I. E.iDLicHER. Monumenta Arpadiana, p. 3a
». Hktd. op. cit., I, i85.
3. Sur ces foires voir Boirquelot. Histoire des foires de Chamm'jne ;GEKMAi:f. Histoire du Commerce de WonfpcWier; dom Vaissètb Wstvire du Languedoc; Port. Essai sur l'histoire du commerce mariime de Narbonne.
HUTOIBS PAUTIALE, HISTOIRB VBAia 10
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fut confiée à un frère mineur originaire de Magione, près de Pérouse, Jean de Plancarpin. Accompagné de plusieurs autres franciscains, il partit à cheval de L> on, où se tenait le concile œcuménique, pénétra par l'Allemagne dans les steppes de Russie, visita Kief et alla à Batou.sur le Volga, voir un khan tartare. De là, il traversa les steppes des Kirghiz, arriva au lac Balkasch, poursuivit sa marche à travers les vastes espaces couverts de neige de la Dzoungarie et, le 3 juillet 1246, arriva dans le pays des Mongols, à Karakorum, près de la ville actuelle d'Ourga, au centre de l'Asie. 11 assista au couronnement du khan de cette ville et aux grandes fêtes qui furent données à cette occasion. Il resta quatre mois chez ces peuples de race et de religion si différentes delà sienne, repartit, pendant l'hiver de 1246 et à peu près par la même voie qu'à l'aller, et revint en France par le Volga, Kief et l'Allemagne. Cette chevauchée de Lyon en Mongolie et lej retour avaient duré un an et quatre mois.
En l'envoyant chez les barbares. Innocent IV lui avait expressément recommandé de prendre, sur les mœurs et les habitudes de vie de ces peuples, toutes les informations possibles; c'est ce qui sexplique le séjour de quatre mois qu'il fit chez eux. De retour en France, il rédigea pour le pape une relation de son voyage qu'il intitula Historia Mongalorum. Elle contient une foule de renseignements fort curieux sur les Tartares et les Mongols, leurs mœurs, leur religion, leur nourriture, leurs habitations, leurs vêtements, leur gouvernement. Plancarpin y a noté aussi quelques détails intéressants qui nous montrent combien les Européens d'alors voyageaient, malgré les faibles moyens de locomotion dont ils disposaient. Il trouva, par exemple, à Kiev des marchands italiens, vénitiens ou pisans qui y commerçaient avec les Scandinaves et les Russes ».
I . La relation de Plancarpin a été publiée par d'AvEiiC. Becaeil de voyages et de mémoires, tome IV.
Pendant son séjour en Palestine, au cours de la seplicmo croisade, saint Louis voulut reprendre à son compte l'initiative du pape Innocent IV et il dirigea sur Karakorum deux missions, l'une dominicaine sous la conduite d'André deLongjumeau (1249), l'autre franciscaine sous la conduite de Jean de Rubruquis (12.>î). La première ne semble pas avoir donné de grands résultats ; il en fut tout autrement de la seconde. S'ils ne convertirent pas les barbares comme saint Louis l'espérait, si même ils ne purent pas conclure une alliance des chrétiens avec eux, les religieux n'en rapportèrent pas moins de ce long voyage de fort utiles renseignements.
Assisté dun frère de son Ordre, Barthélémy de Crémone, d'un clerc, d'un interprète lurcoman et de deux serviteurs, Rubruquis alla par mer de Saint-Jean d'Acre à Constantinople ; là. il se procura des provisions et cinq chevaux de selle ; car c'est à cheval, comme Plancarpin, qu'il allait traverser la plus grande partie de l'Asie. Un navire le porta de Constantinople à Soldaia (Sudali) en Crimée ; de là, il traversâtes steppes du Dnieper et du Don. Il constata, comme Plancarpin, que, dans ces régions, se faisait un grand commerce entre les Russes et les Italiens qui s'y trouvaient en assez grand nombre. Il passa le Don près des villes actuelles de Bogutschar et de Pawlosk. Au Moyen-Age. le pays de Bulgares se trouvait dans les steppes do la Russie mérieionale. Traversant la Tauride, l'ibérie, la Géorgie, la Bulgarie, la Coumanie et le pays des Turcomans, il arriva au camp de Sartak, fils du khan Batou, puis au camp de Batou lui-même, sur le Volga, non loin de la ville actuelle de Saratov. Dans ce trajet, il fif beaucoup d'observations ' sur ces populations du Volga chez lesquelles le christianisme byzantin se rencontrait déjà avec l'islamisme, le bouddhisme, le chamanisme et
