II. Asie
Les géographes de l'antiquité tels que Eratosthène,Strabon et Pline nous indiquent, par leurs écrits, les connaissances qu'avaient de l'Asie es Grecs et les Romains. Elles portaient en somme sur le cinquième de ce continent. L'antiquité classique a eu les relations les pins étroites avec l'Asie Mineure, « hinterland » de l'Ionie et de la Grèce, avec la Syrie qui a été le centre du grand empire desSéleucides : avec l'Arabie où elle pénétrait par l'Egypte et la navigation de la mer Rouge. Elle a connu aussi la Bactriane, les régions de l'Oxus et de Tlaxarte (Turkestan actuel) où étaient entrées les armées d'Alexandre et où s'étaient formés des États hellénistiques. Enfin, les Romains av.iient quelques notions vagues des ports des Sères et de Thinae d'où venaient la soie, et qui semblent être les porls de Malaca. Aussi, le lac d'Aral, l'Himalaya, la presqu'île de Malaca semblent marquer les limites extrêmes de la connaissance que l'antiquité avait de l'Asie.
Dès les temps de l'Empire, le christianisme les précisa par ses missions. Il pénétra dans l'intérieur de l'Arabie, dès le premier siècle, en Arménie, dès le second, en Perse et dans le Turkestan actuel, dès le troisième. Une légende fort ancienne veut même que, dès le premier siècle, saint Thomas ail apporté l'Év.ingile dans l'Inde et que ses disciples y aient fondé de nombreuses chrétientés.
Ce qui est certain c'est qu'au vi« siècle, à l'époque de Juslinien, les rapports de l'Europe avec l'Extrême-Orient s'étendent de plus en plus ; nous en avons pour preuves les voyages de Cosmas Indicopleustès. Avant de se faire moine dans un couvent d'Alexandrie, Cosmas avait parcouru, pour son commerce, une partie de l'Afrique et de l'Asie, l'Egypte, l'Ethiopie, l'Inde et Ceylan, et à son retour, il réunit ses observations et ses souvenirs dans un ouvrage uililulé;ropo3ra;)/u«c/*rt!tieM»e(536).Dan3celtegéographie,
110 IIISrOinE PAUIIALE, HlSlOlUt vK»tb
il nous donne des détails fort précis sur des pays qu'auparavant on connaissait peu, comme par exemple l'île de Ceylan. II nous décrit les nombreuses communautés chrétienne de l'Inde, avec leur évéque placé sous la dépendance des églises de Perse. D'autre part, les navigateurs éthio. piens allaient jusqu'en Cliine chercher les produits qui servaient au luxe de Byzance, tandis que la Perse les recevait par la navigation du golfe Persique ou les caravanes de l'intérieur du continent. Les Occidentaux eux-mêmes que l'on nous représente comme des barbares conlinés chez eux, étaient en relations constantes d'affaires avec l'Orient, soit par les négociants qu'ils y envoyaient, soit par les Syriens qui venaient chez eux. « Nous trouvons, à l'époque des Mérovingiens, des Syriens établis non pas seulement dans des villes commerçantes du Midi de la France, comme Narbonne et Bordeaux, mais au centre même, à Orléans et à Tours ; et ils s'étaient si bien mêlés au reste de la population que c'était à peine si on les considérait encore comme des étrangers ; à Orléans, ils prenaient part aux fêtes religieuses ; à Paris, un des leurs fut même élevé sur le trône épiscopal '. »
Au vii« siècle, les voyages d'exploration et les expéditions de commerce en Asie prirent une nouvelle extension grâce aux Arabes. A Damas d'abord, à Bagdad ensuite, les kalifes, successeurs de Mahomet, avaient développé une civilisation brillante et raffinée qui, comme celle de Byzance, demanda à l'Extrême-Orient les aliments de son luxe. Le voyageur Sindbad le marin alla jusqu'à l'extrémité de la presqu'île de Malaca ; au viii" siècle, les marchands arabes poussèrent jusqu'en Chine, fournissant leur contingent au nombre d'étrangers auxquels le gouvernement chinois d'alors dut ouvrir le port de Canton -. La ville de Kan-fou
1. IIetd. Histoire du commerce du Levant uu Moyen Age, i, p. ai.
2. UicHTiiOFEK.C/iinn, I, SGcj. Ainsi, dès le viii» siècle, la Chine avnit ouvert ses ports aux marchands d'Occident, tandis qu'au commcucemeiit du xW siècle, elle les leur tenait fermés.
(non loin de la position actuelle de Chang-Haî) fut l'un des principaux entrepôts du commerce arabe en Extrême- Orient; « il y avait là un cadi qui rendait la justice conformément aux prescriptions du Coran et faisait les prières d'après le rite musulman '. » De là, les Arabes rayonuenl vers le Sud, dans la presqu'île de Malaea, où ils fondent le port de Kalah, à Java et dans les îles de la Sonde ; c'est alors également qu'ils pénètrent l'Inde, convertissent de gré ou de force plusieurs princes qui deviennent, dans les bassins de l'Indus et du Gauge et dans le Dékan, les chefs de ces États musulmans qui ont persisté jusqu'à notre époque.
Vers le même temps, lespeuplades jusqu'alors barbares des steppes de Russie étaient converties au christianisme par des missionnaires byzantins et jusqu'aux lacs Ladoga et aux steppes glacées du Nord, la civilisation pénétrait dans des pays inconnus des Romains. Des traités de commerce, signés en 911 et 944, entre les empereurs byzantins et les Russes, constataient que les marchands russes entretenaient des relations pacifiques avec les Grecs et faisaient de longs séjours à Constantinople. L'empereur Constantin Porphyrogénète rapporte même que, dès le ix" siècle, les navires russes, après être descendus par le Dnieper et le Don dans la mer Noire, passaient devant Constantinople pour faire le commerce dans la Méditerranée, et le géographe arabe Maçoudi ajoute qu'à la même époque, les navires russes allaient à Rome et en Espagne ». Des Russes en Espagne et à Rome avant l'an mille ! Voilà une constatation qui donne un démenti catégorique à ruffirnialion de M. Calvet !
Les Arabes, de leur côté, remontèrent le Volga et son affluent la Kama et entrèrent en relation avec le royaume mongol des Bulgares, situé entre Kazan et Simbirsk,