I. Mémoires de UargueriU de Valoii (éd. Lalanne), p. 3i
le signal, fixé d'abord à une heure avant le jour, soit donné sur le champ ; et au lieu de la cloche du palais de justice, elle fait sonner le tocsin à Saint-Germain l'Auxerrois, l'église la plus voisine.
• Il est deux heures du matin ; le carnage commence ,)0ur se continuer jusqu'à midi ^. »
Do tout ce qui précède découlent avec force des conclusions bien précises.
Le massacre de la Saint-Barlhélemy fut un crime politique et non religieux. 11 fut commandé pour prévenir le soulèvement que menaçait de provoquer l'assassinat manqué de Coligny, et l'assassinat de Coligny avait ou pour unique raison le désir de Catherine de Médicis de se débarrasser d'un rival dans le gouvernement.
Le massacre de la Saint-Barthélomy fut autorisé par Charles IX pour des raisons politiques ;il s'agissait, parle meurtre des chefs huguenots, de décapiter un parti, une faction qui gênait le roi dans son autorité. Au cours des délibérations qui le décidèrent, la question religieuse no fut pas agitée ou tout au moins demeura à l'arrière plan ; il ne fut guère question que du soulèvement possible des huguenots et de leur prétendu complot.
La responsabilité de ce massacre ne peut pas être imputée à l'Eglise; elle ne le réclama pas; elle n'en connut pas même la préparation puisque aucun de ses membres ne fut mis au courant ni de l'attentat contre Coligny, ni des préparatifs de la Saint-Barthélémy ; aucun do ses représentants ne figura dans le conseil qui la décida. Charles IX lui-môme n'a qu'une responsabilité atténuée puisqu'il ne donna son assentiment qu'après de longues hésitations et seulement lorsqu'on lui eut dénoncé le complot imaginaire des huguenots.
I. H. DE La Kerrière. La SaiiU-Barthéleiny, p. ioo-io5. M. delà Perrière a reconstitué cette journée du «3 août d'après les mémoires du temps (TavanneSj Marguerite de Valois, les rayporU det ombassadeurt oéniiunt U les reyisùes de l'Hôtel-de- Ville de l'aris.)
I,A SAINT-DAnTHÉLKMY iSS
C'est sur Catherine de Médicis. et sur elle seule que retombe l'entière responsabilité de ce crime politique, di-ne de cette Renaissance italienne qui avait petn d'immoralité son âme. Elle la revendiqua elle-même dans une lettre au duc de Savoie. . Ce qui a été fait, y disait-elle était plus que nécessaire. » Dans une lettre envoyée à PhiUppe II le 31 août, l'ambassadeur espagnol expUquait fort bien la c.use qui avait déterminé la Saint-Bartheleray • « Le massacre n'a pas été prémédite; ils ne voulaient que la mort de l'Amiral et liraputer au duc de Guise ; mais l'Amiral n'ayant pas été tué du coup d'arquebuse et sachant d'où il partait, ils se sont décidés à ce qu'ils ont fait 1 . En présentant de la même manière le massacre an pape, le nonce Salviati ajoutait que c'était . la vengeance de Catherine. » Devant ces textes et après avoir étudie l'enchaînement des faits, un historien protestant a eu la loyauté de déclarer que la religion ne fut pour rien dans la Saint-Barthélémy, et il en attribue avec raison toute la responsabilité à la jalousie inquiète que Catherine et le duc d'Anjou avaient conçue de l'amiral. « C est à tort ajoute-t-il, que les historiens protestants ont écarté de leurs récits, tout cet ordre de faits, ne voulant voir qu'une quesUon rel;ieuse où la politique eut tant
de part'! » , , . -i-
1 a plupart des manuels scolaires condamnés ont ete obligés de se rendre à la vérité historique, sur ce point. MM Aulard et Debidour déclarent que la Saint-Barlheleray fut inspirée par Catherine de Médicis, Henri de Guise le duc d'Anjou, pour des raisons politiques» : et nous trouvons la même vérité exprimée par M. Devinât. (Cours moyen, p. 56), MM. Gauthier et Deschamps. (Cours moyen p. 40) et MM. Guiot et Mane, (Cours moyen, p. 95.)
, Arrhives nnlionnla, Coll. Simancas K, i53o.
,. CoQOEBEL. Précis dul'UiHoirt riformic de Paris, p. 34.
î. Cour» moyen, p. i56.
Malheureusement, avec celte littérature « laïque », le sectarisme ne perd jamais ses droits. Ce même manuel Aulard et Debidour qui attribue avec raison à de pures raisons politiques la Saint-Barthélémy, en représente en image un épisode.etcet épisode, c'est un moine reconnaissable à son scapulaire barré d'une large croix, qui est en train d'assommer à coups de crucifix un malheureux huguenot. 11 est facile de voir l'objet poursuivi par cette image : il s'agit de graver dans l'imagination des enfants que les assassins de la Saint-Barthéleiny ont été des moines fanatiques et de contredire ainsi, par cette représentation figurée, plus sensible, l'aveu que l'on avait dû faire dans le corps du chapitre; c'est ainsi que ces auteurs entendent la sincérité et la loyauté !
Les auteurs anticléricaux et leurs manuels scolaires ont une autre manière de faire retomber sur l'Eglise tout l'odieux de la Saint-Barthélémy Ils nous la représentent félicitant Charles IX de ce coup providentiel qui anéantissait à jamais l'hérésie, et nous montrent le pape faisant chanter des Te Deum et frapper des médailles pour célébrer le massacre des huguenots ; et ils en concluent qucsil'Eglisen'apas organisé le carnage, elle l'a approuvé et a par conséquent engagé sa complicité morale.
Qu'y a-t-il de vrai dans ces assertions et dans ces déductions?
Nous ne faisons aucune difficulté de reconnaître un certain nombre de faits allégués par les manuels. Oui, il est vrai que, le 6 septembre 1572,1e pape Grégoire XIII choisit, en consistoire le cardinal Orsini pour porter au roi de France ses félicitations pour la Saint-Barthélémy, et que le même iour, il fit chanter, acette occasion, un Te Dcun dans la chapelle de sa résidence, le palais de .Saint-Marc à Rome.Il est encore vrai que, le 8 septembre, Grégoire XI II assista à une messe d'actions de grâces dans l'église nalio nale de Saint-Louis des Français et que, sur le portail de cette église, le cardinal de Lorraine avait fait placer une