II. Ibid, p
5. Ibid, p. ôii. Saissac est dans le déparleineiit de l'Aude.
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réfléchie de faire disparaître par la mort des adversaires détestés et gênants. On serait tenté de voir dans les massacreurs delà Michelade les précurseurs et les initialeurs des massacreurs de la Saint-Barthélémy et d'expliquer ceux-ci par ceux-là.
Les flots de sang protestant versé pendant la tragique nuit de la Saint-Barlhélemy auraient expié les flots de sang catholique répandus quelques années auparavant, dans les villes du Languedoc et de plusieurs autres régions de laFrance. C'est ainsi que le comprennent plusieurs manuels scolaires. Renvoyant dos à dos protestants et catholiques, ils déclarent qu'un égal fanatisme leur a inspiré des carnages également odieux et ils en tirent prétexte pour opposer au fanatisme religieux qui nous a valu les scènes horribles de la Saint-Barthélémy et des Michelades, la tolérance philosophique qui nous a donné la liberté de conscience dont, parait-il, nous sommes de nos jours les heureux bénéficiaires. Et ils oublient les persécutions que suhissent à l'heure actuelle les catholiques de France, celles qu'a infligées aux catholiques allemands le Kulturkampf protestant de Bismarck : ils oublient surtout que la philosophie du wiii" siècle a inspiré aux âmes « sensibles » de Marat, de Saint-Just, de Carrier, les massacres de septembre, les hécatombes du tribunal révolutionnaire, les noyades de Nantes et que, dès lors, s'il y a un fanatisme religieux, il existe aussi un fanatisme libre-penseur qui a largement fait ses preuves en 17tt3... et de nos jours. Mais surtout, ils donnent une nouvelle marque de leur ignorance en attribuant à des raisons d'ordre religieux et au fanatisme catholique les mas.sacres de la Sainl-Barthélemy, alors qu'en réalité, ils sont dus à des eansespurementpolitiques.«LaSaint-Barthélemy, hâtons-
n.ous de le dire, fut une faute; un crime politique; la religion n'y entra pour rien. » Ainsi parle M. de la ï'errière,
l'historien le mieux qualifié de cette horrible tragédie ;
c'est ce que nous allons démontrer à sa suite.
En août 1570, avait été signée la paix de Saint-Germain qui avait mis fin à la troisième guerre de religion. Heureux de la pacification de son royaume, Cliarles IX comptait, d'une part, se soustraire à la tutelle de sa mère Catherine do Médicis qu'il n'avait pas osé secouer pendant les troubles de ses premières années de règne, et, d'autre part, se signaler lui-même par des expéditions hors des frontières eU'acquisition de nouveaux territoires. Pour préparer la réalisation de ces projets, il appela à la cour les chefs protestants et en particulier le plus influent de tous, Coligny. Leur présence auprès de lui était une garantie de la paix intérieure du royaume ; il pouvait même s'appuyer sur eux contre le parti des Guises et assurer ainsi, par l'équilibre des factions rivales, le libre jeu de sou gouvernement.
Coligny, de son côté, reconnut le désir qui emportait vers de futures conquêtes l'âme ardente du jeune roi et il dirigea aussitôt le regard de Charles IX vers les Provinces-Unies. Ces pays, gagnés par le protestantisme, s'étaient soulevés contre la domination espagnole et ses « Gueux, » commandés par le priuce d'Orange, résistaient énergiqueinent au vice-roi espagnol, le duc d'Albe, qui essayait de les soumettre. En 1570, leur situation était précaire et ils comptaient, pour assurer leur indépendance, sur le secours d'Elisabeth d'Angleterre, la protectrice attitrée des protestants et l'ennemie jurée de Philippe II d'Espagne. Dès leur arrivée à la Cour, Coligny et les calvinistes français voulurent aussi leur concilier le concours de la France, en faisant espérer à Charles IX, pour prix de sa coopération, la conquête des Pays-Bas catholiques, qui étaient restés fidèles à l'Espagne. Le prince de Nassau, cousin du prince d'Orange, vint, en juin 1571, à la Cour de France pour traiter sur ces bases, au nom des Gueux de Hollande, avec le roi de France •.
i. MÈzEB.iT, Histoire de France, m, p. a44.
