AU LECTEUR XV
C'est encore la haine du catholicisme qui a inspiré aux auteurs des manuels condamnés leur sympathie mal dissimulée pour le protestantisme. Ils ont gardé un silence prudent sur les enseignements de la Réforme qui heurtent le plus la raison et la nature, tels que la doctrine du serf arbitre et du fatalisme, de l'inutilité morale des bonnes œuvres. Ignorant ou voulant oublier que Luther et Calvin ont exagéré jusqu'à l'absurde certains dogmes chrétiens, ils n'ont voulu voir en eux que des penseurs révoltés contre l'Eglise et les ont présentés, comme tels, à l'admiration de la jeunesse. Sur cette grave question de la Réforme, il était donc nécessaire de rectifier et de compléter « l'histoire partiale » enseignée par les manuels condamnés.
A la lumière des textes et de leurs propres déclarations, les Réformés du xvi= siècle nous sont apparus non comme ces philosophes tolérants, à l'esprit largo et même sceptique, apôtres du libre examen, que nous décrivent les auteurs la'iques, mais comme des sectaires farouches prêchant et pratiquant l'intolérance non seulement contre le catholicisme, mais contre quiconque témoignait à leur endroit de la moindre indépendance. Ces protestants du xvi« siècle que l'on nous faisait passer comme d'humbles persécutés, finissant par prendre les armes pour défendre leurs croyances et leur vie, les textes nous les montrent appelant la tyrannie des lois, la violence des révoltes, les horreurs de la guerre civile au secours de leurs doctrines, écrasant par de sanglantes exécutions le catholicisme partout où ils étaient les maîtres, et essayant de le supplanter par la révolte partout oii ils avaient contre eux les gouvernements; et ainsi, ces guerres de religion que, dès notre enfance, les livres
XVI HISTOIRE PAUTIALE, HISTOIliE VIIAIE
officiels nous avaient présentées comme le résultat déplorable des persécutions décrétées par les catholiques contre les protestants, nous sont apparues comme la réponse des catholiques aux provocations huguenotes.
C'est avec tristesse que nous avons évoqué le souvenir de ces haines fratricides qui ont failli détruire l'unité de notre Patrie. Les manuels condamnes nous y ont conduit. Si nous avons cru devoir rappeler le vandalisme protestant et les ruines irréparables qu'il a accinnulées dans la France et dans l'Europe du xvi" siècle, si nous avons dénoncé la trahison d'un Coligiiy et les cruautés des bandes huguenotes, ce n'est pas pour réveiller les haines religieuses si mal assoupies, mais pour restituer aux faits et aux personnages historiques leur vraie physionomie.
Le triste tableau que nous avons retracé de nos ancicimes discordes civiles, nous éloignera davantage des sectaires qui voudraient les faire renaître de nos jours ; et ces sectaires, ce sont les auteurs et les maîtres qui, oubliant les règles les plus élémentaires de l'imjiarlialité historique, ne voient dans leur enseignement qu'un moyen de prêcher la haine contre le catholicisme et le mépris conLre les traditions catholiques de la France