LES SCIENCES CHIMIQUES
alcalins, du sulfate de soude et du salpêtre proprement dit. L'emploi de certains minéraux (chrysocolle des Grecs) et de certains sols alcalins confondus sous le nom de borax, pour faciliter la soudure des métaux, était fort répandu. Le sel ammoniac sublimé, inconnu des Grecs, était devenu d'un usage courant dans les laboratoires. On savait extraire les huiles naturelles et résines, préparer par distillation l'eau de rose et les eaux imprégnées de matières odorantes, spécialement les essences de térébenthine et de Renièvre, ces derniers déjà connus des anciens. »
Après un pareil bilan, dressé par M. Berthelot luimême, comment peut-on dire encore, sans mauvaise foi, qu'au Moyen Age les sciences étaient comme mortes? Ne doit-on pas au contraire admirer chez les savants de ce temps une activité intellectuelle d'autant plus grande qu'elle était moins servie par les instruments, et les féliciter d'autant plus de leurs découvertes qu'ils les ont faites sans l'aide de cet outillage de précision dont les progrès accumulés des siècles ont armé nos laboratoires ?
N'est-il pas plus juste de leur appliquera tous le jugement que porte Victor Le Clerc sur les savants alchimistes français du xiv« siècle, Guillaume Baufet, évéque de Paris en'i:il9, et Thomas de Bologne, père de Christine de Pisan et médecin du roi de France Charles V? X Sans doute, dit-il, ils ont poursuivi trop souvent •les chimères, mais par d'utiles observations sur les métaux, ils méritèrent quelquefois le surnom de « perscrutatcur » qui fut donné, en i3t8, à l'auteur du Correclorium Alchimiœ, frère Robert, dominicain d'York, et la science moderne n'a pas dédaigné de reconnaître qu'ils avaient frayé la voie à ses découvertes'. »
I. Discours sur l'éUl des lettres au xiv» siècle. Histoire lilléraire de la France, \\l\, p. 4<"'9-
HISTOIRE PAnriALE, HISTOIRE VRAIE
BIBLIOGRAPHIE
CiiAni.ES. Roger Bacon, sa vie, ses ouirages, sa doctrine. Bordeaux.
i8Ci, in-8o.
l'ouciiET. Histoire des sciences nalurelles au Moyen Age. Paris, i853
Berthelot. Histoire de la chimie au Moyen Age. Paris, Iniprimerif nationale, 189^. 4 vol. in-i".
CIIAPIÏUE IV
Les sciences naturelles et mcdicales au Moyen Age.
Allaud et Debioour (Cours moyen, p. 71;.
Les lettres, les sciences et les arts ont eu tant de vie et tant dëclat en Europe, à la fin du XV' siècle et au AV7«, quil senihtait qu'auparavant ils eussent été comme morts. Bno>soLETTE (Cours moyen, p. 55),
Image représcnlanl Rabelais faisant une dissection Jevaiit ses élèves, avec-cette note : Médecin, il osa le premier opérer à Lyon la dissection d'un cadavre.
p. 63. {Au XVl" siècle), l'ignorance en honneur au Moyen Age, «e dissipe.
Calvet (Cours moyen p. 70).
L'inUlligencc humaine engourdie et morte pendiml le Moyen- Age....
Plvisat (Cours moyen, p. 46).
Quelle différence avec le Moyen Age où l'ignorance était générale, (dii-il de la Renaissance).
RoGiE etDESPiQLEs (Cours supérieur, p. i3;i).
La science au Moyen Age resta timide devant la religion et ne put faire aucun progris...
SOMMAIRE. —Les sciences naturelles dans l'antiquité.— Un grand naturaliste chrétien : le bienheureux Albert le Grand. — Son sens critique. — Sa méthode et ses classiflcations. — Ses découvertes en botanique. — Ses découvertes anatomiques et physiologiques. — Ses études sur les animaux des pays froids. — Le dominicain Vincent de Beauvais. — La médecine dans le haut Moyen Age.
