‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 40 sur 201 · L ART BYZANTIN · texte numérisé non relu

L ART BYZANTIN

du-Port près Nancy, beaucoup d'églises normandes et bretonnes ; et à l'étranger, le cloître de Gloucester et un grand nombre d'églises anglaises; Saint-Jacques de Liège, les cathédrales de Gand et de Malines, J'hôtel de ville d'Oudenarde en Belgique ; Saint-Sébald et Saint-Laurent de Nuremberg, la cathédrale de Munich, l'église d'Ulm eu Allemagne ; la cathédrale de Vienne en Autriche ; et en Italie la calliédrale de Milan, le plus gigantesque monumentde ce style, et le gracieux palais des doges à. Venise. Cette simple énumération suffit pour montrer à quiconque a voyagé combien fut splendide le déclin du gothique ; il finit en jetant le plus vif éclat, comme un magnifique coucher de soleil.

L'art byzantin.

Cette intensité de vie, cette curiosité toujours en éveil, celle fécondité sont communes à toutes les autres branches de l'art du Moyen Age. Nous en saisissons les premières origines, lorsque l'Eglise persécutée donnait naissance, aux catacombes, à l'art chrétien, avec ces peintures symboliques ou évangéliques qui se servaient des procédés antiques pour glorifier la religion nouvelle. Nous les retrouvons ensuite dans les mosaïques qui décorent les premières basiliques chrétiennes construites après la conquête de la liberté ; dans les sculptures qui ornent les sarcophages ; enfin dans les fresques des antiques églises qui préparent la naissance de la peinture médiévale.

L'époque byzantine a développé ces premiers essais. Elle a couvert de mosaïques ses églises et ses palais au point d'en faire un élément essentiel de leur décoration ; et nous pouvons, encore de nos jours, en admirer la richesse et la majesté dans les monuments de Cens-

tantinople, de Rome, de la Sicile et de l'Orient grec et russe. Du iv" au xv« siècle, cet art a décoré d'enluminures, grossières parfois, mais parfois aussi du plus pur dessin, un grand nombre de manuscrits que conservent les musées, les bibliothèques et les trésors d'églises. Mentionnons tout particulièrement le Psautier de la Bibliothèque nationale de Paris : écrit dans ce x° siècle que l'on nous représente comme le plus barbare du Moyen Age, il conserve, avec une fidélité étonnante, les procédés et le plus pur style de l'antiquité.

Tous les arts industriels ont été cultivés par les Byzantins : celui des tissus et des étoffes précieuses pour les tentures des églises et des palais, les suaires des reliques, les vêtements liturgiques ; la sculpture sur bois qui a exécuté, dès le V siècle, les belles portes de Sainte- Sabine à Rome ; la sculpture sur ivoire avec les diptyques, les coffrets, les couvertures de livres, les statuettes, les pyxides qui sont conservées avec un soin si jaloux dans les musées ; la fabrication des émaux et la ciselure des métaux précieux décorés de pierreries pour les vases sacrés, les objets du culte, les autels, les couvertures d'évangéliaires et tous les objets nécessaires au luxe des palais impériaux et seigneuriaux. Sans doute, hypnotisé par la tradition antique dont il ne sut pas se libérer suflisamment, le byzantinisme ne présenta pas toute la vie qui débordait dans l'Occident latin ; cependant, on ne saurait méconnaître, dans beaucoup de ses œuvres, « un mélange de grâce et de force, de mesure et de hardiesse, de sentiment et de caractère », qui est la marque irréfutable des œuvres vraiment artistiques ^.

La fusion de la tradition latine persistant au milieu des barbares et des influences byzantines produisit, au vin" et au IX» siècle, ce renouveau des lettres et des arts que l'on

I. A. MicuEL, op. rit., I. p. 299. article de Millet sur t^rl

byzantin.

a appelé la Renaissance carolingienne i. Nous en avons peu de traces, soit que ces œuvres aient disparu, soit qu'eUes aient été peu nombreuses. Il semble cependant que sur l'ordre de Charlemagne et des grands personnages de sa cour, des décoraUons en mosaïques ou picturales aient été exécutées dans des palais et des églises. C'est surtout de la miniature qu'il nous est resté des spécimens importants; les bibliothèques nous ont en effet conservé un certain nombre de manuscrits exécutés sous Charlemagne et ses successeurs dans plusieurs vUIes et monastères de l'empire. Ce sont par exemple l'Evangéliaire de Saint-Médard de Soissons, la Bible dite de Charles le Chauve, les Evangiles de Lothaire, la Bible de Bamberg, le Sacr'amentaire de Metz. Or, dit un critique, «ce qui frappe quand on examine d'ensemble les manuscrits carolingiens, c'est avant tout l'extraordinaire élan dont ils témoignent vers un idéal renouvelé non seulement de luxe et de splendeur, mais encore de noblesse et de style : » et plus loin il loue à maintes reprises « l'originalité de cette école qui, éclectique par les larges emprunts qu'elle avait faits à ceux qui l'avaient précédée, en Irlande, en Angleterre, en Italie et à Constantinople, sut cependant, par ses procédés nouveaux, se donner un caractère personnel et exercer une influence considérable sur les siècles qui la suivirent.

L'art roman.

L'art roman, au xi" et au xii" siècle, fit faire les plus grands progrès à la sculpture- Vers l'an raille, lorsque s'arrèU le mouvement artistique de l'époque de Charlemagne, elle ne produisait guère que des œuvres in-

formes comparables aux « essais enfantins ou aux bonshommes de pain d'épice des foires populaires '. • Mais bientôt, sous l'action des monastères et en particulier de l'abbaye de Cluny, des sculptures de plus en plus habiles, imitées tout d'abord de l'art byzantin mais chaque jour plus originales, vinrent décorer les églises et les cloîtres dont se couvrait la chrétienté. C'est alors que paraissent les chapiteaux, décorés de sujets, de Notre-D;mie du Port à Clermont, de la cathédrale du Puy et qu'est exécuté le portail déjà si majestueux de Conques, avec les scènes du Jugement dernier.

«Pendant que s'affirmaient ainsi dans ces régions centrales la vitalité de l'art roman, au Midi, à l'Ouest et à l'Est se développaient, avec une abondance et une puissance singulières, trois écoles qui témoignaient, soit par l'adaptation originale de la sculpture à l'architecture, soit par la force et l'intensité de l'expression dramatique, soit enfin par les raffinements d'une technique élégante et même précieuse, d'une particulière originalité... Si elles furent tour à tour absorbées par l'art du Nord, elles n'en restent pas moins, dans l'histoire, les foyers principaux où la sculpture du xn" siècle, sous sa forme romane, atteignit l'expression la plus haute et où s'élaborèrent, au moins dans l'activité des ateliers du Languedoc et de la Bourgogne, quelques-unes des forces qui devaient alimenter l'art de l'avenir. »

C'est tout d'abord l'école du Languedoc dont le centre est Toulouse. Elle produit les sculptures et le tympan de Saint-Sernin de Toulouse ; le cloître de Moissac avec ses soixante-seize chapiteaux richement décorés de scènes empruntées à l'Ancien et au Nouveau Testament; le tympan du portail de Saint-Pierre de Moissac où se développent, en trois zones, les scènes du jugement dernier et dont on a écrit: «le jour où ce tympan fut découveit aux

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