‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 59 sur 201 · LA CONNAISSANCE DU MONDE AU MOYEN ACE · texte numérisé non relu

LA CONNAISSANCE DU MONDE AU MOYEN ACE

nombre dans des proportions considérables et alors qu'on uo comptait jusqu'ici que cinq systèmes religieux : le christianisme avec ses trois familles (le catholicisme, le protestantisme et l'Église grecque), l'islamisme, le brahmanisme, le boudliisrae, le fétichisme; on découvre maintenant des « milliers de religions », mettant sans doute sur le même pied que le christianisme les moindres superstitions particulières qui distinguent les unes des autres les innombrables tribus sauvages.

En même temps qu'on éraiette ainsi à l'infini les systèraesreligieux, on augmente arbitrairement le nombre de leurs adhérents et on baisse celui des chrétiens.

Le calcul qui inspire ces fantaisistes statistiques est facile ;\ découvrir. On tient à présenter à l'enfant la religion sous la forme d'une tour de Babel où un nombre presque infini de systèmes religieux se choquent perpétuellement, où des hommes sô réclamant de Dieu parlent une multitude de langues inintelligibles les unes aux autres. Dans cette confusion, on lui montre au même rang que les autres, ou même humiliée, avec un nombre inférieur de sectateurs, en face du boudhisnie et du brahmanisme, cette religion catholique qu'il avait mise jusqu'ici hors de pair en face des quatre ou cinq autres qu'on lui avait nommées et qu'on lui avait représentées comme des systèmes d'erreur. Et lorsque, surpris de ce spectacle, l'enfant hésite, on lui suggère qu'entre tous ces systèmes, il doit choisir librement, ou même s'abstenir et demeurer dans l'indifférence, aucune religion n'étant nécessaire et leur extrême variété étant peut-être l'indice de leur fausseté à toutes.

On lui fait croire, à cet enfant de dix à onze ans, qu'il a toute qualité pour juger tous les systèmes religieux et qu'à son âge, avec les connaissances qu'il acquiert pour Iecertilicatd'études,il est parfaitement en état dediscerner les mérites respectifs de l'idéal chrétien et de l'idéal bouddhique et de trancher le conflit élevé, depuis près de

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quatre siècles, entre la théologie de Calvin ou de Luther et celle de l'Eglise. Ou insinue que la foi est le partage des ignorants, et que seuls restent catholiques ceux qui, ne connaissant pas le monde, s'imaginent qu il n y a qu une religion, la leur. Dès lors, l'enfant est tenté de renier ses croyances, pour prouver sa science et la libération de son intelligence. .^ ,

C'est le Moyen-Age que l'on exploite pour cette apologélique à rebours. Après avoir insisté sur son caractère chrétien, sur le rôle exclusif qu'on y prête à 1 Eghse, on essaie de démontrer qu'il n'a été chrétien que parce qu'il a été ignorant. S'il s'est ainsi attaché à l'Eglise catholique, cestqu'il n'a pas connu d'autre église et que.ne soupçonnant même pas l'existence d'autres rehgions. il na pas pu mettre en balance le système religieux dans lequel il vivait avec ceux qui demeuraient en dehors de l'horuou borné de ses connaissances. Ainsi, la fermeté de son catholicisme prouvera que catholicisme etignorance marchent

de pair.

La Renaissance au contraire nous est présentée comme un élargissement de l'esprit humain. Elle révèle au monde étonné de nouveaux peuples, une infinité de religions, et l'humanité, mise en demeure de choisir, se détache de la foi des anciens temps sans en adopter de nouvelle: l'in. telligence enfin éveillée discute tout ; rejetant l'Inconnaissable, c'est-à-dire Dieu qui ne saurait tomber sous la perception de la Raison, elle se libère de toute religion.

Pour que ce raisonnement soit irréfutable, pour que cette argumentation irréligieuse soit solide, il faut démontrer historiquement que, pendant tout le Moyen-Age, l'Europe chrétienne a vécu repliée sur elle-même et que les Européens ont dû attendre les siècles éclairés de la Renaissance pour découvrir d'autres mondes que le vieux monde romain, d'autres religions que le cathohcisrae.

Voilà le sens, et la portée de l'affirmation de M. Calvet.

Hâtons-nous d'aiouter qu'elle est une erreur et que,

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