HISTOIRE rAPTIAI.E, IHSTOIHE VRAIE
— La médecine dans les écoles épiscopales et les mo nastères. — La dissection en Italie.en France, à Mont pellier. — Le chirurgien Gui de Cbiauliac médecin de: papes. — Les opérations chirurgicales au Moyen Age.
Sciences nature/tes.
Un rapiile coup d'œil jeté sur les sciences naturelle? à celte époque nous conduira aux mêmes conclusions.
Toutes les connaissances de l'antiquité avaient été consignées dans VHistoire des animatu; d'Aristole, YHistoire naturelle de Pline et les écrits de Galien. Les premiers siècles du Moyen Age chrétien se contentèrent de les enseigner sans chercher à les augmenter. Ainsi firent aussi les Arabes dans leurs écoles de 15agdad et de Cordoue, héritières des monastères de Syrie. Mais bientôt, Arabes et chrétiens voulurent accroître le dépôt qu'ils avaient reçu et des travaux de plus en plus originaux apparurent. Le grand nom qui résume les sciences naturelles des .'\rabes est celui d'Avicenne. Le grand génie qui illustre, dans le domaine de la spéculation, le Moyen Age chrétien est celui du bienheureux Albert le Grand, (jui, dans les sciences naturelles, a eu un rôle aussi mar- <|uant que Roger Bacon dans les sciences physiques. « Albert le Grand est sans contredit l'un des hommes les plus extraordinaires de son siècle et même l'un des génies les plus étonnants des âges passés. » Ainsi s'exprime sur lui l'un des savants du xix' siècle, M. do Blainville, ' membre de l'Académie des sciences et administrateur du Muséum. Son témoignage vaut bien celui des auteurs de manuels laïques ! Ce jugement est ratifié
1. Histoire des sciences de l'organisalion. II, p. 8. M. do Blainville a élé l'un des plus grands naturalistes du xixo siècle. Cf. dans la Grande Encyclopédie l'hommago que lui rend un savant moderne, M. iiahn.
par M. Chereau : « Albert le Grand, (Util, est le véritable chef, au Moyen Age, ilel'École expérimentale... Ilfutpour l'Occident ce qu'Aviceniie avait été pour l'Orient : il agrandit le champ dos sciences naturelles en traçant des lois appelées à jeter sur elles le plus vif éclat'. » Euliu nous avons vu plus haut l'admiraliou que le grand naturaliste Huraboldt professait pour ce saint dominicain du xiii" siècle.
Comme naturaliste, Albert le Grand a composé deu.x immenses traités. Le i>remier, devegetulibus et plantis, esi une botanique ; le second, opiis de ainiiHilibus, est une vaste élude sur les animaux et le corps humain. Il faut ajouter plusieurs chapitres sur les pierres et les métaux qui forment une minéralogie et même une paléontologie, puisque leur auteur parle, dans son chapitre de lapidibiis, des pierres qui ont extérieurement cl intérieurement des effigies d'animau.x, c'est-à-dire des fossiles. Dans l'un et l'autre, il part des connaissances de l'antiquité telles qu'elles lui étaient révélées surtout par Aristote, Théophrasle et Pline; mais il ne s'y confine pas. Comme Roger Bacon, il n'accepte que sous bénélice d'inventaire les leçons de l'antiquité et se réserve d'exercer sur elles une entière liberté d'examen. Pline avait dit, par exemple, que les aigles ne couvent pas leurs œufs, mais les enveloppent dans des peaux de renards et les exposent au soleil pour les faire éclore. Albert le nie; car, dit-il, j'ai éprouvé que c'était absolument faux, « jam experltis sum esse falsissimuHi' ». C'est avec le même sens critique qu'il réfute certaines fables de l'antiquité, telles que celle des Harpyes. Beaucoup de bestiaires du Moyen Age enseignaient que certains oiseaux naissent des arbres et celte erreur s'est perpétuée même dans certains écrits de la Renaissance :
t . Article AIbsrt U Grand dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.