De animalibus, XXIH
40 nlSTOIRF. PARTIALE, iriSTOIRE VRAIE
dans sa Cosmographie universelle, Munster décrivait, eu 1341, l'arbre qui produilainsi lesbernaches cl déclarait qu'il se trouve le long des côtes des Orcades et de l'Ecosse. Albert le Grand détruit celte fable, trois cents ans avant cet érudit de la Renaissance. A rencontre des assertions de Pline, il nie que la salamandre soit incombustible et vive dans le feu.
Ce qui l'a mis en garde contre ces erreurs, c'est que, comme Bacon, il fait de l'observation et de l'expérimentation la méthode des sciences naturelles. Il raconte luimême plusieurs des expériences qu'il fit personnellement pour détruire certains préjugés.
Enfin, il a tenté, bien avant Linné et les savants du xi.\" siècle, une classification méthodique des végétaux et des animaux, en dégageant les caractères essentiels des espèces et, dans chaque espèce, des diffé rentes variétés. « Sous le rapport de la classification, Albert le Grand a fait faire un grand progrès à la partie pratique de la science. Il commence par proclamer la stabilité des espèces ; pour la première fois, il la définit et nous montre le mécanisme par lequel on en constitue des genres. Buffon. comme le dit Blainville, s'est inspiré de ce savant quand il a étudié cette question >. »
Albert le Grand suivait donc la vraie méthode des sciences naturelles ; elle l'a conduit à des résultats qui ont fait l'admiration des grands génies du xix' siècle. Ayant eu à étudier, dans les œuvres d'Albert, le chapitre de rébus melnllicU, le grand chimiste .I.-B. Dumas en loua l'exposition savante, précise et so\ivent élégante ainsi que le sens d'observation dont avait fait preuve son auteur -. Sur plus d'un point, ce savant du Moyen Age parie comme un savant moderne. « L'anatomie végétale lui doit d'avoir fait connaître les principales formes de la fleur qui,
I. PoucHET. Histoire des sciences nalurelles au Moyen-Aije, p. 370a. Dumas. Philosophie chimique, p. 25.
quatre siècles plus tard, servirent à Tournefort pour les ])ases de sa mélliode naturelle^. » Dans uu autre chapitre, l'évéque de Ralisbonne se livre à d'assez longues dissertations sur le sommeil des plantes : déjà il disserte, au xiir siècle, sur l'engourdissement nocturne des végétaux et il faut arriver au xviiie siècle pour que l'immorlel Linné parvienne aie démontrer et auxix". pour que d'habiles expérimentateurs en dévoilent les causes probables-. » Le premier, bien avant Malpighi auquel on en a attribué tout le mérite, Albert le Grand a pénétré la structure de la graine, et en décrivant la phi'siologie de l'embryon, posé les lois de la génération des plantes.
Ses vues sont aussi vraies et aussi originales quand il décrit l'analomie et la physiologie de l'iionime et des animaux. Il a examiné la structure et le mécanisme du corps humain à tous les points de vue, donnant une égale importance à l'étude du squelette, des muscles et des nerfs ; et si, sur uft certain nombre de questions, il répète les enseignements d'Aristote et de Galien, sur beaucoup d'autres, il apporte des vues originales et des résultats nouveaux.
« Entraînés par l'apparence de la tète et par l'importance des organes qu'elle renferme, la plupart des anatomistes ont commencé leurs traités d'ostéologie en décrivant le crâne ; direction vicieuse qui ne fut généralement réformée que par nos modernes zootomistes. Cependant, dès le xiii' siècle, notre savant dominicain avait tracé la marche que notre époque elle-même ne devait adopter qu'après beaucoup d'oscillations. En effet, il commence l'histoire du système osseux en décrivant la colonne vertébrale, qui en constitue rationnellement la base dans tout le premier embranchement de la série animale ; et c'est cette même méthode que suivent actuellement la