I. Sa relation a été publiée par MM. Michel etWatciiT dans le Recueil de voyages et de mémoiret, a'i tomr IV.
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d'autres religions asiatiques. Il pénétra ensuite dans les steppes du Turkestan qu'avait déjà parcourues Plancar- |)in, et, par le Thibet, il arriva en Mongolie, à la ville de Karakorum où il fut reçut par le klian Mangou, le 5 avril 1254. Il y séjourna quelque temps, se renseignant sur les chrétientés nestoriennes et sur les autres religions qui s'y maintenaient, grâce à la tolérance des Mongols. Il revint par le Volga, l'Oural, la Caspienne, franchit le Caucase à la passe de Derbent, passa en Arménie par Erzeroum, atteignit par la Cilicie la Méditerranée où il s'embarqua pour Saint-Jean d'Acre, son point de départ. Parti de Conslantiuople le, 7 mai 12.53, il assistait au chapitre franciscain qui se tint à Tripoli, le 15 août 1255. Sa mission avait duré plus de deux ans.
Il écrivit une relation de son voyage qui est l'un des documents les plus précieux que nous ayons sur la géographie de l'Asie. Elle en précise beaucoup de points. Rubruquis, par exemple, ne craint pas de contredire Isidore de Séville et les autres géographes anciens et de dire, à l'encontre de leurs affirmations, que la Caspienne est une mer fermée ne commuiiquant nullement avec l'Océan glacial. « C'est smtout pour les mœurs et les coutumes des peuples, visités par lui, que sa relation est précieuse ; presque tout ce qu'il nous dit a été confirmé par les travaux des savants et des voyageurs modernes... Son récit ne contient pas de fables et si, dans un seul passage, il parle d'une vallée habitée par les démons, il ajoute qu'il ne les a pas vus. Toujours pi -in de bon sens, il n'affirme que ce qu'il sait et il avertit quand il s'en rapporte au témoignage d'autrui».» Parmi les nombreux traits curieux qu'il nous rapporte sur la Chine, ses populations et ses mœurs, relevons ceux qui nous prouvent la pénétration du christianisme, dès le xiii" siècle, dans ces pays encore
I. Biographie miionale publiée par l'Académie royale de Pelnime, art. naytbroekli da Victor CuAUvm.
aujourd'hui si peu connu de nous. « Les Keraïtes, tribu considérable établie sur la frontière de la Chine, était depuis longtemps gagnée à la foi chrétienne. Une autre tribu, non moins considérable, celle des Naïraans, fixée sur le cours supérieur de l'Irlich, aurait été également rattachée au rite nestoricn ; le fait est affirmé par Guillaume de Rubruquis et quelques écrivains orientaux... (et ainsi) des chrétiens en assez grand nombre vivaient au milieu des peuplades non converties au christianisme, par exemple chez les Ouigours... Il ne faut pas oublier l'action exercée par certaines femmes chrétiennes, mères ou épouses de khans '. »
M. Heyd souligne l'importance capitale qu'eurent pour les relations commerciales ces missions dominicaines et franciscaines, entreprises pour des intérêts surnaturels. «Les .Jean de Plancarpin, les André de Longjunieau, les Guillaume de Rubruquis avaient tracé la route où allaient s'engager, aprèseux,nonseulemenlde nombreux religieux employés aux travaux des missions, mais aussi des laïcs attirés dans ces pays lointains par l'appât du gain. Us avaient ouvert à leurs imiUteurs l'accès d'espaces incommensurables, en pc nétrant eux-mêmes jusqu'à la résidence duGrand-Khan, aux environs de Karakorum, ville située au Sud du lac Baïkal, dans le pays des KholUas, à quatre ou cinq milles anglais du cours supérieur de l'Orkhau, au point nommé de nos jours Kara-Balghassoun. Jamais avant eux, aucuncommerçant européen n'était entré aussi avant dans le centre du continent asiatique ^. »
Les premiers commerçants qui s'engagèrent dans la voie tracée par Rubruquis et l'élargirent encore, ce furent
1. Hetd. II, p. 66. Le khan Mangou qui reçut Riibrurjuis était fils d'une mère chrétienne.
niibruqiiis rencontra à Karakorum des mineurs cldesarninriors allemands et un orfèvre parisien qui étaient au service de (jrand khan.
a. thii., U, 70.
