‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 185 sur 201 · I. G/((K(ii; l'.iK-jdopàdie, article Coligny par L. Marlol · texte numérisé non relu

I. G/((K(ii; l'.iK-jdopàdie, article Coligny par L. Marlol

aucune part personnelle, puisqu'elles furent commandées par Villegagnon. 11 se contenta de viiller à leurs munitions et de les faire échouer. Les compagnons protestants qu'il avait donnés à Villegagnon voulurent forcer leur chef à faire de ces établissements, créés par la France catholique, des fondations exclusivement protestantes, et les discordes religieuses qui naquirent de ces prétentions réduisirent à néant cette entreprise (1555-1557). En 1562, Coligny organisa pour la Floride de nouvelles expéditions à la tête desquelles il mit les capitaines Jean Roliaut et Lardonnière; elles échouèrent piteusement et nos colons furent massacrés par les Espaguols, parce que l'amiral s'en désintéressa pour se consacrer tout entier à la guerre civile qui suivit le massacre de Vassy '. Décidément, Coligny justifiait son titre d'amiral aussi peu que celui de colonel général de l'infanterie!

En 1557, la guerre venait de recommencer avec l'Espagne, et en sa qualité de gouverneur de la Picardie, Coligny eut à défendre la frontière du Nord. Malgré une résislance cou rageuse, il capitula à Saint-Quentin, et après avoir livré la place à l'ennemi, il fut fait lui-même prisonnier; il demeura en captivité dans les Pays-Bas jusqu'au traité lie Caleau-Camhrésis de 15-50.

A la tète des rcvolles protestantes, il ne fut pas plus heureux qu'à la tête des armées françaises. Dès le commencement des guerres de religion, il perdit, avec le prince de Condé, la bataille de Dreux que gagna François de Guise fl502). 11 partagea avec le prince de Coudé la responsabilité' des défaites de Jarnac (3 mars 1.509) et

1. DKL.\BonDG (prolcstaiil). Gaspard de Coligny, II, pp. i.'îi-4'io.

a. Le duc iJ'Auiiialc va plus loin cl, avec loulo sa science de pranJ gênerai, il attribue à Coligny seul la responsabilité de la défaite de Jarnac. «La véritable rusponsabililc, dit-il, en revient à l'amiral. Si, comme il devait le faire, étant très près de l'ennemi, il avait veillé lui-même à l'exécution des dispositions par lui prescrites, le n. l'armée n'aurait pas été surprise.... A ce grave

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de Moncontour (30 novembre 1569). où les protestants furent vaincus par le duc d'Anjou, qui devint plus tard le roi Henri III. Malgré sa sympathie pour les réformés. Brantôme a remar<iué que l'amiral de Coligny fut toujours défait . en tant de batailles qu'il a données en nos guerres civiles et qu'il a perdues quant et quant ». Ne pouvant pa'; le louer de ses victoires, il le félicite de ses « retirades. » <■ Ceux qui ont vu les retraites de Dreux, de Saint- Denis de Moncontour en sauront bien que dire ; et que si la fortune lui était contraire en la bataille, pour le moins la demclaitil bien et s'en retirait si honorablement qu'on lie saurait lui reprocher qu'il eut pris l'épouvante et s'en fut fui'. » Voilà donc qui est bien entendu : ce qui a fait la gloire de Coligny comme homme de guerre, ce sont ses échecs SCS défaites et, comme le dit Brantôme, ses « retirades. » Je ne crois pas que les grands capitaines auxquels on ose le comparer, Condé, Turenne, Napoléon, eussent pris un pareil jugement pour un éloge. Les fabricants de manuels scolaires, pénétrés d'internationalisme tt d'antiniilitarisme, sont plus faciles, et il leur suffit qu'un général ait combattu le catholicisme pour que pour un pareil fait d'armes, ils le sacrent grand capitaine On nous présente encore Coligny comme un esprit modéré, demandant tout simplement pour les protestants la liberté du culte, recourant, la mort dans l'âme, à la violence et n'éprouvant contre les catholiques aucun sentiment d'animosité. C'est l'idée qu'essaie de nous donnei

tort Coligny joignit la faute d'appeler à lui Condé avec un, Dr&ipitation regrettable et do compromettre Varmce entière et so, chef pour s'épargner à lui-même un échec partiel. EnOn, ses contcn, porains l'accusaient encore d'avoir conduit mollement sadern.e. charge et d'avoir paru trop préoccupé d'assurer sa r. ra.ia. » (fou jours les merveilleuses retirades donl parle Brantôme 1 ). DAumale Histoire des princes de la maison de Condé, II, p. -jli. ,. BiiANTOME (éd. Lalanne), VII, p. sgj.

de lui sou historien protestant M.Delaborde. Que devonsnous en penser?

