‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 196 sur 201 · LA SAINT-BARTHELEMY · texte numérisé non relu

LA SAINT-BARTHELEMY

Comme dans la maison des Atrides. les crimes se succédaient et s'appelaient les uns les autres dans la maison des Médicis. Il est, dès lors, facile de comprendre que, née dans un tel pays et dans une pareille maison, Catherine ait été familière avec le meurtre et qu'à l'occasion elle 1 ait appelé à son aide, en particulier lorsqu'elle voulut se débarrasser de la personne gênante de Coligny; elle ne faisait que suivre les exemples des siens.

Dès 1563, Catherine de Médicis avait médite 1 assassinat de Coligny ; c'est par le meurtre de l'amiral et de tous les chefs protestants, attirés dans un guet-apens, qu'elle s'était proposé de mettre fin à leurs révoltes etde rétablir dans le royaume le pouvoir de son fils et 1 autorité de sa propre régence. En 1572, elle reprit ce dessein contre Coligny, qui était resté le seul chef des huguenots depuis le meurtre de Condé à Jarnac, la mort récente de Jeanne d'Albret et la soumission d'Henri de Bourbon, roi de Navarre, devenu le gendre de la reine-Mère par son mariage avec Marguerite de Valois. Elle confia donc les intérêts de son ambition au désir de vengeance que nourrissaient les Guise contre celui qui, en 1563, avait été le complice du meurtre de François de Lorraine, leur père. C'est ainsi que Catherine de Médicis, la duchesse de Nemours, et les Guise armèrent Maurevel l'assassin de Coligny. Lorsque au sortir du Louvre, le 22 août, l'Amiral fut frappé de plusieurs coups d'arquebuse par Maurevel. personne ne se trompa sur le principal inspirateur de ce rrime: chacun désigna Catherine. L'ambassadeur d Espagne. Cunina, écrivait à son maître, le roi Philippe II, qu'elle avait" reçu avec la plus parfaite impassibilité a nouvelle de ce crime et il ajoutait : • J'en conjecture qu elle s'y attendait. • ......

Malheureusement pour elle, Coligny n avait ete que blessé,et loin de délivrer à jamais Catherine, l'attentat de Maurevel ne faisait qu'aggraver la situation. Le roi s était montré fort irrite de ce crime, il était allé porter 1 ex-

pression de son indignation à Coligny lui-même et celuici avait profité de cette circonstance solennelle pour engager Charles IX à secouer le joug de sa mère et à gouverner enDn par lui-même. Les chefs protestants réunis à Paris à l'occasion du mariage d'Henri de Bourbon ' demandaient une enquête et, en attendant ses conclusions, incriminaient les Guise et allaient pousser des cris de mort sous les fenêtres de leur hôtel « menaces imprudentes, écrivait l'ambassadeur des Mêdicis; car les menaces servent d'armes à ceux qui sont menacés! 2» Enfin, l'enquête ordonnée par le roi désignait de plus en plus les Guise, Catherine et le duc d'Anjou, son fils, comme les complices de Maurevel. Qu'allait devenir la reine-mère si les conclusions se précisaient encore ? Ne risquait-elle pas d'être convaiacue de ce meurtre et d'être sacrifiée par Charles IX aux rancunes protestantes et, dès lors, n'était-elle pas à la veille d'être dépouillée à jamais de ce gouvernement pour lequel elle avait préparé cet assassinat? De leur côté, les chefs protestants ne décideraient-ils pas de quitter Paris, d'appeler leurs anciennes troupes à la révolte pour venger l'Amiral et provoquer ainsi une nouvelle guerre de religion? D'autre part, quelle meilleure occasion pouvait-on trouver de supprimer d'un seul coup tous les chefs huguenots ? ils étaient tous à Paris ! C'est le raisonnement que tenait, en ce temps-là, un ambassadeur : « Si le roi Très-chrétien est dans l'intention de purger le royaume de ses ennemis, le moment est venu ! » Quelle tentation pour Catherine ! Le coup manqué de Maurevel l'avait placée dans cette alternative tragique : ou bien s'en tenir à l'échec de l'assassinat et risquer la perte de son influence, le triomphe de Coligny ou la guerre civile ; ou bien

I, Co mariage avait eu lii-u le 18 aoùl, quatre jours avant l'atteiilat de Maurevel.

a. i>E i.A l'uHiuiiRE, p. 93.

