Helyot, t. m, p
». Sur saint Uernanlin <Jc Sienne, liru la belle biographie qu'« écrite M. Thureau-Dascim (farit Plou).
LA REFORME CATHOtlQUE AVAXT LUTHER
VI qui devait dans la suite le canoniser. Aidé de saint Jean de Capistran, il réforma tant de maisons franciscaines que, dès 1438, le général de l'Ordre, Guillaume de Casai, le délégua, avec le litre de commissaire, pour diriger l'Observance franciscaine italienne, devenue elle-même un Ordre au sein de l'Ordre des Mineurs; c'est qu'en effet, elle comprenait en Italie, du vivant de saint Bernardin, c'est-à-dire dans la première moitié du xV siècle, trois cents couvents de religieux et deux cents de religieuses tlarisses.
D'Italie, la Réforme pénétra dans plusieurs autres pays de l'Europe. En li'26, elle s'établit à Heidelberg et de là, elle gagna rapidement toute l'Allemagne, grâce à l'un des promoteurs les plus ardents de la Réforme de l'Église, le cardinal de Cusa. L'Observance arriva en Hongrie, on 1*27, et le bienheureux Jacques de la Marche la protégea en Bosnie, en 1430. En 14-34. le bienheureux Jean de Capistran envoya des franciscains réformés en Autriche, Bohême, Pologne, Hongrie, en même temps que le roi Jacques d'Ecosse les appelait dans son royaume. Au commencement du xvi« siècle (1506), l'ubservance franciscaine était devenue un Ordre considérable comprenant 1-214 couvents et plus de 30.000 religieux. Léon X lui continua la faveur que lui avait accordée tous ses prédécesseurs, puisque lorsqu'en 1517, il voulut établir l'union de toute la famille séraphique, il décida que le chet de l'Observance serait le chef suprême de tout l'Ordre des mineurs, plaçant sous sa dépendance le général des conventuels non réformés ».
Quoique poursuivant un idéal moins austère, l'Ordre bénédictin, lui aus.si, voulut se réformer, suivant l'exemple que lui donnaient les mendiants. En 1409, Louis Barbo, abbé ùe Sainte- Justine de Padoue, établit dans son
I Hergesroether. KirchenUxikon, t. IV, pp. i66o-iCC5, «rtlcU
FiantiS-anerorJen
n04 HISTOIHE PAnTlAI.E, IIISTOinE VRAIE
couvent les observances de la règle primitive, les dégageant de toutes les atténuations qu'avait apportées le relâchement des siècles passés. Bientôt, ses règlements furent adoptés par un grand nombre de couvents bénédictins ; s'unissant entre eux, ils formèrent la Congrégation de Sainte- Justine qui prit, en 1503, le nom de Congrégation du Mont-Cassin, lorsque cet illustre couvent, le plus ancien de l'Ordre, eut adopté la Réforme. Alors les bénédictins observants occultaient 190 monastères. Leur réforme avait pénétré en France par Lérins et le concile de Constance l'avait propagée en Allemagne, où elle devait prendre, au milieu du xv« siècle, un grand développement, grâce au cardinal de Cusa. Des religieux du Mont- Cassin allèrent reformer, en HVi. le monastère catalan de Montserrat ; et bientôt, grâce à la faveur de Ferdinand le Catholique, la réforme fut établie dans tous les couvents espagnols qui formèrent la Congrégation bénédictine de Valladolid, vers 1493 '.
Comme nous l'ont déjà prouvé certains faits, la France ne resta pas étrangère à ce grand mouvement de réforme monastique qui se poursuivit pendant tout le xv" siècle et au commencement du xvi". « Comme au x:° siècle, le premier des Ordres bénédictins, Cluny, donne l'exemple.... Avec ses abbés Jean de Bourbon, puis Jacques d'.\mboise, l'oeuvre de restauration commence. De 1481 à 1486, les chapitres généraux travaillent énergiquement ù la concentration des monastères.... Le lien corporatif rétabli, l'action réformiste pouvait s'étendre. Le chapitre <le 14î>4 avait prescrit une série d'enquêtes sur l'état de la congrégation. Celui de 1486 édicta toute une série de mesures pour la réforme de l'abbaye mère, la restauration de la règle, le retour aux lois saintes du jeûne, du silence, de la vie commune. De 1483 ù 1491, on commença à appliquer ces mesures aux filiales.... A son tour, le chapitre dol494
