LA LITTÉRATURE AU MOYEN AOE
le la France et de la Provence que se sont élevés ses premiers poètes. Ils montrèrent une grande activité dès la liii du xii° siècle et au commencement du xui". « Si faible, si insuffisante que soit notre connaissance de la poésie populaire italienne, à cette époque, nous sommes cependant en mesure d'affirmer qu'elle constituait un capital assez riche de motifs poétiques, d'idées et de senlimenls, que les patois s'étaient efforcé», d'exprimer avec une gaucherie qui n'est pas toujours dépourvue de force et même d'une certaine grâce naïve '. »
Le xin« siècle voit se dérouler la longue série des poètes franciscains, « ces jongleurs du bon Dieu, giullari di Dîo », si bien étudiés par Ozanam, depuis saint François d'Assise lui-même, dont les cantiques au soleil et à toutes les créatures sont pénétrés d'un profond sentiment religieux et d'un tendre amour de la nature, jusqu'à Jacopone de Todi, « l'une des physionomies poétiques les plus accusées du xiir siècle », l'auteur présumé du Stabat Mater et du DifS irœ, celui dont les poésies tour à tour mystiques ou satiriques ont soulevé, sous le souffle de leur inspiration, les foules italiennes de ce temps. En même temps, la prose italienne naissait à Florence avec le recueil de contes réunis dans le Novellino, avec les histoires de Diuo Compagni et de Salimbene. En(m, la poésie courtoise produisait une succession de poètes dont les principaux, Guido Guinizelli, Guido Cavalcanti, Cino de Pistoia, ontété des précurseurs de Dante.
L'œuvre monumentale de Dante est l'apothéose de la littérature italienne du xni= siècle. Avec les poésies de la Vita Nuova, le poète porte au plus haut point de pei-fectioules canzoni des troubadours qui l'ont précédé; avec le Comitto, il élève la prose italienne au niveau des plus hautes spéculations de la philosophie et de la métaphysique et fait d'elle un instrument perfectionné de la pensée
i. IlifVETTE, LiUéralure italienne, p. 36.
HISTOIRE PAHIIALE, HISTOIKE VRAIE 6
et) HISTOIRE PABTIA.LE, HISTOIRE VRAIE
humaine. Enfin, la Divine Comédie, l'un des chefs-d'œuvre de l'esprit humain, met le sceau de la gloire à la jeune littérature nationale de l'Italie, et fixe sa langue à tel point qu'elle a à peine changé depuis.
Ce grand génie, dans lequel s'est incarnée l'âme italienne ■ du xni'= siècle, est essentiellement un homme du Moyen Age. Il l'est, non seulement par sa foi chrétienne, mais par son éducation scolastiiiue, par ses passions politiques avec lesquelles il prend part aux guerres civiles de sa patrie et au grand conflit séculaire de l'Empire et de la Papauté. Les légendes du Moyen Age inspirent son œuvre et si l'antiquité, y apparaît, c'est avec les modifications que les siècles du Moyeu Age lui ont fait subir. Après avoir essayé de faire de Dante un homme moderne, comme ils le font pour tout esprit qui déconcerte leurs idées étroites et fausses sur cette époque, les écrivains les plus anticléricaux ont été obligés de constater que le génie de Dante nous représente le Moyen Age, comme la théologie de saint Thomas et les grandes cathédrales gothiques. « La Divine Comédie est le poème du Moyen Age italien par excellence ; car s'il arrive que la pensée de Dante nous semble très moderne, la forme qu'elle revêt, l'expression que le poète donne à ses idées religieuses, politiques, philosophiques ou même poétiques nous déconcerte souvent.. ; nous avons à faire un effort pour nous adapter à un état d'esprit et à un mode de raisonnement qui ne sont pas les nôtres. Dante n'ouvrait pas une vie nouvelle à la poésie italienne ; l'histoire le montre avec assez d'évidence ; son œuvre marque le terme d'une période dès lors achevée que nous pouvons appeler le Moyen Age italien » ».
Si l'œuvre de Dante est le point d'aboutissement de toute la littérature italienne du xii'' et du xiri» siècle, on pourra mesurer l'intensité de l'elTort par lequel, en moins