‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 57 sur 201 · LES ARTS DECORATIFS A LA FIN DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LES ARTS DECORATIFS A LA FIN DU MOYEN AGE

Italie, dans la seconde moitié du XV siècle, elle dut se mettre à l'école de ces flamands qui avaient conservé, en l'élargissant, la tradition du. Moyen Age.

Dès la première moitié du xiv siècle, l'orfèvrerie française était déjà si active que les rois Jeau le Bon et Charles V cherchèreat à ea modérer le luxe par les ordonnances de 1355, 1356 et 1365. Mais ce fut en vain. «A partir du règne de Cliarles V, dit Renan, l'orfèvrerie et la joaillerie française prennent un essor surprenant. On en recherche les produits dans toute l'Europe... Ses travaux offraient une extrême variété. Dans les églises, c'étaient dés chandeliers, des burettes, des croix, des encensoirs, des reliquaires, des vases de formes diverses destinés à renfermer l'hostie consacrée, des mitres enri- ■ chies de perles, de pendants d'argent, de plaques ciselées. Dans les palais, c'étaient des fontaines d'argent, des 'bassins d'argent, lampes, Hacons,aiguières,nefs,drageoirs, salières, saucières, tasses, pots à bière, surtouls de table singulièrement riches, coffrets, échiquiers de jaspe et de chalcédoiue avec pièces de jaspe et de cristal, diptyques d'ivoire, des couronnes, des diamants, etc. Les objets de dévotion n'y manquaient pas: ouvrages de sculpture représentant surtout les sujets de la vie de Jésus-Christ images de saints, vierges d'albâtre, couronnes de perles et de pierres précieuses. Les chlsses de saints continuent à être l'occasion de riches ciselures imitant l'architecture gothique... Le buste de saint Bernard de Clairvaux. destiné à recevoir la tête du saint, exécuté en 1334, était soutenu par six Uonceaux; le bas était décoré de vingt-quatre plaques émaillées. Les calices étaient couverts de sculptures ; autour de la coupe, les douze apôtres ; autour de la pomme, les quatre évangélistes ; au pied, un crucifix. L'inventaire de la Sainte-Chapelle nous montre son trésor coimne un vrai musée de pierreries et d'émaillerie. ' »

i. Ruai. Histoire liltiraire de la France, xiiv, p. 74».

Cette énumération déjà si longue est cependant iucora plète. Elle ne lueulionne ni les fennails des chapes, ni les monstrances, ni les instruments de paix ou Agnus Uei, ni les crosses épiscopales, ni les croix processionnelles. Tous ces objets se trouvaient en foule dans les trésors des cathédrales, des monastères, des Saintes-Chapelles et des églises, dans les collections des rois, des princes qui furent, au xiv« et au xv° siècle, des amateurs pleins de goût et de magnificence. Le vandalisme de la Réforme et de la Révolution, les vicissitudes des siècles se sont acharnés contre eux et les ont en grande partie détruits, et cependant, ils forment encore d'importantes séries dans les trésors de nos cathédrales, dans nos musées et dans les collections privées. La plupart des villes de Franoc et de Flandre avaient leurs corporations d'orfèvres ; celle de Paris ligure au livre des métiers d'Etienne Boileau, au xiii" siècle ; en 1292, elle comprenait cent seize maîtres, et au xiv» elle compta parmi ses membres Etienne Marcel. Limoges avait la spécialité des émaux et envoyait ses artistes éniailleurs à Paris et jusqu'à Montpellier. Toulouse, Lj'on, Auxerre travaillaient aussi les métaux précieux et la cour des papes avait acclimaté à Avignon cet art qui convenait si bien à ses splendeurs.

Les princes qui régnèrent dans la seconde moitié du xiv» siècle et au xV montrèrent un goût tout particulier pour les bijoux. Jean le Bon, Charles V, Isabeau de Bavière eurent leurs orfèvres attitrés, ainsi que les ducs d'Anjou, de Berry, de Bourgogne et d'Orléans. De tous ces princes, les plus magnifiques furent sans doute les ducs de Bourgogne et ce fut sous leur impulsion que la Flandre etles Pays-Bas devinrent le pays de l'ortèvrerie, comme il était celui de la tapisserie, de la peinture, et en un mot de tous les arts. Dès lors, Dinant travailla le cuivre, Arras les métaux et les pierreries. « Presque toutes les villes de Flandre et de Brabant curent de même des écoles

LES ARTS DÉCORATIFS A LA FIN DU MOYEN AGE t2.>

(l'orfèvrerie. La confrérie des orfèvres de Gand était une vraie puissance. » (Renan).

La réputation des artisans français et flamands devint rapidement universelle. On les appela dans tous les pays pour y apporter les procédés de leurs fabrications. Dès le xiii» siècle, lorsque Rubruckalla en pleine Asie, au Karakorum et en Chine, il trouva dans l'entourage des Khans tartares un orfèvre parisien. Combien à plus forte raison rencontr;iit-on d'artistes français dans les pays d'Europe! Ce qui contribua à étendre ainsi la mode française à l'Europe entière, c'est que la plupart de ses souverains appartenaient à la maison de France, comme les rois do Naples, de Hongrie (maison d'Anjou) ou à des maisons féodales françaises, comme les rois d'Angleterre (Flantagenets), de Navarre (maison de Champagne) et de Chypre (Lusign'an) ou bien faisaient à Paris de fréquents séjours comme les rois de Bohème et d'Ecosse. Comment nous étonner, dès lors, que « l'article de France » ait, dès le XIV" siècle, réglé la mode et ait été imité partout ? Voilà pourquoi c'est l'orfèvrerie française que l'on retrouve en Italie et en Espagne, et pourquoi encore les arts décoratifs de l'Allemagne ont une parenté si rapprochée avec ceux deFlandre et des Pays-Bas. De même, la première fabrique de tapisseries établie à Rome sous la Renaissance, par Nicolas V, l'est par un Parisien.

L'Europe donne donc, à la veille de la Renaissance, le spectacle d'une grande activité artistique, mais c'est surtout à la France et à la Flandre française qu'elle la doit. On ne s'explique donc pas que les manuels scolaires présentent comme de grossiers barbares les seigneurs et les soldats qui prirent part, sous le commandement de Charles VIII et do Louis XII, aux guerres d'Italie, et qu'ils décrivent la France d'alors comme un pays de sauvages que la contemplation de l'Italie allait initier aux splendeurs de la Beauté artistique. Parler ainsi de la France qui, depuis trois siècles, était à la tête du mouve-

ment artislique et s'était faite l'éducatrice de l'Italie elle-même, c'est calomnier notre patrie et travestir la vérité; mais qu'importe à ces auteurs, pourvu qu'eu abaissant le Moyen Age, ils croient abaisser l'Eglise ? n'est-cepaslo but Quai qu'ils poursuivent et pour l'obtenir, tous les moyens leur sont bons !

Bibliographie

A. MicuEL : Hisloirc de l'Art (en cours de publicalion) 6 vol. in-

Page 1