I.A LITTKnATUHE Al' MOYEN Af^E 'i
liltératurc avec les mémoires de Villehardouin et de Joiuville. Ses débuts étaient des coups de maître ; car déjà le style de Villehardouin, . le premier des grands prosateurs français, est clair, d'une simplicité grave et emuo. Une vigoureuse intelligence a dominé les faits, saisi les grandes li.rnes, choisi, groupe, organisé ' ». « Quant à la langue do JoinviUe « que Pierre Antoine de Rieux qualifiait d'un peu rude .., elle est, par sa grâce naturelle, l'un des principaux mérites d'un écrivain qui, tout mis en balance, compte parmi les meilleurs de notre ancienne littérature. Si ce n-est pas un historien, c'est un conteur incomparable » ».
A la même époque, la Utlérature espagnole grandit a l'école de la littérature française. Sous le règne d'Alphonse X le Savant, roi de Castille, (1252-1284), « toutes les connaissances humaines furent appelées à contribuer i un concert merveilleux dont l'âme était ce savant monarque. Les scienees naturelles et philosophiques, 1^ jurisprudence et l'histoire, la poésie et toutes les branches du savoir devinrent l'objet d'un culte; l'inteiligent monarque éUit sans cesse occupé à rechercher les hommes et les œuvres qui devaient contribuer au complet développement de ses grandes idées » ». Le roi lui-même était un écrivain de mar.iue puisqu'il a collaboré ù yEstoria -/<• Espaiia et qu'il a composé lui-même des poésies amoureuses et satiriques réunies sous le nom de Ciinti()as il.' Amor e de Maldecir, et 418 poèmes en rh.)nueur de la Vierge.
C'est aussi vers cette époque qu'écrit pour la première fois au xii" siècle, le Romancero du Cid premi sa fornin définitive et devient, par ses beautés, la Chanson de
,. L'historiographie par Gh. Latsglois dans VHistoin .U la liUériiture française de Petit de Jalleville, 11 p. a86.
j. Ibid. II p. 3oG.
î. Amador de lot [iios. cité par Mébihée. Histoire de lu lutéralw '. eiiiuijiwU-, p. ôg.
n* HISTOinE PARTIAI-E, HISTOIRE VRAIE
Roland de l'Espagne chrétienne. « Le style en est simple, bref, clair. La phrase généralement courte ne dépasse guère la mesure du vers.... Toute recherche de mise en scène et de style est ahsente ; l'auteur ignore les artifices de la rhétorique. Mais il trouve souvent, sans les poursuivre, l'iiuage expressive et pittoresque, le trait exactle mot qu'il fallait dire. Ses sentiments d admiration, de pitié, d'honneur chevaleresque, de fierté chrétienne se peignent avec sincérité et naïveté dans une langue dont le vocabulaire est déjà étendu et dont la grammaire, encore hésitante sur quelques points,... tend à se fixer ' ».
A cette épopée nationale font cortège un grand nombre de chansons de geste plus savantes avec le mesler de clerecia dont Gonzalo de Berceo est le plus illustre représentant, plus populaires avec le mesler de joglaria des ménestrels et des troubadours. L'art dramatique apparaît avec le Misterio de los Rcyes Magos. Ainsi, en Espagne, le xii' et le xm" siècle forment une époque littéraire dont l'activité présente les mêmes caractères que la littérature française du même temps. La langue nationale se forme définitivement et la prose apparaît à côté de la poésie qui l'a précédée. Tous les genres littéraires s'affirment et atteignent rapidement le plus grand développement. Les œuvres de facture savante coexistent avec les œuvres d'inspiration populaire, de sorte que ce sont toutes les classes à la fois qui prennent part à l'élaboration de cette littérature vraiment nationale. De l'Espagne comme de la France Renan aurait pu dire que le xiii" siècle y a vu s'épanouir une première Renaissance littéraire.
Conservatrice plus directe de l'antiquité, l'Italie lui est restée plus longtemps fidèle. Elle n'avait encore qu'une littérature latine, alors que déjà les littératures nationales de France et d'Espagne se constituaient ; et c'est à l'école