors de France leurs ravages et ne nuisirent en rien au relèvement de l'agriculture nationale. Enfin, la sévère administration de Charles VII et de Louis XI, la soumission définitive de la féodalité à la royauté eurent pour effet d'abolir
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complètement les guerres privées et le brigandage, de faire régner dans les campagnes la paix et la sécurité S conditions indispensables de toute prospérité. Aussi, la France ne tarùa-t-.lle pas à se relever de ses ruines matérielles. . En moins de quarante ans, la misère de la guerre de Cent An? avait fait place à Taisance et à la richesse». Nos pères qui vécurent entre les guerres anglaises et les guerres religieuses furent heureux. On en a la preuve en pénétrant par « les livres de raison », qui sont venus jusqu'à nous, dans les intérieurs bourgeois et semi-ruraux des premières années du xvi' siècle. C'est dans l'histoire une joyeuse éclaircie que le règne de ce prince justement surnommé « le père du peuple », auquel ses sujets ne témoignent pas seulement de la sympathie, mais une affection presque mystique, une sorte de piété. Pour le laboureur, Louis XII incarne, symbolise le bienêtre dont on jouit sous son sceptre, bien-être dont une part lui est due. Lorsque ce roi traversa la Bourgogne, à son retour du Milanais, les paysans, abandonnant leurs
, L'historien de Louis XII. Claude de Seyssel, nous décrit ainsi la sécurité que fit régner, dans la France entière, le gouvernement de ce roi: «Le roi fit assembler les maréchaux et leurs prévûls, ensemble quelques-uns des capitaines et autres grands personnages, par l'avis desquels il fil lordonnance en défendant la pillerie aux gens d'armes. Laquelle il fit si rigoureu-ement garder mie par punitions d'un petit nombre des plus coupables, la pillerie fut tellement abattueque les gonsd-armesn'o.eraient plus prendre un œuf d'un paysan sans le payer. Et par ce moyen, rénova et restitua la discipline militaire, laquelle déjà était presque abolie. El voulut que les gens darmes M tinssent en leur garnison.» CtiODS DE Setssel, pp. 5 et 6.
Des mesures non moins énergiques furent prises contre les vagabonds, four à tour mendiants ou voleurs, qui étaient auparavant la terreur des paysan», (a. Ordonnances da rois de France. XXI, p. igS.) , ^ , . .
, d'Avenel. iristoire économiqae de la propriiU. des saUttres. des denrées el de loas les prix en général, de 1200 à 1800. 1. p. 336.
travaux, bordaient les chemins, les couvraient de verdure et faisaient retentir l'air d'acclamations. Après l'avoir vu dans un endroit, ils couraient à perdre haleine pour le contempler une seconde fois. Et ceux qui pouvaient parvenir à toucher ses bottes ou sa robe baisaient leurs mains d'une aussi grande dévotion que s'ils eussent louché une relique '. »
Cette popularité de Louis XII chez les populations rurales est la meilleure preuve de la prospérité que connurent les campagnes sous son règne. Ce n'est pas en effet du sein de la misère que les acclamations enthousiastes s'élèvent vers les princes et les gouvernements.
Nous avons d'ailleurs des signes évidents de ce bienêtre ; le premier, c'est le rapide accroissement de la population que l'on constate dans la France du xvi» siècle : « Elle n'est pas seulement un des pays les plus riches, dit M. Imbart de la Tour; elle est aussi l'un des mieux peuplés ; les familles de dix à douze enfants sont fréquentes, celks de sept à cinq sont la règle commune •. Les églises de villages devinrent de plus en plus petites pour une population sans cesse en progrès et on dut les reconstruire dans de plus grandes proportions, ou, tout au moins, les agrandir ; c'est ce que nous constatons en maints pays de la Champagne. Ailleurs, les villes et les bourgs éclatent dans leur enceinte et l'on doit élargir les remparts.
Ce qui montre bien que c'est la population rurale plutôt que l'urbaine qui croit dans d'aussi rapides proportions, c'est l'évolution de la terre qui se produit en même temps. Les grands domaines ecclésiastiques ou féodaux se partagent en lots que des roturiers louent ou acquièrent à titre définitif, et ainsi, la terre passe de plus en plus des classes privilégiées au peuple, t Comme les bourgeois
I . CoUBTÉPÉE. Description générale et purliciilirre du duché de Bourgogne, précédée de l'abrégé Aisic.riyue de cette province, l. 111.