I. Europe du Nord et Amérique
Les Romains avaient peu ajouté aux notions que leur avaient léguées les voyageurs grecs tels que Pytliéas de Marseille. A l'époque impériale, ils avaient une connaissance superficielle do l'Irlande et de celle grande lie i située au Nord de la Balliquo et qu'ils appelaient Scandiu. L'abandon par eux de la Grande-Bretagne, au commencement du V» siècle, aurait eu pour résultat de rendre plus rares et plus vagues les relations du monde méditerranéen avec le Nord, si les voyages des missionnaires ne s'étaient substitués aux expéditions des légions, et n'avaient donné une nouvelle vie aux explorations. En effet, vers le même temps, saint Patrice alla évangéliser l'Ir lande qui, devenue chrétienne, entra en relations de plus en plus étroites avec le reste de l'Europe (milieu du v' siècle). Fondés au vi» et au vu» siècles, les monastère? irlandais devinrent des centres d'évangélisationet d'explo ration, comme ceux de l'Ecosse. Leurs religieux visitèrent les Orcadcs et les Shetland, ces ilcs que les Romains avaient à peine devinées, au milieu de leurs brumes, et où ils plaçaient l'extrémité du monde, (//tu/ia Tliide. Aa\ m' siècle, ils se lancèrent hardiment, sans boussole, dans ces mers du Nord, jusqu'alors inexplorées et rendues si dangereuses par leurs brouillards et leurs banquises fiollantes ; et ils découvrirent l'Islande. Il est démontré, de nos jours, que les premiers habitants de celte île furent des moines celles «. Un siècle plus tard, emportés par leur humeur aventurière, les Vikings de Norvège et de Suède abordaient, à leur tour, dans celle île, vers b6U, et l'un
1. Ils prenaient la Scandinavie pour une île, preuve qu'ils navaiont pas exploré l'isthme do Laponie qui la raltache à la Russie.
ï. DicuiL. Liber de mentura orbis Urrx, ehap. 8.
d'eux, Ingolf, construisait Reykiavik. Les immignationa de Norvégiens, de Suédois, d'Ecossais se poursuivirent si bien qu'à la fin du x" siècle, l'Irlande avait une population de 20.000 âmes.
Ce fut alors que le pays fut évangélisé par l'évéque saxon , Frédé rie, l'islandais Slefnir Thorgilsson et le prêtre allemand Daiikbrand (080-997). De tous les pays du Nord de l'Europe, les missionnaires accoururent en Irlande, après l'an mille. Ce furent l'anglais Bernard ('016-1025), l'islandais ou norvégien Korl, vers 1025, le français Rodolphe (1030-1050), l'irlandais Jean (1001-1053), l'allemand Henri (1035-1041), le saxon Bernard (1047). Vers la fin du xi° siècle, les chrétientés islandaises étaient constituées avec deux diocèses rattachés à la métropole de Dron. theim. De leur côté, les Islandais entrèrent en relations fort suivies avec le reste de la chrétienté. Dans la liste des pèlerins de l'abbaye de Reichenau, qui va de 842 à 1100, on en trouve 39 venus ex Islant terra. Enfin, au xii" siècle, la plupart des Ordres religieux d'Europe s'établissent dans l'ile : les Bénédictins de Thingeyrar en 1143, et à Munkatvera, en 1155, les AugustinsàThykkvi. boer,en llCS.àFlatey, en 1172, à Helgafell, en 1184,à Videy, en 1226, et à Mœdruvellir, en 1295. Ainsi, dès le xm» siècle, les relations entre cette île lointaine et le continent européen étaient au moins aussi fréquentes que de nos jours'.
Les commerçants romains allaient à la recherche de l'ambre sur les côtes de la Baltique et c'est par là qu'ils ont eu connaissance des pays Scandinaves. D'autre part, les Angles partirent de ces régions pour envahir, dès le v« siècle, la Grande-Bretagne, en même temps que les Saxons, fonder des établissements eu Irlande et ravager, du vu" au x' siècle, la plupart des pays de l'Europe. Si les Scandinaves exploraient ainsi l'Europe, à leur manière, on ne peut pas dire qu'avant le ix' siècle, celle-ci ait exploré