Les manuels condamnés par l'épiscopat font grand bruit du meurtre de Henri III par le dominicain Jacques Clément, et ils le donnent comme une preuve de fanatisme catholique. « A Paris, écrivent Mil. Aulard et Debidour, régnait un grand fanatisme; des prêtres sanguinaires y prêchaient chaque jour l'assassinat. Aussi un moine, Jacques Clément, alla-t-il poignarder Henri III à Saint- Cloud f 1.5S9). Les ligueurs l'honorèrent comme un salut. » Certes, le crime de Jacques Clément fut un acte abominable. Nous n'essaierons pas de l'excuser en disant qu'il fut la revanche de l'assassinat des Guises ordonné, l'année précédente, par Henri III". Nous ne pousserons pas l'indiscrétion jusqu'à demander aux instituteurs her- .vcistes et francs maçons pourquoi ils blâment si énergiquement l'assassinat de Henri III, alors qu'ils ont gloritié ceux d'Alexandre III et de Stolypine par les terroristes russes, du roi Carlos de Portugal et de son fils Louis- Philippe par les francs-maçons portugais.

Qu'il nous suffise ici de leur démontrer que Jacques Clément, meurtrier d'Henri III, eut uu précurseur et un modèle dans le protestant Poltrot de Méré, assassin de François de Guise, en 1563, et que, s'il est vrai que la duchesse de Montpeusier ail armé le dominicain, il est démontré aussi que Tamiral de Coligny fut l'inspirateur du fanatique huguenot*.

7. C'est par un raisonnement de cegcurequeM. Devinât (Cours moren, p. 53) essaie d'excuser l'assassinat de François de Guise par Poltrot de Méré: «Ce fut, dit-il, la vengeance des pendaisons d'.\inl>oise et de la boucherie de Vassy. o

a. Il ne faut pas oublier que les fon.lateurs du protestantisme avaient déclaré permis le tyrannicide. c'est-à dire l'assassinat politique. Dans ses Propos de table, Lutlior avait écrit: a Lorsqu'un •ouverain tyrannique agit contre le droit, il devient lemblable «u reste des hommes; car 11 dcpoie aussitôt la personne du souve

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C'était le 18 février 1563. Un grand homme de guerre, celui-là même qui, quelques années auparavant, avait reconquis Calais sur l'Angleterre, François de Guise, venait de battre, à Dreux, les huguenots commandés par Condé et Coligny, et il prenait ses dernières mesures poui s'emparer sur eux de la ville d'Orléans. Comme, à cheval, il faisait autour de la ville une tournée de reconnaissance, « un cavalier s'approcha dans l'ombre, arriva par derrière à six ou sept pas du duc, et lui tira un coup de pistolet avec trois balles de cuivre qui vinrent lui casser l'épaule. La violence du coup jeta François de Lorraine

rain et pcrJ, avec justice, ses droits vis-h-vis de ses sujets... Si k» bourgeois et sujets ne peuvent sourTrir davantage le pouvoir d'uu lyran, ils ont le droit de le faire périr comme ils feraient périr un meurtrier ou un brigand. » Ainsi, rien de plus simple : Caserio a dans son « libre examen » considéré le président Garnot comme un tyran ; il n'a pas pu souffrir davantage son pouvoir, il l'a tué comme il aurait fait a un meurtrier ou un brigand. » Luther lu» aurait donné raison. — Dans son Commentaire du psaume n (Corpus fle/ormalorum^ III, p. in8), le principal disciple de Luther^ le rédacteur de la Confession d'Augsbourg, Mélanchton a écrit : < D'après la raison humaine, se défendre contre un tyran quj commet une injustice publique et criante (comme par exemple^ dirions-nous, de chasser des citoyens de leur maison, de la leur confisquer, de les exiler à cause de leurs croyances ou de leur costume religieux) est chose permise. Et lorsque, dans une semblable rencontre, le tyran est mis à mort, on doit en conclure que le défenseur était dans son droit. » Indigné contre l'exécution de Cromwell, condamné par Henri VIII, Mélanchton écrivait, le 34 avril i5/io, au sujet de ce roi : « C'est un adultère cl un tyran. Or, comme l'a bien dit le poète tragique, il n'y a point de sacrifice plus agréable aux dieux que la mort d'un tyran. Puisse le Soigneur mettre cette vérité au cœur d'un honune de courage I » Corpus lUformatorum, III, 1076). On le voit, l'inviUtion à l'assassinat est à peine déguisée. Ainsi, en se faisant le complice de Poltrot de Méré, assassin du duc de Guise, Coligny était le digne élève de Luther et de Mélanchton.

