I. Ibid., p. i4o
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tiraient de la pierre les milliers de statues qui devaient bientôt prendre leur place sur les voussures, les trumeaux, les linteaux et les tympans des portails, contre les piles du pourtour de l'église, sur tous les pinacles qui les couronnaient, dans les galeries qui entouraient d'un royal bandeau la façade des grandes cathédrales, enfin sur les tombeaux, et les autels, dans les niches des jubés, dans les clôtures du chœur et des chapelles. C'est ainsi que se forma et se développa, sous l'influence, sous la direction même de l'Eglise, « la plm admirable sculpture monumentale qui ait paru dans le monde depuis la Grèce antique '. »
Ces artistes du Moyen Age que l'on nous représenterait facilement comme figés dans la contemplation de types hiératiques, fixés à jamais dans leurs attitudes conven- Uonnelles, fout appel à la nature entière. Toutes les bêtes qui ont vécu sous leurs yeux, ils les reproduisent sur les bordures des portails, des galeries etdes clôtures, comme dans les chapiteaux. Cela ne leur suffit pas : ils appellent à leur aide la légende et imaginent une foule d'animaux fantastiques et de monstres pour varier encore leurs décorations. La flore apporte aussi ses richesses à l'art gothique. « VioUct-le-Duc a dit admirablement avec quel ait savant, quel goût délicat et sûr, les imagiers ornemanistes surent l'utiliser, comment la feuille de fougère, au moment où elle commence à se développer, l'arum qui s'épanouit au printemps dans les plaines humides de l'Ile-de-France, la puissance vitale des bourgeons qui vont s'ouvrir, les lignes énergiques de leurs tigettes naissantes et gonflées de sève, les pistils, les graines et 'usqu'aux étamines des fleurs, fournirent aux premiers ornemanistes gothiques leurs modèles et leurs inspirations. C'est avec ces éléments qu'ils composèrent le
I. Ibid., p. i/io. C'est celle sculpture que MM. Rogic el Despiques cou>Tent orgueilleusement de leur dédain 1
décor du chœur de Notre-Dame de Paris. ' Puis de l'imitation de la flore naissante ils passent à celle de la flore qui se développe : les tiges s'allongent et s'amaigrissent, les feuilles s'ouvrent, s'étalent, les boutons deviennent des fleurs et des fruits ; la forêt et le verger, le jardinet la prairie, lierre, cresson, persil, liseron, mauve, plantin, églantier, vigne, érable, chêne, la nature entière sont mis à contribution et, dans les feuillages épanouis, les oiseaux du bon Dieu, jusque sur les tombeaux, viendront faire leur nid. »
Cette ornementation, aussi luxuriante que la nature ellemême, sert de cadre à des scènes de la plus grande beauté religieuse et artistique. C'est la Mort et le Couronnement de la Vierge sur un grand nombre de portails, en particulier sur le portail de gauche de la façade ouest de Notre- Dame de Paris, t le chef-d'œuvre de cette innographie de la Vierge fait par un sculpteur de génie ;'» l'Annonciation, la Visitation, la Présentation décorant de leurs admirables statues le portail de la Mère-Dieu à Amiens, € l'illustration monumentale la plus complète et la plus importante du culte do Marie qui soit parvenue jusqu'à nous. » Ce sont les mêmes sujets sculptés sur le portail de Reiras avec les statues si parfaites de l'Ange de l'Annonciation, de la Vierge de la Visitation, de saint Joseph, qui par leur harmonie, leur délicatesse, leur élégance, peu vent se comparer aux chefs-d'œuvre de la statuaire grecque. Ce sont enfin les Vierges, tantôt majestueuses dans leur maternitédivine comme à Paris, tantôt gracieuses et aimables, souriant à l'Enfant- Dieu, comme la Vierge de Reims et la Vierge de la porte dorée d'Amiens. Le Christ de Majesté, trônant sur les tympans ou droit dans une attitude grave sur le trumeau des portails, a été traité avec génie parles artistes du Moyen Age. Citons le Beau Dieu d'Amiens, à l'entrée
Ibid., p. 147.
Jbid.. p. 145.
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principale de la cathédrale « avec n sérénité pensive, son autorité, sa noblesse, sa douceur, et sa beauté classique ». Les saints font un magnifique cortège à la Vierge et au Christ ; quelquefois même, un portail tout entier est consacré à tel d"cntre eux, à sa vie et à ses miracles. Sainte Geneviève est ainsi glorifiée par l'art à Paris, saint Firrain à Amiens, saint Martin à Chartres, saint Rémi à Reims, saint Etienne à Sens et à Paris, saint Thomas à Scmur. Enfin les anges forment autour de Dieu et de la Vierge une auréole de gloire, soit qu'ils balancent des encensoirs, soit qu'ils portent des candélabres, soit qu'ils déroulent des banderoles célébrant les louanges du Christ et de sa Mère. A Reims, « leur théorie se développe au-dessus des piliers contrebulants ; aux ébrasements des portails, ils assistent les saints martyrs et interviennent dans les scènes du Nouveau Testament; au jugement dernier enfin, ils se mêlent avec. une nuance d'empressement souriant et courtois : en apportant à Abraham les petites âmes dont ils ont le dépôt, chacun d'eux fait sa plus belle révérence. La cathédrale de Reims est par excellence la cathédrale des anges*. »
Plusieurs de ces statues d'anges ou de saints étaient des portraits ; mais c'est surtout sur les tombeaux qu'il faut chercher les représentations figurées des personnages historiques. Ils sont nombreux dans les églises du Moyen Age, malgré le vandalisme huguenot ou révolutionnaire qui en a détruit la plupart. Sur le sarcophage, le défunt était représenté couché et, sur les faces du tombeau, un nombre parfois considérable de personnages rappelaient les scènes de sa vie. Citons les statues tombales de Saint- Denis, et en particulier le mausolée que saint Louis y fit élever à Dagobert, le fondateur de l'abbaye.
« C'est dans les chantiers des grandes cathédrales que la sculpture du xui» siècle eut ses foyers créateurs ;