‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 148 sur 201 · Deutéronome n, i6-i8-ao. Ezichiel viii, lo. Exode n · texte numérisé non relu

Deutéronome n, i6-i8-ao. Ezichiel viii, lo. Exode n

LE VANDALISME FROTESTANT O* ■

Cette prohibition n'était si rigoureuse que parce qu'il fallait préserver soigneusement le peuple élu de l'iJolritrie universellement pratiquée chez ses voisins ; il va de soi qu'elle devait se relâcher à mesure que s'atténueraient les dangers du paganisme et finir par disparaître ivec lui Ainsi l'a compris l'Église ; eUe a considéré cette prohibition comme l'une de ces prescriptions ritueUesde !• Vncien Testament, qui tombaient, en désuétude sous la nouveUe Loi, parce qu'elles n'avaient plus d'objet. Poussés au contraire par le fanatisme biblique qui a été l'un des traits communs de leurs sectes multiples, les protestants ont rendu toute sa vigueur à ce précepte de l'Auciea Testament. C'était pour eux un moyen de s'élever contre le prétendu paganisme d'une Église qui avait couvert de statues et d'objets d'art le monde entier ; c'était un prétexte pour l'excommunier du christianisme et pour déclamer contre l'idolâtrie romaine. Trente ans avant les guerres de religion, les premiers huguenots français brisaient dans les rues de Paris les images vénérées de la Vierge Leurs maîtres, les prédicateurs de la Réforme, leur en faisaient un devoir. D'après Zwingle, il était criminel d'honorer les images : c'était pécher par idolâtrie que de les suspendre dans l'intérieur des maisons et de commander aux artistes des tableaux religieux. Le règlement donné, en 15-29, aux protestants de Bâle par Œcolampade. déclarait que « Dieu maudit tous ceux qui façonnent des images, » c'est-à-dire tous ces artistes, peintres, sculpteurs, graveurs, qui faisaient alors la gloire de la Renaissance. . ^ „.

La confession de foi helvétique dressée par BuUmger mettait les images chrétiennes au même rang que les idoles et faisait un devoir de les détruire. . Calvm enscignait que suspendre des tableaux ou placer des statues a l'intérieur des égUses, c'est profaner le culte divm, commettre un crime ; représenter à l'aide du ciseau ou du pinceau les faits de l'histoire sainte était également repre-

heusible. Théodore de Bèze, le plus fidèle élève de Calvin, s'élevait surtout contre les crucifix qu'il avait en abomination et dont il eût voulu que les autorités chrétiennes ordonnassent la destruction. » Zwingle demandait encore la démolition des églises pour mieux anéantir le catholicisme. « Quand on détruit leurs nids, disait-il, les cigognes ne reviennent plus ! » Le professeur protestant Zanehi prétendait que tous les autels, crucifix, tableaux et images, ornements sacerdotaux, calices d'or, encensoirs et autres objets du même genre devaient être brisés sans pitié. Selon lui, les statues surtout devait être proscrites : il fallait les briser ou les brûler. Pierre Martyr Vermigli, iprêtre apostat, plus tard professeur de théologie protestante, était d'avis qu'il ne suffisait pas d'enlever les images des églises, qu'on devait avoir grand soin de les détruire et qu'il était dangereux de les reléguer dans quelque endroit caché d'où plus tard elles pouvaient être tirées *.

Or ceux qui parlent ainsi, ce ne sont pas des guerriers surexcités par l'ardeur de la bataille ou l'exaltation de la victoire et voulant assouvir leur colère sur les objets inanimés, comme sur les corps de leurs ennemis. Ce sont des hommes de cabinet, des prédicateurs, des docteurs exprimant froidement leur pensée et faisant, au nom de leur théologie, à leurs disciples, le devoir d'anéantir les œuvres d'art. Leur vandalisme provient de leur doctrine encore plus que de leur passion sectaire ; iconoclaste dans sa théologie, le protestantisme luthérien, calviniste, ou zwinglien est donc directement responsable des dévastations immenses autant qu'irréparables commises par ses adeptes.

C'est tout un livre qu'il faudrait pour décrire sommairement le vandalisme protestant et faire apprécier la valeur des œuvres d'art qu'il a détruites ou dispersées,

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