‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 143 sur 201 · L. J&ISSBI, t m, p · texte numérisé non relu

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aài HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRK VRAIE

et les juifs. Luther est allé encore plus loin il a repris à l'Ancien Testament son absolue théocratie. Pour accomplir la mission surnaturelle qui le distinguait de toutes les autres nations, le « peuple de Dieu » était sous la direction spéciale de Dieu . ses chefs, les lugcs, les prophètes, les rois élaicntles lieutenants tout particuliers de Dieu, ses « oints », ses « Christs, » et leur rôle était encore plus do préserver de toute atteinte la religion que de gouverner leurs sujets. En leurs mains le spirituel et le temporel étaient unis indissolublement et même confondus ; car lu peuple hébreu n'a pas même soupçonné la distinctiou proclamée par Jésus-Christ du domaine de Dieu et du domaine de César. Pour Luther, les chrétiens réformés par lui doivent continuer le peuple juif; et leurs chefs doivent manier, en même temps, le glaive spirituel et le glaive temporel, gouverner les consciences et les âmes comme les corps et faire perpétuellement intervenir les sanctions temporelles les plus graves, même les condamnations à mort pour sauvegarder la foi et la morale. En vertu du même principe, les pasteurs et les uiiuislres religieux ne sont que leurs mandataires, puisq;ie le pouvoir religieux, comme le pouvoir civil, est en leurs mains tout entier; c'est en leur nom qu'ils prêchent, qu'ils enseignent et administrent les choses religieuses.

C'est de la pure théocratie, plus rigoureuse, plus absolue que celle qu'a rêvée le Moyen Age ; car si Grégoire VII, dans son fameux Diclatus papae, proclame que des deux pouvoirs en présence, le spirituel et le temporel, lu premier est supérieur au second et le second doit aider le premier, il ne va nullement jusqu'à les confondre et à les réunir dans les mêmes mains. Cette théocratie luthérienne ne peut se comparer qu'à celle de Mahomet et des khalifes ses successeurs.

Et c'est cette suprême expression de l'intolérance, cette théorie des religions et des inquisitions d'Etat, ce despotisme des gouvernements pesant sur les consciences de

toute leur force brutale, que les manuels scolaires transforment en tolérance, en liberté de conscience, en libre examen !

Sur tous ces points, Calvin et les protestants français ont pensé exactement comme Luther et les protestants allemands. Ils ont proclamé l'existence d'une autorité religieuse absolue dont ils ont reconnu la formule dans l'Écriture Saiute et l'exercice à Calvin d'abord, puis à ses ministres etau pouvoir civil, et ils ontdoclaré que quiconque ne radniettait pas, - comme les juifs, les païens, les catholiques, — ou la rejetait — comme les protestants hétérodoxes, — devait être exterminé par la force. C'est ce que reconnaissaient fort bien les disciples les plus enthousiastes de Calvin. • Comme Luther, comme 'Zwinglc. lisons-nous dans la France protestante, sous la plume de protestants, Calvin substitua à l'autorité de l'Eglise celle de la Bible, et proclama l'Ecriture Sainte unique règle de la foi.... Calvin, pour employer les expressions de M. Sayous, n'admit pas l'indépendance de l'homme .i l'égard du code sacré : mais donnant la valeur d'une vérité absolue à sa conviction personnelle, et coiifondanl ain^i dans un même caractère de cerUtude son interprétation propre et le texte du livre saint, il édifia, en s'appuyant sur l'autorité de quelques Pères de l'Eglise. d'Augustin surtout, un système tout d'une pièce, n'abandonnant ahsolument rien aux recherches du libre

examen Il se persuada qu'il était en possession de la

vérité absolue, et identifiant son système avec la parole divine, il s'imagina orgueilleusement qu'attaquer son enseignement, c'était . déinler Dieu ensapersonne '. » Tous ceux qui ne pensaient pas comme lui étaient donc, à ses yeux, des ennemis de la vérité et de la religion.... Il

I . Voir plus haut, p. 3î/i. les paroles semblables que dll Luther sur le caractère absolu, infaillible et divin de sa propre doctrine ot le caractère diabolique do quiconque ne pensait paj comme lui.

déploya, dans ses luttes contre ses adversaires dogmatiques une fermeté indomptable et, en même temps, une animosité, une dureté, un orgueil, une inflexibilité, un despotisme qui lui firent beaucoup d'ennemis et qui présentent son caractère sous un jour peu favorable '. »

Rien n'est plus exact que ce résumé ; il s'appuie sur les déclarations les plus solennelles et maintes fois répétées de Calvin, t Dieu, dit-il, ne commande pas de maintenir toute religion, mais seulement celle qu'il a ordonnée de sa propre bouche. » Quiconque ne veut pas l'accepter est un infidèle ou un hérétique, et à ce titre, doit disparaître de ce monde.... Celui qui soutiendra que l'on fait tort aux hérétiques et aux blasphémateurs en les punissant, se rendra à son escient coupable et complice du même crime. Un ne nous propose point ici l'autorité des hommes; c'est Dieuqiii parle.... Ce n'est point sans cause qu'il abat toutes affections humaines dont les cœurs sont accoutumés d'être amollis ; ce n'est point sans cause qu'il chasse loin l'amour du père envers ses enfants et tout ce qu'il y a d'amitié entre les frères et prochains, qu'il retire les maris de toutes les flatteries dont ils pourraient être amadoués par leurs femmes, bref, qu'il dépouille quasi les hommes de leur nature afin que rien ne refroidisse leur zèle. Pourquoi requiert-il une si extrême rigueur et qui ne fléchisse point, sinon pour montrer que l'on ne lui fait pas l'honneur qu'on lui doit, si on ne préfère son service à tout regard liumain, poMr n'épargner ni parentage, ni sang, ni vie qui soit, et qu'on mette en oubli toute humanité quand il est question de combattre pour sa gloire*. »

Cette doctrine qui faisait un devoir de « n'épargner aucune vie », sans tenir compte des liens delà parenté et

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