I. Kirchenlexikon.l. U, pp. 345-3J5, article Benediclinervrden.
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codifie toutes les mesures partielles et formule un statut d'ensemble. Organisation précise de la surveillance et des enquêtes : les visiteurs devront avant la Madeleine (2-i juillet) avoir inspecté tous les prieurés et monastères. Dans chacun d'eux, conformément à des instructions reçues d'avance, ils verront tout ; le nombre des religieux, la célébration des offices et des Heures, la décence du culte, l'entretien des édifices, dos maisons, des églises et des ornements, l'observation de la règle et la régularité des mœurs, la profession des moines et leur vie commune, ce qu'ils mangent, ce qu'ils boivent, ce qu'ils possèdent, s'ils résident ou s'ils s'absentent, bref tous les détails les plus minimes, comme la forme des habits, tous les meubles les plus intimes, comme le fond des armoires ou des eofjies. — Publication et application des articles de réforme ; l'enquête terminée, les visiteurs agiront. Ils rétabliront l'usage de la vie et de la propriété communes ; ils prescriront la clùliire aux couvents de femmes et dans les églises conventuelles, la séparation du cliœur et de la nef... Ils pourront excommunier et suspendre les abbés ou prieurs rebelles et se faire prêter main-forte par les commissaires royaux.... La plupart des grands monastères de l'Ordre :Montierneuf,Saint-Sulpice de Bourges, Figeac, Moissac, des prieurés comme Domène et La Charité sont aussi visités et réformés. » Et M. Imbart de la Tour termine ce tableau par une constatation fort précieuse : « On peui dire que, jusqu'à la veille de la Iléforme, malgré des résistances acharnées et des succès divers, l'activité réformiste de Cliiny ne se ralenlit pas un seul instant >. »
Les autres familles bénédiclines imitèrent l'exemple donné par Cluny. • 11 y a, écrivait Standonck le ■28 juin 148C, des commencements de rénovation chez les Bénédictins et les Ordres de même nature. » En effet, dans
I. Imbart dï h Toin. Les origines delà Héfonm . t, II, pp. 5oj- 6o3.
mStOlUE PÀRIHI.B, HISTOIKR VBMB *>
leur assemblée générale, qui se tint le 15 février 1494, et qui ne compta pas moins de quarante-huit abbés, les Cisterciens votèrent seize articles sur la réforme de leur Ordre. Ils y proscrivaient absolument les propriétés privées qui, dans certains couvents, s'étaient substituées à la pauvreté individuelle des moines et à la propriété conventuelle ; ils ordonnaient de former les novices « aux sciences comme aux bonnes raœurs et de diriger les plus capables vers les études générales de l'Ordre. . Ils ordonnaient enfin la tenue régulière des chapitres particuliers et généraux pour la surveillance des monastères et la correction des abus. L'abbaye de Tiron, après avoir adopté la réforme, rétendait à tous ses prieurés. Les chanoines réguliers de Saint-Victor la recevaient de leur côté de l'évêque de Paris, Jean Simon, qui rétablissait aussi les strictes observances dans plusieurs abbayes de femmes, en particulier à Gif et à Chelles.
Les Ordres mendiants durent accepter, en France, les réformes qui s'étaient multipliées dans leur sein dans l'Italie du xiV et du xv» siècle. Le Parlement de Paris essaya de faire passer aux Observautins tous les couvents franciscains. « Si une réforme aussi radicale se heurta à des oppositions irréductibles, elle aboutit cependant dans un grand nombre de cas particuliers, et une commission de frères mineurs fut nommée par le cardinal d'Amboise pour l'étendre à l'Ordre tout entier. Les frères Prêcheurs attirèrent aussi sur eux l'attention du cardinal d'Amboise qui les réforma, comme il avait fait les mineurs. Il en fut de même des Carmes. Quant aux Aiiguslins, ils durent h Jean Standonck de revenir à l'austérité et à la régularité de leurs origines.
Les congrégations et les communautés de femmes furent, elles aussi, réformées. A Fontevrault, la clôture fut rétablie et des visiteurs, munis par l'abbesse de pleins pou voirs, remirent en vigueur la règle dans toutes les dépendances et prieurés de cette abbaye. Ainsi fut fait dans
t,A RÉFORME CATÎIOLIQCC AVANT LI'THEn -Ml
les abbayes des religieuses de Montmartre, Roye, Toissy, Vieilmur, la Salvetat près Castres et beaucoup d'autres. « En quelques années, dit M. Imbartdela Tour, auqueinous empruntons tous ces faits et renseignements, la plupart des monastères de femmes araient été visités, réformés et relevés de leurs ruines. Neuf années de dictature ecelésiascique avaient ainsi propagé la réforme dans toute la France ». » Or, on ne saurait trop le faire remarquer, tous ces résultats étaient acquis vingt ans avant l'apparition deLvither et les premières origines de sa Réforme révolutionnaire.
Le clergé séculier avait suivi le même mouvement ; l'épiscopat en avait pris l'initiative. « Si l'Eglise gallicane n'avait pu se réunir, si, absorbés par leurs fondions politiques, un grand nombre de ses chefs n'avaient pas le tempsdègouverner et deréformerleursdioccses, quelquesuns au moins avaient compris que l'heure était venue de s'acquitter de cette tâche. Dans quelques villes, à Langres, Chartres, Nantes, Troyes, nous voyons des évoques convoquer des synodes, rédiger ou renouveler les statuts épiscopaux > ». Parmi ces évêques réformateurs, il faut mettre au premier rang d'Aubusson, évéque de Carcassonne, Salazar, archevêque de Sens, Simon, évéque de Paris, qui compléta les statuts de réforme commences par Etienne de Pencher, son prédécesseur, et était célébré, dans son épilaphe, comme l'espoir suprême de la cause de la réforme {quique reformandi spps erat itvn gregis); GeofTroi Herbert, évéque de Coutances, .jni, pendant son long épiscopat de trente-deux ans (1478-1.j10), édicta des stat'uts diocésains (1506) et se consacra avec tant de zèle au soin de son église qu'il supplia Louis XII de l'exempter de toute fonction temporelle' ; Luxembourg, évéque du