I. Ibid.. p. j
j. < luipoâB des coiilribulioiiscQ argent 4 chaque orolcslant. »
d98 lIISTOinE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE
force (i'argeul ou par mcuaces secrètes qui intimidaient étrangement les plus courageux. La plupart des gouverneurs des villes et provinces dissimulaient ou favorisaient leurs attentats, les uns étant de leur croyance même par conscience ou par quelque mécontentement, les autres jircoant de leur argent, et presque tous étant bien aisi s d'entretenir cette faction afin qu'elle excitât des troubles dont ils espéraient faire leur profit.
» Avec cela, comme ils ne manquaient point d'argent, ils ne manquaient point de soldats et de gens déterraiaés, parce que, n'y ayant point de guerre étrangère, la nécessité contraignait ceux qui n'avaient pas d'autre métier que de porter les armes, de prendre parti avec eux. Ainsi, ils avaient l'audace, en plusieurs provinces, de piller les églises, de briser les images, de violenter les ecclésiastiques, de prendre leurs revenus pour leurs prédicants, d'imposer silence à ceux qui les contredisaient. Et s'il s'excitait quelque tumulte, ils étaient les plus forts ; car les gouverneurs empêchaient les peuples des villes de se soulever contre eux. Dans les champs, les ministres avaient des batteurs de monde à gage qui assommaient Ibf paysans, s'ils n'allaient au prêche et n'y avait serpent qui os;U faire exécution pour les catholiques à moin-* il'étre assommé au premier jour. Lorsqu'ils avaient fait quelque émeute ou pillé quelque église, les faux juges se présentaient aussitôt pour en dresser l'information et faisaient ouïr des témoins à leur poste, de sorte que les catholiques se trouvaient toujours coupables, et on les accusait d'avoir détruit eux-mêmes les églises et d'être les auteurs de la sédition.
» Bref, tout le peuple s'en allait être contraint de se ranger de leur côté, chacun étant si fort intimidé de la justice qui se faisait contre les catholiques qu'il n'y avait d'autre remède sinon celui-là, ou bien d'abandonner leurs maisons et de mourir par la main d'un coupe-jarret, ou par celle d'un bourreau. Quant aux gentils hommes, ceux
LA RESPONSABILITE DES GUERRES DE RELIGION ,fMVI
qui n'étaient point des leurs avaient assez de peine à se garder dans leurs châteaux d'où ils n'osaient sortir dans la campagne '. »
Ce récit de Mézeray est fort intéressant; car cet
historien, en gênerai iinpar
i;\l, écrivait en 1010 environ.
t-à-dire moins de 8() ans après les faits qu'il nous rapporte, et il mérite autant de créance qu'un historien de nos jours qui écrirait sur le règne de Louis-Philippe. Mais nous avons un témoignage encore plus précieux ; car il émane d'un esprit que n'agitait aucun fanatisme et qui a décrit les excès des protestants dans cette même année 1562 où ils se sont produits. C'est le discours « sur les misères de ce temps » que le grand poète de la Renaissance française, Ronsard, adressa, en 1.562, à la reine régente Catherine de Médicis". Or voici en quels vers attristés, le poète déplore les dévastations dont les huguenots s'étaient rendus coupables sur toute l'étendue du royaume :
Or eux, se vantant seuls (d'être)Ies vrais enfants de Dieu, En la dexlre (main droite) onl le glaive el en l'autre le feu; El comme furieux (fous) qui frappent el enragent, Volent les temples saints et les villes saccagent. Eh quoi I brûler maisons, piller et brigander, Tuer, assassiner, par force commander, N'obéir plus aux rois, amasser des armées,
Appeleit-vouscela églises reformées?
De Béze, je te prie, écoute ma parole
Ne prêche plus en France une Évangile armée. Un Clirist empistolé, tout noirci de fumée, Portant un morion en têto et, dans la main. Un large coutelas, rouge de sang humain...
,. MÉzÉRàT. msloire de France (éd. i646) u pp. 8Î7-838,
a DUcows des misèrei de ce Umps et Continuation du discours
des misères de ce 'emps. à ta reine mère du roi, par l>. 08 Ronsard.
Vandomois, à Paru, chez Gabriel Baon, au clos Brwieau. à l enseigne
ÉaM Claude iW». bibl. «àT. Réierve. m i/i 5o et 5i.