COLIG.NY tl7

sur le col de son cheval. Il se redressa et voulut tirer l'épée, mais son bras resta inerte». » Quant au meurtrier, il réussit d'abord à s'enfuir ; mais le surlendemain 20, il fut arrêté dans la maison où il s'était réfugié, et amené à l'armée royale, où il fut interrogé devant Catherine de Médicis. « C'était un homme de vingt-six ans, esprit inquiet, ardent, de ces caractères sans équilibre, chez lesquels une idée simple, sèche, semble tenir la place de toute intelligence. Il s'appelait Jean Poltrot, seigneur de Méré en Angoumois, relevant de la seigneurie d'Aubeterre ; sous Henri II, catholique fanatique, il avait fait un long séjour en Espagne comme espion.... Ayant embrassé la Réforme à son retour en France, il avait été compromis dans l'affaire d'Amboise et n'avait dû la vie qu'à la généreuse intervention du duc de Guise ». •

Interrogé aussitôt, Poltrot de Méré « non seulement avoua lecoup •, mais déclara nettement qu'il l'avait préparé de connivence avec les chefs des réformés. Il ne chargea ni Condé, ni d'Andelot, ni Soubise, et prétendit qu'ils étaient restés en dehors du crime et en avaient ignoré l'exécution. Restait Coligny sur lequel les soupçons se portaient d'autant plus qu'une inimitié violente l'animait alors contre son ancien ami le duc de Guise. Poltrot de Méré le désigna comme l'instigateur de l'assassinat. Le 25 février 1.56.3, c'est-à-dire cinq jours après l'arrestation de Méré et de ses premiers interrogatoires, Catherine de Médicis écrivait à la duchesse de Savoie, sa sœur : « Dieu m'a voulu encore toucher et ce pauvre royaume en nous ôtant celui-là qui était demeuré seul et qui s'était tout à fait dévoué au roi, mon fils, et à suivre ma volonté, qui est Monsieur de Guise, par la plus malheureuse et méchante façon que l'on pourrait imaginer ; car c'est un méchant

I. François de Guise mourut fort chrétiennement, le a3 fcvricr. Implorant de la reine le pardon du meurtrier. 3. Mekh. L'amiral de Cnlijnvp. 3oS.

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qui lui a donné un coup (le pistolet par derrière et il en est mort eu cinq jours; et ayant parlé à ce malheureux qui fut pris, il m'a dit, sans qu'il ait été menacé, que l' amiral (Coligny) lui a donné cent écus pour faire ce méchant coup et qu'il ne voulait pas venir, mais que Bèze et un autre prédicant et d'Espins '■ l'ont prêché et lui ont assuré que, s'il le faisait, il irait en paradis et que, voyant cela, il se décida à l'exécuter ». » Le iS mars suivant, jour de son supplice, Méré fut mis à la question, et de nouveau interrogé, il varia dans plusieurs de ses déclarations, mais persista toujours à désigner Coligny comme le principal instigateur de son crime ; c'est ce que nous rapporte un historien contemporain de ces événements, de Thou. Il ne tait d'ailleurs en cela que résumer un grand nombre de témoignages de l'époque. Chantounay, ambassadeur d'Espagne, écrivait à propos de Méré : « Il faut entendre qu'il y a plusieurs jours que ce malheureux suivait M. de Guise pour venir à bout de ladite entreprise, de laquelle 1 se repentit; et fut devers l'amiral de Chatillon (Coligny) et de Bèze se mit à le prêcher, lui disant que s'il tuait ledit sieur de Lorraine, il irait en paradis'. . Un agent de la reine Elisabeth, protestant et ami de Coligny, Smith, écrivant à la reiue le 20 février, c'est-à-dire le surlendemain du crime, mentionnait la complicité de l'amiral, qui, disail-il, avait donné trois cents écus au meurtrier pour l'encourager.

Coligny se condamna lui-même par ses propres déclarations. Dès qu'il eut appris les aveux de Poltrot de Méré, il rédigea, le H mars, à Caen, un mémoire justificatif qu'il lit portera Catherine de Médicis. Or il s'y défendait

I. Ji;aii (le l'Eupiiic, pasleur protestant, qui assista au colloque do l'oissy.

a. UUres de Callierins ci.; Médicis, t. I. iip. 5iG-5i7. {DocumeiUi inédits sur Vliistoirc de France).

S. MiiiiKi, p. îio note.

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