LA SAINT-BARTIIÉLEMY 443
Catherine de Médicis laissa se poursuivre ces négocialions. Sans doute, elle répugnait à une guerre contre sou gendre Philippe II ; mais en tenant suspendue sur sa te e fa menace d'une intervention frança.se en Flandre, elle espérait le contenir dans ses propres vues, et le gagner au projet de mariage de sa fille. Marguerite de \ alois,avec le roi de Portugal : et. d'autre part, en taisant nnro.tcr aux veux d'Elisabeth l'alliance de la France avec la Hollande protestante, elle comptait lui faire accepter son propre ms le duc d'Anjou, comme mari. I-e trône du Portugal pour sa fille Marguerite, le trône d'Angleterre pour son fils m-éféré, le duc d'Anjou, voilà le résultat qu elle se pro- Lttait d'une poUtique qui effraierait Pt^i^PP^. .'; -"f^ toutefois la brouiller avec lui etqu. ferait espérer a Lhsabeth l'alliance française sans jamais la lui accorder.
Pour la bonne marche de cette politique astucieuse, il fallaitlâcher la bride aux espérances huguenotesde Lohguy et aux projets de conquête de Charles IX, assez pour .a-ner Elisabeth et inquiéter Philippe, tout en se gardant bi;n de les pousser jusqu'à une rupture déclarée avec l Lspague etune alliance ouverte avec les P-^o^-'n^^^-^^^^f ' ^^^ iù les savantes oscillations que marque.enio7Mo/2 1apo-
litique extérieurede Catherinede Médicis et qui 1 'nch"enl, successivement et souvent en même temps par des déclarations hypocrites et contradictoires, vers les Province- Un es et ll^ngleterre, ou vers l'Espagne. Malheureusement pour Catherine de Médicis, la poUlique de Coligny était beaucoup plus tranchée que la sienne; ne te.an aucun compte des astuces de la reine-mere, .1 essayait de Zies manières d'eutrainer Charles IX dans une guerre contre Philippe II en faveur des Provinces révoltées et si, retombant à tout instant sous l'ascendant de ^a mère le roi désavouait souvent les déclarations que lu. avait 7Jes l'Amiral, souvent aussi, heureux de montrer son S^ndance envers Catherine, U ^--'t contre rEspagne les sorUes les plus compromettantes. Maigre toutes ses
iM lusruntE PAitTiALE, uisroinE vhaie
hésitations, il se rapprochait de plus en plus des vues de l'amiral, qui exerçait sur lui un ascendant occulte, sans doute par crainte de la reine-mère, mais réel. Catherine de Médicis s'en rendait compte et s'irritait chaque jour davantage de voir sa politique contrecarrée par celle de Coligny et surtout de se seulir supplantée par lui dans Li confiance du roi. Elle se mit dès lors à détester l'Amiral de toute la haine que porta Agrippine à ceux qui lui ravirent, avec son influence sur Néron, le gouvernement de l'Empire.
Au cours d'une absence qu'elle fit, en juillet 1572, Coligny sembla gagner définitivement le roi à ses vues. Avertie, elle revint à la hâte et Tavannes nous raconte, dans ses Mémoires, l'explication émouvante qu'elle eut avec Charles IX : « Je n'eusse jamais pensé, lui dit-elle, que pour avoir pris tant de peine à vous élever, vous avoir conservé la couronne que les huguenots et les catholiques vous voulaient ôter, après m'étre sacrifiée pour vous et encouru tant de hasards, que vous m'eussiez voulu donner récompense si misérable. Vous vous cachez de moi qui suis votre mère, pour prendre les conseils de vos ennemis (Coligny) ; vous vous ôtez de mes bras qui vous ont conservé, pour vous appuyer des leurs qui vous ont voulu assassiner. Je sais bien que vous tenez des conciliabules secrets avec l'amiral, vous désirez vous jeter inconsidérément dans la guerre contre l'Espagne, pour faire votre royaume et nous la proie de ceux de la religion. Avant de voir cela, donnez-moi congé de me retirer au lieu de ma naissance ; ils ne veulent pas la guerre d'Espagne, mais jelle de France'. »
Ces paroles véhémentes nous découvrent l'âme dn Catherine et, en même temps, la situation politique, telle qu'elle se présentait ù la Cour, dans les premiers jours d'août 1572, trois semaines avant la Sainl-Harlliélemy. Dans