‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 34 sur 201 · I.A LITTÉRATURE AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

I.A LITTÉRATURE AU MOYEN AGE

ie deux siècles, l'âme italienne arriva des premiers Bssais de sa langue nationale au chef-d'œuvre universel de la Divine Comédie ; et, du même coup, on appréciera le degré de partialité ou d'ignorance de ces « primaires » qui accusent de léthargie intellectuelle les temps qui oni préparé et produit un génie tel que Dante.

«Le XIII' siècle fut, en Allemagne comme dans tous les pays de l'Europe, une épopée brillante et originale... Les langues vulgaires n'étaient pas dédaignées et prenaient un caractère littéraire. Les manuscrits contenant des ouvrages de poésie profane se multipliaient. Une vie nouvelle se montrait partout, pleine d'élan et de vigueur. . . tandis que la poésie française fleurissait des deux côtés de la Manche, l'Allemagne déployait une grande activité littéraire sous les princes de la dynastie de Hohenstaufen. Ces princes n'encourageaient pas seulement la poésie allemande; ils attiraient aussi à leur Cour les poètes français, troubadours ou trouvères Ils étaient poètes eux-mêmes et le recueil des Minnesinger contient des vers gracieux de l'empereur Henri VI '. » Cette époque particulièrement vivante marque une Renaissance de l'esprit allemand. La poésie des Niebelungen, qui avait nourri l'imagination populaire dans le haut Moyen Age, étant sortie elle-même des légendes et des récils populaires, était en décadence et le monde germanique allait demander des modèles à la France, plus avancée que lui dans sa formation littéraire. Dès le milieu du xii' siècle, le curé Conrad traduit en allemand la Chanson de Roland et cette traduction initie à la poésie chevaleresque la nation teutonique. Elle s'y essaie, dès la fin du XII" siècle, et successivement apparaissent des chansons de geste dont les sujets sont empruntés aux cycles de l'antiquité ou du christianisme en faveur en France. Le xiii' siècle voit paraître ainsi le Poème (l'A-

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lexandre du curé Lamprecht, la Guerre de Trote de Herbert de Frilzlar et de Henri de Waldeck, les poèmes de la Table Ronde d'Hartmann de Aue, les poèmes du cycle du Saint-Graal de Wolfram d'Eschenbach, enfin Tristan et IsolL de Gotfrit de Strasbourg.

Ces chansons de gestes sont transmises à toute l'Allemagne par les chanteurs du gai savoir, les Minnesinger, dont le plus important, Waller do la Vogelweide, fut, lui aussi, un grand poète. « Il peut être considéré à plus d'un titre comme le chef du groupe lyrique des Minnesinger. 11 chanta d'abord, comme ses contemporains, les fleurs, les oiseaux, le printemps; mais il les chanta avec plus de vérité. Les sentiments intimes prirent chez lui une expression moins vague, plus personnelle. En même temps, il élargit l'horizon poétique. Quittant le cercle étroit où s'alanguissait la muse des Minnesinger, il observa le monde où il vivait, il s'intéressa au sort de sa patrie. Il osa demander compte aux empereurs et aux papes de ce qu'ils faisaient pour le salut de l'Empire et de la Chrétienté. Enfin, il donna plus d'importance à la satire qu'à l'élégie et le premier, il jeta une note énergique dans la molle harmonie des chantres d'amour». »

En approchant de son déclin, le xm' siècle vit se multiplier les écoles des Maîtres-Chanteurs; du xii" au xiii"siècle,on connaît plus de deux cents Minnesinger, sans compter ceux dont les œuvres sont encore inédites ou ne sont pas encore identifiées.Trou vères d'abord,se contentant d'aller réciter de manoir en manoir les vieux poèmes des Niebelungen ou les chansons de gestes do provenance française, ils deviennent eux-mêmes poètes lyriques, élégiaques, satiriques et dotent ainsi la poésie allemande de genres nouveaux. Et tandis que la poésie savante était leur œuvre, les poètes populaires continuaient, avec leurs lieder, les traditions primitives de la poésie, pour s'épa-

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