I. Citations par Figuier, op. cit., p. ao
1 . Sur Bacon voir la monographie que lui a consacrûe M . Charles ious ce litre : [loijer Bacon, sa vie, ses ouvrages, ses doctrines,
3. La transmission des industries chimiques de l'Antiquité au Moyen- Age dam la Revue des Deux Mondes, sept.-oct., iSgj, pp. 3;) 55.
BI3T0M1E PAIITIALE, IMSTOIBE VKAIB 3
34 HISTOinE PARTIALE, HISTOIHE VRAIE
esprit a déployé une activité qu'on ne saurait niécounaître sans injustice.
Malgréles bouleversements qu'avaient amenés les invasions barbares, les coimaissances chimiques de l'anti- «luité s'étaient conservées dans le monde byzantin et l'Egypte. Les couvenls syriens en avaient gardé soigneusement le dépôt et ils le communiquèrent aux Arabes lorsque ceux-ci devinrent, au vu» siècle, les maîtres de la Syrie. C'est ainsi que se constituèrent successivement les alcliiraies syriennes et arabes queM.Berlhelot nous a presque révélées dans son Histoire de la Chimie au Moyen Age. Ce fut à leur école que se mit le Moyen Age et il y apprit beaucoup de clioses.
Ce furent tout d'abord les recettes industrielles. Elles étaient déjà fort nombreuses dans le haut Moyen Age, si nous en croyons deux traités de l'époque carolingienne que M. Berlhclot a commentés et analysés, les Composttiones ad tinijenda ou formules de teinture qui, remontant au viii" siècle, sont originaires d'Italie, et la mappœ clavicnla ou clé de la teinture, quia été écrite par un Français du x" siècle. Ces deux traités ne prétendent pas donner des découvertes récentes ; il est probable que les procédés dont ils ont conservé les formules étaient en nsage depuis des siècles et aussi qu'ils persistèrent encore pendant plusieurs autres. Kn les parcourant, on pont se faire une idée de la chimie industrielle dans le Moyen-Age.
Or l'examen des formules de teintures du vui" siècle {Compositiones ad tingcinla) nous prouve que déjà, dans ces temps reculés, avant la Renaissance carolingienne, la connaissance des corps et des combinaisons chimiques était moins rudimentaire qu'on ne le croit généralement. Elles nous donnent en effet sur l'origine des matières premières et les procédés de leur fabrication des indications qu'avec toute sa science, M. Berthelot déclare exactes. Nous y trouvons des formules de coloration ; le travail du
LES SCIENCES CniMIOUES 35
verre nous y paraît fort avancé ; on nous décrit notamment le fourneau dont se servaient alors les verriers. II y est question du traitement d'un certain nombre de métaux, le mercure, dont on nous apprend les procédés d'extraction, le plomb. Nous y voyous des receltes pour la cuisson du soufre, pour la préparation de la céruse avec le plomb et du vinaigre, du vert-de-gris avec du cuivre et du vinaigre.
La clé de la peinture, qui est d'un siècle postérieure aux Formules de teinture, donne des renseignemenls plus nombreux et plus précis. Dans une première partir, centarticles traitentdes métaux précieux et de la manière de les travailler ; dans la seconde partie, se trouvent des recettes de teinture; seize de ses articles parlent de la balistique niililaire et des engins incendiaires alors en usage surtout à Constantinople et en Orient. Il y a aussi des notions exactes sur la balance hydrostatique et la densité des métaux.
M. Berthelot signale encore l'intérêt que présente pour l'histoire de la chimie le Tableau des différents nris de Théoi>hilp, écrit à la fin du xi^ siècle par un moine du nom de Roger. Cet ouvrage se divise en deux parties ; dans la première, il est encore question de couleurs et de peinture ; dans la seconde, de la confection des objets nécessaires soit au culte, soit à la construction et à la décoration des églises. Le moine Roger décrit à son tour le fourneau qui servait à fondre et à élaborer le verre et les vases de terre colorée, le trav.iil du fer, la fusion de l'or et de l'argent, la fabrication de l'émail qu'il appelle electrum.
Les résumés de ces divers ouvrages conduisenl M. Berthelot à des conclusions qui projettent une vive lumière sur l'état de la chimie dans les siècles les plus reculés du Moyeu Age.
1° Dans les formules qu'ils mentionnent, il note particulièrement les mots eaux salées, eaux douces ef acides.
riU HISTOinE PAUTIAI-r., IllSTOlUE VRAIE
eau formée d'urine fermentée et de vinaigre. Ces expressions nous nionlreut que nous sommes alors à la première période du développement de la chimie, celle où l'on se sert pour les réactions de liquides naturels.
2" Cette époque a donné une impoilance capitale à lu théorie des alliages, puisque par l'alchimie elle essayait surtout de fabriquer de l'or à bas titre. Il n'est donc pas étonnant qu'à force de poursuivre dans ce sens leurs tâtonnements et leurs expériences, ses alchimistes aient fait faire de jc((«i/4' progrès au traitement des métaux.
3° Les industries du verre, des métaux — et M. Berthelot aurait pu ajouter aussi celle de la coloration — ont fini par se concentrer autour des édilices religieux. C'est là eu effet qu'elles trouvaient leur plus importante clientèle. Aux basiliiiucs que multipliait la piété des rois, des prélats et des fidèles, aux cathédrales, aux sanctuaires, aux écoles monastiques, il fallait qu'on travaillât le verre pour les magnifiques mosaïques dont l'art byzantin a recouvert les murs et les voûtes de ses temples, pour les verreries qui allaient orner leurs fenêtres et leurs rosaces. Il fallait qu'on travaillât les métaux précieux pour les pièces délicates ou monumentales qui devaient décorer l'intérieur de l'édifice et former les riches collections des trésors : autels d'or, d'argent et de cuivre, ciboriunis, lustres, lampadaires de ces mêmes métaux, reliquaires, couvertures d'évangéllaires, vases sacrés de toutes sortes, py.xides, calices, reliquaires où l'or et l'argent allaient rivaliser d'éclat avec l'émail et les pierres les plus rares. Il fallait l'art des couleurs pour offrir aux peintres des fresques, des mosaïiiues et des vitraux, aux artistes qui teignaient les riches tentures et les étoffes précieuses, des colorations aussi vives que délicates, aussi éclatantes que durables. C'est aussi près des églises et dans les monastères que ces arts industriels trouvaient le plus souvent leurs maîtres et leurs