‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 142 sur 201 · jArtstiEN, t. Il, p. Agi · texte numérisé non relu

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soit publiquement, soit en secret, le rebeUe qu'il rencontre, et bien se persuader que rien n'est plus venimeux, plus pernicieux, plus diabolique qu'une révolte. 11 en est de lui comme d'un chien enragé; si tu ne l'abats pas, il te tuera et tous ceux de ton pays avec toi.... C'est pourquoi, chers seigneurs, disait-il aux nobles, déchalnez-nous, sauvez-nous, aidez-nous, exterminez, égorgez, et que celui qui en a le pouvoir agisse ' ! • Décidément il ne pardonnait pas à MUnzer et à ses partisans l'usage qu'ils avaient fait de leur « libre examen « et l'interprétation particulière qu'ils avaient donnée aux Saintes Écritures !

Ces interventions du bras séculier, cette répression féroce que Luther réclamait contre les dissidents prêtestanls du luthéranisme, U les invoquait, avec encore plus d'insistance, contrelecalholicisme,ses évéques,ses prêtres et ses fidèles. En 1526, il fit paraître son Avis et instruction sur la conduite que doivent tenir tous les chrétiens, supérieurs ou sujets ; il y invitait le pouvoir civil, sous quel- ([ue forme qu'il se présentât, à changer la constitution de l'Eglise, à abolir le catholicisme et à imposer de force la réforme luthérienne. Lorsque, en 1537, après la mort du duc Georges de Saxe, qui avait été toujours fidèle à l'Eglise, son successeur Henri se montra favorable à la Réformé, Luther lui fit un devoir d'abolir immédiatement dans .ses états « l'abomination romaine et l'idolâtrie papiste ». Il écrivait en juillet 153'.) : « Si le duc Georges a manifestement protégé le diable et condamné le Christ (ain'^i faisait-on, d'après lui, quand on était prince catholique), le duc Henri, lui, protégera le Christ et condamnera le diable ; car les princes, autant qu'ils le peuvent, doivent le plus vite possible abattre Baal et les idoles, à l'exemple des anciens rois de Juda et d'Israël, et plus récemment de Constantin, de Théodose etdeGraticn >. .

,. LcTBER. OBuvres complètes, t. XMV, rp- aSS-jgi. 1. jASSSBii, t. III, p. 43a.

Ce passage est d'une précision parfaite : d'après Luther, les catholiques étaient des idolâtres et les princes prolestants, protecteurs delà vraie doctrine chrétienne, devaient les traiter comme les prophètes d'Israël, SaOl et David, avaienttraité les Madianites.les Amalécites, les Philistins, c'est-à-dire les exterminer et les massacrer.

L'année même de sa mort, Luther essaya de soulever tous les princes contre la papauté en écrivant son traité : Contre la Papauté fondée à Rome par le diable. « Empereurs, rois, princes et seigneurs, que tous ceux qui peuvent attaquer s'unissent. Sachez que Dieu ne bénira pas la main paresseuse en cette affaire. Et d"abord qu'on reprenne a Paul III Rome, la Romagne, Urhin, Bologne et tout ce qui lui appartient comme pape.... On devrait se saisir de lui. des cardinaux, de tous ceux qui servent son culte iddiâtrique et Sa Sainteté prétendue, et, comme à de vils blasphémateurs, leur arracher à tous la langue du gosier, pour clouer, à la file, à la potence ces langues de mensonge, de la même façon dont ils suspendent à la file les sceaux de leurs bulles damnées ! Et combien ces châtiments seraient légers, en comparaison de leurs blasphèmes et de leurs idolâtries ! Ensuite, qu'on les laisse tenir un concile ou autant de conciles qu'il leur plaira sur la potence ou dans l'enfer, au milieu de tous les diables * ! ■ Ce passage méritait d'être cité, parce qu'il nous montre le fanatisme de Luther tournant à la rage et à l'hystérie !

Ses disciples ne se montrèrent pas plus tolérants que lui et s'empressèrent, comme lui, de faire appel contre les catholiques au bras séculier des princes protestants.

Dans son Histoire des Variations, Bossuet a loué « l'esprit modeste » de Mclanchtoa ; il l'a déclaré « le plus paisible de tous les hommes par son natureP >) Et en

I . Ce traité est publié danfc les Œuvres compUtet do Lutticr, t. XXVI, pp. io8aa8.

t. Bossuet, op. cit., t. 1V> p. iib

LES DOCTPaNES DE I.A REFORME <Sai

effet, à plusieurs reprises, Mélanchton déplora les grossièretés du langage de Luther et essaya de les prévenir. Or voici comment il s'exprime lui-mcnie, lui, le plus modéré des luthériens allemands du xvi> ?iècle ! A la diète d'Augsbourg, il réclamait des mesures de rigueur contre tout catholique qui resterait fidèle à son Eglise. « disant que le devoir de l'autorité temporelle était non seulement de proclamer la loi divine, mais encore de veillera son mainUen» ». Aux états de la Ligue protestante de Smalkalde, en 1537, Mélanchton réclama de tous les princes allemands la suppression parla force du culte catholique et rétablissement obligatoire du protestantisme, dans un mémoire qu'il signa avec Bucer, Juste Jonas, Bugenhagen et d'autres tliéologiens luthériens. « On ne peut mettre en doute, y disait-il, qu'à l'intérieur de ses états, l'autorité n'ait le devoir d'abolii le faux culte et d'établir la vraie religion... Aussi, nos princes et pouvoirs ont-ils fort bien fait d'abolir dans leurs territoires le faux culte (catholicisme) enraciné dans les abbayes et couvents placés sous leur iuridiction : ils ont parfaitement le droit de