Rappelant ensuite les violations de sépultures, les destructions de tombeaux, les profanations de reliques dont se rendaient coupables les bandes protestantes, Ronsard met dans la bouche de la France ces plaintes éloquentes contre les huguenots :
Ils n'ont pas seulement, sacrilèges nouveaux, Fait de mes temples saints, étables à chevauï ; Mais comme tourmentés des fureurs infernales^. Ont violé l'honneur des ombres sépulcrales, Afin que, par tel acte inique et malheureux. Les vivants et les morts conspirassent contre euxl
Le témoignage de Ronsard concorde avec celui de Mézeray en signalant, comme le sien, la terreur que les protestants firent régner en France, au cours des années 1561-1562. Ce que ne disent ni Ronsard, ni Mézeray, c'est que la reine mère Catherine de Médicis, celle-là même qui devait, dix ans plus tard, ordonner contre les réformés le massacre de la Saint-Barthélémy, était alors leur complice-. Pour s'opposer aux Guises, tout-puissants sous le règne de François II, grâce à leur nièce la reine Marie Sluart, Catherine voulait s'appuyer sur Coliguy et la noblesse protestante. Elle était, d'autre part, séduite par les biens du clergé dont la confiscation lui était consultée par les réformés. Enfin, elle inclinait, à l'instigation du chancelier de l'IIospital, à imposer à la France une religion mixte, formée d'éléments catholiques et protestants, combinés par l'autorité civile, comme l'anglicanisme de Henri VIII. Devant ces dispositions de la régente, les protestants crurent que leur règne était enfin arrivé », et que, maîtres du pouvoir, grâce à la reine et au chancelier, ils pourraient séparer la France de Rome
I . Dans le texte : Slygiales qui est synonyme d'infernales. a. Cf. Lavissb. Histoire de France^ t. VI chap. u inlilulé. La UéijeiUc favorable à la Réforme
LA RESPONSABILITÉ DES GUEIinES DE
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et imposer une religion nationale, à base réformée, au pays tout entier. C'est ce qui les encouragea à toutes les audaces, tandis que, se voyant déjà vaincus, les catholiques se laissaient aller au découragement. Aussi, prenant les devants sur les mesures qu'ils escomptaient déjà du gouvernement, ils essayèrent de terroriser le pays en organisant partout ces émeutes, ces scènes de pillage et de massacres, ces actes de vandalisme que nous ont décrites Mézeray et Ronsard. Et ce fut lorsque les violences protestantes s'exerçaient d'une manière concertée et méthodique à travers toute la France, sur un d'ordre donné par Coligny et Théodore de Bèze, qu'éclata, à l'improviste, l'échauffourée de Vassy.
<i Le l" mars 156-2, le duc de Guise, qui se rendait de Joinville à Paris, passait par Vassy avec son escorte de gentilshommes et de serviteurs... C'était le dimanche, il s'arrêta pour entendre la messe. L'église était a une portée d'arquebuse d'une grange où les réformés de la ville et des environs célébraient leur culte. Quoique Vassy fût ville close, ils y avaient établi un temple, contrairement à l'édit de janvier ». Leur communauté, qui ne comptait pas encore un an d'existence, était nombreuse et ardente. Quelques mois auparavant, l'évéque de Chalons, lérOme Bourgeois, venu pour l'admonester de vivre cathoîiquement, avait été prisa partie par le ministre et forcé de "^e retirer au milieu des huées et des cris : « Au loup' au renard! » .... Sagement, le duc de Guise avait résolu de ne pas séjourner dans la ville. « voulant, disait-il, fuir les occasions que quelques-uns des miens pussent s'agacei et dire mots à ceux de ladite ville et qu'ils n'entrassent les uns et lesautres en dispute de religion. » II comptait n'y rester que le temps d'ouïr la messe.
Il venait d'entrer dans l'église quand on l'avertit que
,. Uendu par le chancelier de l'Il.'.pital pour garantir la liberté des prolostanli.
HlSlOlHt lAinlALK, BISTOIIIÏ Ml.MB. ^°
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les réformés, au nombre d'environ 500, étaient en train de célébrer Icurprèche. Peut-être crut-il à une bravade', llsortit pour leur remontrer l'insolence de leur conduite. Les réformés, interprétant mal cette démarche, crurent que Guise venait les attaquer et, avant d'être l'objet de la moindre violence, ils « lancèrent des pierres au duc et à ses compagnons qu'ils voyaient s'approcher. Il y eut des gentilshommes blessés et Guise lui-même reçut une contusion. Son escorte accourut à l'aide, elle riposta aux coups depierrepar des coups d'arquebuse.... Quand le duc de Guise arrêta le carnage, il y avait vingt-trois morts et plus de cent blessés. Guise n'eut ni un remords, ni un scrupule, ni un doute. « De mes voisins et sujets m'ont voulu, écrivait-il à un de ses lieutenants, faire une braverie où ils m'ont blessé une douzaine de gentilshommes, de quoi ils se sont trouvés marchands ; voilà leurs belles Evangiles! » Il s'éloigna emmenant des prisonniers qu'il se proposait de livrer aux magistrats comme perturbateurs et séditieux. Mais, si sa conscience était en repos, il appréhendait l'effet que pouvait produire cette sanglante journée. Il ne voulait pas avoir l'air d'un chercheur de querelles. Aussi se montra-t-il prudent. 11 évita Vitry où, sur le bruit du massacre, cinq ou six cents religionnaires avaient pris les armes ; il campa hors de Chûlons sans vouloir entrer dans cette ville, où les réformés, quoique eu minorité, étaient les maîtres ^. »
Tel est le récit de ce que l'on a appelé improprement le massacre de Vassy; au lieu de l'écrire nous-même, nons avons mieux aimé l'emprunter à un auteur qui ne dissimule pas suffisamment ses sympathies pour les protestants, M. Mariéjol, professeur suppléant à la Sorbonnc. Or tout lecteur do bonne foi en tirera les conclusions suivantes.