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les deux frères Nicolo et Marco Polo de Venise. En 1255 ils étaient allés de Venise à Constantinople et de là ('• Sondak en Crimée, où ils avaient rejoint leur frère aîn' Marco. Réunis, ils résolurent d'aller trafiquer chez le- Tartares établis depuis le Dnieper jusqu'au delà de l'Oural dansl'empire de Barkaï-Khan, frère de ce Balou qu'avaieu' visité Plancarpin et Rubruquis ; ils furent reçus par 1>avec la plus grande bienveillance. Barkaï, ayant élé vaiucr par Houlagou, kkan des Mongols de Perse, Us quittèren' son pays, et côtoyèrent la mer d'Aral pour arriver à Bo kliara qui appartenait alors à la Perse.
Ils accompagnèrent les ambassadeurs d'Houlagou auprès du Grand- Khan des Mongols Khoubilaï, petit-fils de Gengis-Khan et successeur de ce khan Mangou qui avait reçu Rubruquis. Ravi de la conversation des frères Polo, le Grand-Khan leur manifesta l'intention de se faire chrétien et les chargea d'aller, de sa part, demander des missionnaires au pape et prendre de l'huile de la lampe du Saint-Sépulcre de Jérusalem. A travers les neiges, les Polo revinrent donc de Karakorura en Asie Mineure et de là à Venise. Après avoir accompli leur mission auprès de Grégoire X, le pape nouvellement élu (1271). et être passés par Jérusalem, ils retournèrent en Chine, emmenant, cette fois, avec eux le jeune Marco Polo, fils de Nicolas et neveu de Marco Polo l'ancien. Ils trouvèrent !c Grand-Khan dans sa résidence d'été Kai-Mengfou, ville construite récemment, élevée à la dignité de ville souveraine et située à soixante lieues de Pékin, au Nord de la Grande-Muraille.
A peine âgé de vingt ans, le jeune Marco Polo se plia aux mœurs des Tartares ; il apprit le chinois, l'ouigûur, le persan et l'arabe, avec leurs écritures particuîières, et bientôt, il devint l'homme de confiance de Khoubilaï qui l'investit de missions fort importantes dans plusieurs provinces chinoises ; il fut ainsi envoyé en Birmanie et dut traverser la Chine, du Nord au Sud, alors que,
pour y venir de Bokhara, il l'avait parcourue de l'Ouest à l'Est. « Après cela, dit Marco Polo lui-même, messire Marc Pol demeura auprès du seigneur dix-sept ans, allant de <;à et de là en messagerie par diverses contrées, là où le seigneur l'envoyait, comme sage et connaissant la manière du seigneur ; il se peinait beaucoup de savoir et d'entendre toutes choses qu'il savait devoir plaire au Grand-Khan. Quand il revenait de ses tournées, il contait tout; aussi, pour ce, le seigneur l'aimait beaucoup et récoulait avec grand plaisir. Et pour cette cause, il l'entoyait plus souvent en toutes ses grandes messageries, et les bonnes et les plus lointaines. Et il les faisait toutes fort bien et sagement, avec la grâce de Dieu. De quoi le seigneur l'aima beaucoup et lui faisait moult grand honneur. Et ce fut l'occasion pourquoi ledit messire Marc Pol en sut plus et en vit des diverses contrées du monde plus que nul autre homme. Et surtout, il mettait son attention à savoir, à épier et à s'enquérir pour raconter le tout au grand seigneur ». » Voilà donc un "Véuitien qui, pendant dix-sept ans, fut l'homme de confiance, le principal ministre de l'Empereur de Chine ! et cela se passait il y a sept cents ans, en un temps où, d'après M. Calvet, les Européens ne connaissaient aucun peuple exotique, aucune religion autre que la catholique^ aucune autre civilisation que la latine ! Quel démenti lui est donné par le seul fait de ce Vénitien, ministre, au xm' siècle, d'un Empereur de Chine !
Au bout de dix-sept ans, Khoubilaï permit aux trois Polo de revenir chez eux. Ils partirent avec des lettres impériales pour le pape, les rois de Frauce et d'autres nations, portés par une flotte de treize grands navires et de six cents personnes. Ils flrent le tour du continent asiatique, allant du golfe de Petchili à Sumatra, où ils parvinrent au bout de trois mois, et de Sumatra atteignant, en