LA PEINTURE A LA FIN DU MOYEN AGE
fut, pendant tout le xiv» siècle, le rendez-vous de peintres de tous pays, auxquels étaient confiés les travaux de décoration à fresques du palais apostolique en construction. A Paris, toute une dynastie de peintres, Evrard d'Orléans, sous les derniers Capétiens directs, Gérard d'Orléans sous les premier Valois, Jean d'Orléans sous Charles V et Charles VI, François d'Orléans sous Charles VI, reçurent des commandes pour les châteaux, les sanctuaires et les palais royaux ; c'est sans doute à Gérard d'Orléans que nous devons le portrait si vivant, si « réel » de Jean le Bon, conservé à la Bibliothèque nationale. Encore plus que sou père, Charles V, (« ce sage artiste », dit Christiue de Pisan), fit décorer de peintures murales le Louvre et l'hôtel Saint-Pol par Jean d'Orléans et Jean Coste ; l'inventaire de ses raeulilcs mentionne vingt tableaux. C'est lui qui commanda pour sa chapelle, sans doute à son peintre Jean d'Orléans, le Parement d'autel dit de Narbonne, pièce de soie décorée de dessins et en particulier d'un portrait du roi.
En 1391,les maîtres sculpteurs, peintres et enlumineurs de Paris formèrent une confrérie de Saint-Luc, vraie académie des beaux-arts, et nous avons les noms de plusieurs de ceux qui la composèrent. C'étaient Jean d'Orléans, auquel Charles VI demanda im diptyque représentant plusieurs saints ; Colard de Laon, qui peignit pour Isabeau de Bavière un saint Louis ; Etienne Lamielier, Jean de HoUande, peintres de Jean, duc de Berry, pour lequel ils firent cette galerie de portraits qui ornait le château de Bicétre et y lut brûlée pendant les guerres des Armagnacs et des Bourguignons.
Les ducs de Bourgogne appelèrent des peintres à leur cour de Dijon, pour y travailler avec leurs « imagiers ». De ce nombre fut l'artésien Jean de Beaumetz qui travailla avec Sluter à la Chartreuse de Cliampmol, où il décora vingt-quatre cellules et peignit plusieurs retables. Son
atelier qui occupait dix-neuf ouvriers rappelle ceux de la Renaissance italienne. Il eut pour successeur, en 1396, Jean Malouel, l'auteur de scènes de la vie de saint Denis dont il reste un panneau conservé au Musée du Louvre. Après sa mort (1415), ce fut Henri Bellechose qui dirigea l'atelier et décora Saint-Michel de Dijon et plusieurs châteaux des ducs.
Aux Pays-Bas, la peinture atteignit rapidement un très haut degré de perfection, grâce aux deux frères Van Eyck. Jean et Hubert. Leur chef-d'œuvre est le fameux retable de l'Agueau mystique qui décore l'église Saint-Bavon de Gand et qui fut peint vers 1417. Il peut soutenir la comparaison avec les plus belles productions de la Renaissance, soit par riuiporlance de la composition qui ne compte pas moins de deux cent cinquantehuit figures, soit par l'habileté dont firent preuve les artistes dans le groupement des personnages, la disposition des draperies, la beauté de l'expression, la science elle réalisme du dessin. Jean Van Eyck survécut. à sou frère et ajouta au « sublime » retable sorti de leur collaboration, de nouveaux chefs-d'œuvre qui lui sont personnels. C'est une série de Vierges et de Saints devant ' lesquels prient les donateurs, représentés avec un aii et un réalisme merveilleux; car c'est sui-tout dans l'art essentiellement français du portrait qu'il excelhdt. Les critiques s'accordent à célébrer « la richesse de la production des Van Eyck, le rôle sans précédent et sans analogue par la suite qu'ils ont joué, leur action sm- l'avenir. ... Les deux illustres frères sont entrés en lice à l'heure où la peinture, déjà en possession d'éléments vitaux, ignorait le parti qu'elle en pourrait tirer et cherchait toujours sa voie. Us ont reconnu, approprié les ressources disponibles; ils ont orienté l'art moderne vers l'expressive réalité de la nature: il» ont ouvert des perspectives vers tous les horizons et frayé les routes vers tous les