CHAPITRE \n La Réforme
SOMMAIRE. — Partialité des manuels au sujet de la Réforme. — Union des protestants et des libres-penseurs contre les catholiques sur le terrain de rÉcole. — Ser- Tices réciproques que se rendent le protestantisme et la libre-pensée, — Ministres de l'Instruction publique protestants. — Promoteurs de la laïcisation protestants.
Les manuels scolaires condamnés par l'Église ont une tendance marquée à glorifier le prntestanlisme. Ils en exaltent la naissance et le représentent comme un succès lie l'i'sprit de libre examen, sur l'absolutisme du dogme Cdlbolique. Ils nous en décrivent les progrès comme des victoires de la Raison sur la superstition. Quiconque les a combattus est flétri et comme un apôtre de l'intolérance; quiconque les a aidés est considéré comme un artisan du progrès et de la civilisation. I. es grands défenseurs du catholicisme : les Guise, Charles-Quint, Philippe II. les Souverains Pontifes qui lui ont donné un renouveau de vie, au svi« siècle, tels <iue Pie IV, Pie V et Sixlc- Quint ne sont, à leurs yeux, que des fanatiques : les ppMpigaleurs du proteslanlisme, les princes tels que Henri Vlll, Misabelh. .Jeanne d'Albret, qui l'ont implaiilo par la persécution et la violence, sont présentés à la vénération des élèves comme des précurseur.* de la liberté de conscience. Les vertus des saints catholiques, comme saint Charles Borroraée, saint Ignace, saint François de Sales sont passées sous silence ; au contraire, on range païaii les héros de l'humanité et de !a patrie les grands
hommes du protestantisme, même lorsque, à l'exemple de Coligny, ils ont essayé de vendre leur pays à l'étranger!
Cette sympathie d'auteurs ennemis de toute religion en faveur des églises protestantes qui se réclament encore — quoique bien faiblement, il est vrai, — du cliristianisme, serait inexplicable, si l'on oubliait l'alliance qui s'est nouée, depuis plus de trente ans, sur le terrain scolaire, entre l'athéisme maçonnique et le protestantisme. L'auteur des lois qui proclament la laïcité de l'école, Jules Ferry, appartenait par toutes ses attaches au monde protestant, s'il n'était pas protestant lui-même. Son principal collaborateur dans son œuvre anticatholique, celui qui, pendant de longues années, a dirigé l'enseignement primaire pour le marquer d'un esprit de plus en plus laïque, et qui, de nos jours, s'est constitué le défenseur de l'athéisme à l'école, M. Buisson, est un protestant. La pluliart des ministres ou sous-secrétaires d'Etat, qui, depuis Ferry, ont dirigé l'instruction publique pour en faire une arme de plus en plus redoutable contre l'Eglise, MM. Chalamet (18Sl-18Si), Spuller (1887) (1893-1804), Bienvenu- Martin (1005-1906), Doumergue (1908-1910) et M. Steeg, de nos jours, ont été des protestants, quelques-uns même (ils de pasteurs. C'est encore à des protestants que l'on a le plus souvent confié la direction des écoles normales supérieures qui formaient les maîtres et les maîtresses de renseignement primaire : M. Pécaut a longtemps dirigé l'école de Fontenay. Enfin, en un temps où l'entrée de l'école catholique est, sous prétexte de neutralité, rigoureusement interdite aux prêtres catholiques, des pasteur» protestants sont appelés à donner des leçons de morale aux enfants des écoles laïques; c'est ainsi qu'à Saint- Ktienne, les enfants des écoles communales étaient conduites aux conférences de morale que donnait, au Ihé.'ilre, l'un des représentants les plus émineuls du protestantisme libéral.
LA REFORME ï»'
Il esl facile de saisir la raison de cette alliance hybride qui unit contre le catholicisme les négateurs du Christ et ceux qui s'inclinent encore avec respect devant lui. Toujours vivace sous des apparences édulcorces, le fanatisme huguenot poursuit sans cesse la destruction du catholicisme et, dans la République maçonnique, il a été heureux de trouver le bras séculier, sur lequel il compte pour gagner par la violence une prépondérance que trois siècles de propafranile ne lui ont pas donnée. D'autre part, les sectaires de la Libre-Pensée sont bien aises de demander au protestîintisme la transition habile et délicate qui leur permettra de faire passerles esprits populaires de la mentalité catholique aux négations radicales de l'athéisme et aux grossièretés du matérialisme. Celte morale chrétienne qu'ils croient encore nécessaire tant qu'ils n'auront pas élaboré la leur, il leur est commode de l'emprunter au protestantisme; car chez lui, elle n'a pas, comme chez le catholicisme, le support inébranlable du dogme. Appuyée sur une religiosité vague, pénétrée de rationalisme, elle cédera plus facilement la place à la morale athée, sans obligation ni sanction, que nous préparent, sous couleur de science, les loges maçonniques et la Libre Pensée.
Uniquement soucieux de la vérité, l'historien n'entre pas dans ces compromissions que sa conscience réprouve. Sans tenir compte des alliances passagères que l'opportunisme noue entre les partis les plus disparates, il e.xamine les faits à la lumière des textes et oppose à l'histoire partiale que fabriquent les politiciens. l'histoire vraie telle qu'elle résulte des recherches scientifiques. Nous ne suivrons pas d'autre méthode en examinant et en réfutant les assertions fausses ou mensongères que présentent les manuels condamnés sur l'histoire du protestantisme.