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G. P»vTHiE« Le livre de Marco Polo. o. an

dix-huit mois, l'embouchure du Chal-el-Arab, dans le golfp Persique. Chemin faisant, ils recueillaient de curieuses observations et notaient « maintes merveilleuses choses ». Do Perse, où ils avaient à s'acquitter d'une mission do Khoubilaï, ils allèrent à Trébizoïule sur la mer Noire, et de là, par Constautinoplo et Négrepont, à Venise où ils parvinrent eu 1295. Us eu étaient partis en 1271, et ainsi, leurs voyages en Asie et leur séjour en Chine avaient duré vingt-cinq ans. Trois ans après, Marco Polo le jeune dicta une relation eu français de ses voyages ; il en fit une seconde rédaclion, toujours en français, eu 1307. 11 mourut sans doute vers 1324.

Le livre de Marco Polo nous donne une foule de renseignements exacts sur la géographie physique de l'Asie, les mœurs de ses habitants, leur religion, leur langage, leurs gouvernements, les productions de leurs pays. Parlant de la mer Caspienne par exemple, il note que sur les confins de l'Arménie et de la Jorgauie, il y a des ton taines d'où sort une huile si abondante que cent navires pourraient y trouver leur chargement eu une fois. 11 ajoute que celte huile n'est pas bonne à manger, mais brûle bien et que dans tous les pays avoisinants on s'en sert pour s'éclairer. A cette description, nous reconnaissons les sources de pétrole de la région de Bakou. Sur la secte nestorienne qui avait des adhérents jusqu'en Chine et dans l'Inde, sur les barques que construisaient les indigènes d'Orrauz, sur les bœufs et les moutons si extraordinaires de la Perse, il donne des détails dont l'exactitude a été maintes fois vérifiée par les voyageurs des siècles suivants. A Balkh, il décrit les ruines accumulées récemment par Gengis-Kh;ui. Marco Polo passe ensuite aux plateaux de l'Hindou-Kouch qu'il déclare avec raison les plus hauts du globe ; là en effet, il s'est trouvé à une altitude de 4.764 mètres. Il décrit les riches pâturages de la Caramanie, les splendeurs de Kaschgar avec ses vastes jardins, ses vignes, sou coton, et de Saïuarkaude a graa-

dissime et noble cité ». Daus la Sogdiane, il nous montre beiucoup de chrétiens vivant avec les musulmans et les païens et élevant, dans la capitale diipays.une splendide cathédrale. Il nous introduit ensuite dans le Khotan, riche en vin et en coton, puis dans le désert de Gobi dont la traversée, dit il, dure un mois. Traversant la Clune. il décrit les croyances des bouddhistes et, malgré sa ferveur chrétienne, il n'hésite pas à rendre hommage aux vertus des bonzes « qui se gardent de luxure et vivent plus honnêtement que les autres. .. A propos de Karakorum, il décrit les mœurs des Tartares dont elle est la capitale, et à ce sujet, il entre dans les détails les plus miuuUeux et les plus exacts. 11 raconte aussi l'histoire de Khoubilaï pendant celte période. La description qu'il donne de sa capitaie « Cambaluc • est d'une exactitude que l'on a pu vérifier d'après les écrits des historiens chinois. Il en est de même de plusieurs villes chinoises où il fut envoyé en mission : Yaug-Tcheou, dont il fut gouverneur pendant trois ans, Siang-Yang, Hang-tcheou-fou, etc.

Il profila de son voyage de retour pour décrire, avec la même précision, la Cocliinchine, Bornéo, Java, Sumatra, les lies Nicobar et Andaman avec leurs anthropophages, enfin l'ile de Ceylan, « qui est tout vraiment la meiUeure qui «oit au monde » avec ses pierres précieuses, rubis, saphirs, topazes, améthystes, les bijoux merveilleux des princes. A propos de Ceylan, Marco Polo raconte l'histoire du Bouddha qu'il avait recueillie au cours d une mission que lui avait confiée Khoubilaï dans cette île. Or voici le témoignage que rend à son exactitude l'un des maîtres de lliisloire du bouddhisme, M. Barthélemysaint-Hilaire. « Nous qui possédons aujourd'hui l'histoire Ju Bouddha Cakyamouiii, d'après des documents authentiques, nous devons rendre justice à ses informations dont la justesse est vraiment extraordinaire pour le im« siècle. A cette époque qui en savait autant en Europe? Plus tard et pendant quatre siècles de suite, qui

en sut davantage ? Cette notice, quelque brève qu'elle soit, est comme une révélation •. • Ce fut sans doute au cours de ses voyages dans les îles de l'Océan Indien que Marco Polo se renseigna sur Madagascar; de tous les géographes, il a été le premier à parler de cette grande île qu'il nomme Madeisgascar. Ce qu'il en dit au point de vue de l'histoire naturelle a été vérifié et reconnu rigoureusement exact par le célèbre naturaliste Geoffroy Saint- Hilaire^»

Telle fut la grande œuvre géographique que Maroc Polo accomplit dans ces temps auxquels M. Calvet nie toute largeur d'esprit, et déclare enfermés dans les plus étroits horizons. « Sa gloire, dit Barthélémy Saint-Hilaire, ne sera ni dépassée, ni ternie. En lui, l'intelligence a été poussée aussi loin qu'elle pouvait l'être de son temps ; et favorisé par d'heureuses circonstances, il a même produit bien au delà de ce qu'on pouvait alors se promettre et même de co qu'on pouvait croire... Son ouvrage est un des chefs-d'œuvre qui doivent rester des modèles et compter à jamais dans les annales de l'esprit humain... Marco Polo a fait un ouvrage immortel et les commentaires dont l'enrichit la science contemporaine ne font qu'en rehausser de plus en plus la valeur ". »

Tandis que Marco Polo était à la cour de Khoubilaï, plusieurs religieux franciscains furent envoyés par le Saint-Siège pour essayer de convertir le Grand-Khan et la Chine. Ce furent d'abord, sous Nicolas ITI (1277-1280), Gérard de Prato, Antoine de Parme, Jean de Sainte- Agathe, André de Florence et Mathieu d'.^rezzo. Mais le vrai fondateur de la mission de Chine fut Jean de Montecorvino.

I. Barthélemt-Saiîit-Hilaire. Le livre de Marco Polo, dans lo Journal des Savants, 18G7, p. îiy.

a. Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, i85i, p. 100; i8r>4. p. 833; 1855, p. 5o8.

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