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assurer à jamais son pouvoir et la ruine de la faction huguenote en tuant, par un nouvel attentat mieux dirigé que le précédent, Coligny et tous ses compagnons d'armes. Pour réparer l'échec de Maurevel et couper court à toutes ses fâcheuses conséquences, il fallait agrandir dans de vastes proportions le crime projeté et transformer l'assassinat en un massacre général. Ainsi raisonna la reine-mère en choisissant le deuxième terme de ce dilemme.

Pour exécuter ce sinistre programme, il fallait avoir l'assentiment de Charles IX; or ce roi avait manifesté sa réprobation à la tentative d'assassinat ; permettrait-il un carnage? Il fallait, d'autre part, se presser, pour ne pas laisser le temps à ce projet de se divulguer et aux chefs huguenots de se disperser et soulever leurs partisans. Pour enlever d'urgence le consentement de son fils, Catherine imagma un complot. C'est alors que se tint, dans l'après-midi du 23 août, le lendemain de l'attentat contre Coligny, le fameux Conseil que nous a raconté l'un de ceux qui y prirent part, le maréchal de Tavannes. € Durant près de deux heures, Catherine torture son fils ; elle passionne, elle irrite son humeur si naturellement violente et, avec un art infernal, elle cherche à provoquer cet accès de fureur sur lequel elle compte pour lui arracher l'ordre du massacre que, de sang-froid, il eût refusé.

« Tout d'abord, elle lui représente l'occasion inespérée qui s'offre à lui de tirer vengeance de tous ces rebelles qui sont venus s'enfermer dans les murs de Paris comme dans une cage. Il a donc enfin le moyen de se laver de la honte de ces traités que le malheur des temps lui avait imposés et qu'en aucun cas, il n'est tenu d'observer.... Et comme il ne s'émeut pas, elle lui rappelle le meurtre du grand François de Lorraine. Celui do l'Amiral n'en sera que la juste expiation.

« Et comme il reste toujours irapaasible, elle le menace,

ainsi qu'elle l'a fait plus d'une fois, de se retirer, de le laisser seul aux prises avec les dangers qui l'enveloppent. Ce moyen est usé et, pour échapper à la tentatrice, il invoque son honneur, ses promesses, ses amitiés.

« C'est là où elle l'attend : ceux qu'il croit ses fidèles sujets, ses dévoués amis, ce sont des traîtres ; ils conspirent; ils en veulent à sa vie, à celle de ses frères. L'heure qui sonne à ce cadran sera la dernière de son règne ; s'il recule, d'autres, à sa place, joueront le jeu. 11 doute encore, il ns veut pas en croire sa mère, il lui faut le témoignage des conseillers qui l'entourent.

« Tous affi rment que les protestants vraiment conspirent. Alors, plus il a mis de confiance en eux, plus son courroux s'en échauffe. 11 y a en lui du tigre ; la férocité de sa nature se réveille et se tournant vers sa mère : « Vous le voulez? Eh bien! qu'on les tue tous ! qu'on les tue tous ! » Et il se relire l'écume aux lèvres, le blasphème à la bouche....

• Après deux heures de repos, la colère de Charles IX ne s'est pas refroidie ; elle a fait place à une résolution sombre. Marcel, l'ancien prévôt des marchands, l'homme d'exécution qui commande à la populace de Paris, a été mandé au Louvre . « De combien de bras pouvez-vous disposer"? lui demande le roi. — Cela dépend du temps. — Eh bienl dans un mois? — De cent mille et plus, si Votre Majesté le veut. — Et dans une semaine? — En proportion de ce nombre. — Et dans une journée? — De vingt mille au moins, j'en réponds. •

« Sur les plus solennels serments, un secret rigoureux lui est prescrit. II transmettra aux chefs des quartiers les ordres du roi ainsi conçus ; • La nuit prochaine, que dans chaque maison, un homme se trouve armé, muni d'une torche et le bras gauche entouré d'une écharpe blanche ; qu'à chaque fenêtre, il y ait un flambeau. La cloche du palais de justice donnera lo signal. »

« Après Marcel, le prévôt des marchands, Le Charron,

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