confisquer les revenus de ces monastères Quanta ce

qui concerne les chapitres des grandes villes, les cités ont raison de rejeter de leur sein les prêtres idolâtres (entendez catholique?) elles persécuteurs de la véritable doctrine (protestante) >. « En 1540, à la réunion de la Ligue de Smalkalde. Mélanchton s'unit à tous les autres théologiens protestants pour exiger des catholiques de l'Empi'^e leur adhésion au luthéranisme. . Les catholiques navaient qu'un parti à prendre, disait sa déclaration : accepter et confesser purement et simplement la vraie doctrine.... Il n'y apasdc milieu, ajoutaient Mélanchton et SCS amis : U faut ou maintenir et fortifier l'idolâtrie, le blasphème. Terreur, l'impudicité et les autres vices (c'est

t. Corpos Beformalornm. t. IX, p. 77.

j. Jassses, t. m. p. y>'i-

par ces mots aimables qu'ils désignaient le catholicisme), ou se ranger franchement du côté de la confession d'Augbourg ; car le Cluist a dit : « Celui qui n'est pas avec moi, est contre moi. » Et l'on menaçait de la guerre civile les catholiques s'ils ne se soumettaient pas. La conversion ou la guerre, voilà le dilemme ou on les enfermait ! Mahomet et ses successeurs les kalifes n'avaient pas agi avec plus de fanatisme à l'égard des chrétiens, que Mélanchton et les autres prédicants à l'égard de l'Église. En attendant, les princes protestants devaient s'engager à faire disparaître de leurs états tout vestige de catholicisme. « Partout où les messes et abus scandaleux sont encore tolérés, écrivait Mélanchton, partout où cette tolérance a fortilié l'obstination des prêtres papistes, au grand scandale des pieux et bons chrétiens, tout membre de la Ligue est tenu, dans ses domaines, de taire disparaître le scandale le plus convenablement et équitablement qu'il se pourra, et de détruire les tabernacles, les custodes du Saint-Sacrement, les autels, les tableaux, les images*. » C'est ainsi que parlait « un modéré, » l'opportuniste du protestantisme allemand du xvi" siècle. Il ne faudra donc pas s'étonner qu'un Z>yingle ait regardé le massacre des évoques et des prêtres comme voulu de Dieu : « Je sui.s persuadé, écrivait-il, le 16 mai V626, que les évêques ne cesseront d'iiitiiguer, de ruser, de cabaler que lorsqu'ils auront rencontré un nouvel Elie chargé de faire pleuvoir les vengeances du Ciel sur leurs têtes. Aussi longtemps que la charité chrétienne, dans un louable sentiment d'espérance, nous commandera de les épargner, il faudra les laisser en paix; mais lorsque au contraire, cette même charité exigera leur extermination pour le salut général, il sera plus expédient d'arracher l'œil malade que de laisser périr tout le corps . H

I. Archives de Francfort. Actes de la Ligaede Smalkalde, t3 avril 15'iO, cités par Jansses, t. III, p. 467. i. Œuvres de Zwiiigle, t. VU, 174.

Un autre disciple de Luther, Bucer, est encore plus categoiique. « Comme le pape et les évêques, écrit-il dans ses Dialogues, mènent droit à Satan et à la damnation éternelle des populations innombrables, leur idolâtrie et leurs blasphèmes, qui dépassent tout ce qui a existé de plus odieux sur la terre, doivent être extirpés de tout l'Empire par la violence, avec l'aide des autorités. »

Janssen résume ain?i toute la théorie contenue dans les Dialogues de Bucer. « Les pouvoirs civils, d'après ce luthérien, étaient les premiers pasteurs et les chefs de la religion ; aussi l'Écriture les appelait-elle des christs et des dieux. Us avaient le droit de réformer l'Eglise et ne devaient pas souffrir qu'à côté de la vraie doctrine évangélique, la fausse reUgion, l'idolâtrie papiste fftt tolérée Si les voleurs, les brigands et les meurtriers étaient condamnés à de rudes châtiments, les disciples d'une reUgion d'erreur devaient l'être davantage : car la falsiflcation de la foi est un crime incomparablement plus grave que les autres. L'autorité avait le droit de se débarrasser, par le feu et le glaive, des partisans d'une religion perverse et même de faire égorger les fnnmes et les enfants appartenant à cette religion'. •

De pareilles tliéories sont la négation radicale de ce principe du « libre examen » et decette tolérance religieuse dont le? manuels scolaires veulent faire honneur au protestantisme. L'autorité absolue en matière dogmatique. la Réforme ne l'a nullement détruite : elle l'a simplement déplacée, la faisant passer de l'ÉgUse à l'Écriture Sainte. Et encore faut-il reconnaître que le droit qu'eUc attribuait aux chréUensde l'interpréter eux-mêmes était platonique "et illusoire ; car dès qu'ils lui donnaient une interprétation dilîérente de celle de Luther et des pasteurs cncommunion avec lui, ils étaient considérés comme des hérétiques et traités en ennemis de la foi, au même titre que les païens

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