Bahtuéleut-Samt-Hilaire, op. cit., pp. 3a
Né près de Salevne, en 1247, il partit pour l'Extreuie- Orient en 1289, portant des lettres de Nicolas IV (1288l=>y>) pour Argoun, Khan de Perse, et Khoubilaî. 11 s'arrêta à Tauris en 1291, séjourna treize mois aux Indes, dans réglise de Saint-Thomas de MéUapour et arriva en Chine vers mi. Il y demeura près de quarante ans, jusqu'à sa uiort en 13:3:?, y fondant les premiers évéchés catholiques. En 1307 le pape Clément V lui envoya sept Irères mineurs évéques qui devaient le sacrer comme archevêque de Carabalic, primat de l'Extrême-Orient, et être ses suffraeanls C'est ce que firent, en 1308, les trois religieux qui Lvinrent jusqu'à la capitale de Khoubilaî ; et ainsi, fut fondée la métropole catholique de Pékin. Un nouv.l évéché fut créé, dans les années qui suivirent, celm de Zaîtoun dansle Fou-Kien, vers 1310; il eut pour tilulaires les franciscains Gérard. Pérégrin et André de Pe-
rouse
Lorsque Montecorvino mourut, en 1333, il fut remplace sur le siège archiépiscopal de Pékin par un ancien professeur de rUniversitéde Paris, qui était arrivé à la tête d une nouvelle mÏBSion de trente-deux franciscains. Les papes continuèrent à s'occuper avec un soin tout particulier de la province ecclésiastique de Chine : en 1342, Benoit XIl V envoyait d'Avignon quatre autres franciscains ; en 13W. Urbain V nommait archevêque de Pékin le frère imneur Nicolas de Prato que vinrent rejoindre d'Europe cinquante deses confrères. En 1370. Nicolas avaitpour succcsseurun professeur de l'Université de Paris. Guillaume de Prato, qui fut assisté de soixante religieux de l'Ordre de Saint- François. Eu l'371, François de Podio, sans doute Catalan, fut envoyé comme légat apostolique en Chine.
En même temps, les frères mineurs essayaient de créer une nouvelle mission chinoise en Asie Centrale, dans le bassin de l'ili. L'un deux, Richard de Bourgogne fut nommé évéquc de lli-balig ; il avait pour compagnons tro, de ses confrères, Pascal de Victoria. François d Alexan
l.>b HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE
drie et Raymond Ruffi et deux frères laïques, Pierre Martel de Narboune et Laurent d'Alexandrie'.
Ces missions ne durèrent pas au delà du xiv« siècle. La dynastie chinoisedes Ming, qui succéda à la dynastie tartare deGeugis-khan, montra moins de tolérance que celle-ci. Elle persécuta ces chrétiens que Khoubilaï avait jadis attirés dans son empire. Les missions de Zaïloun, de Fou- Kieu et de Tclie-Kiang furent dévastées et détruites, tandis que l'archevêque de Pékin et l'évéque d'ili étaient massacrés. En 1362, le cinquième évoque de Zaïtoun, Jacques de Florence, fut martyrisé par les Chinois. Dès lors, il fallut attendre les prédications de saint François-Xavier et des jésuites, au milieu du xvi« siècle, pour voir reparaître en Chine les missions catholiques.
Parmi les fransciscains qui furent envoyés aux missions de Chine figura l'un des grands voyageurs du xiv« siècle, le bienheureux Odoric de Pordenono. Né vers 1285, il avait faitprofessionreligieuse, en 1300, au couvent d'Udine. En avril 13 18, il partit de Padoue pour Constanlinople d'où il alla par mer jusqu'à Trébizonde. Il suivit alors la voie de terre par Erzerouni, le mont Ararnt et Tauris. Ce fut donc par la Perse qu'il gagna le golfe Persique, en passant par Sultanich, Qashân, Yezd, Persépolis. Il visita le Farsistan et le Khouzislan et s'embarqua à Ormuzd. Après vingt-huit jours de traversée, il arriva à Tana de Salselte où il recueillit les ossements de franciscains qui venaient d'être martyrisés (1321). Il constata, que dans cette ville, il y avait « quinze manières de chrétiens, mécréants, achismatiques et nestoriens » Il y trouva aussi le boudhisme qui y avait supplanté le brahmanisme et l'Islam. « Odoric parcourt ensuite la côte de Malabar, décrit la manière de récolter le poivre, visite Fandaraïna, Cranganore, Coulam, remonte la cote de Coromandel, s'arrête
I. H. CoHDiBR. Le voyage en Asie, au XIV» siècle, du bienheureux Odoric dePordeitoue (8» Paris-Leroui), 1891, p. xixxxi.
a Sumatra, dont il visite quelques royaumes, puis à Java, louche au Sud de Boiiiéo, à Bandjermasiu, de là, se rend au royaume de Tchampa et arriva enfin en Chine àCanton. Il visite successivement les ports du Fou-Kien entrç autres Zaïloung, et du Tche-Kiang où il arrive à la capitale Hang- Ichéou, la Quinsay de Marco Polo. De là, il se dirige dans l'intérieur, visite Nan-King puis Yang-tchéou et se rend par la voie du Grand Canal, par Lin-tsing et Tsining jusqu'à Khan-bâliq, la capitale du Grand Khan. Monlecorvino était l'archoveque de cette ville. Odoric y séjourna trois années. Il nous décrit la résidence d'été du Graad-Khan, la manière de voyager de ce prince, les postes, les chasses, etc; et comme les Mongols étaient fort tolérants, il voyait à leur cour aussi bien des boudhistes que des musulmans, des nestorieus et des catholiques '. » /^. O- 4
Odoric revint en Europe par le Chan-Si. le Chen-Si et le Se-tchouan, c'est-à-dire par les provinces méridionales de la Chine et par voie de terre. Traversant, dès le xiv» siècle, ces pays élevés que des voyageurs contemporains, Bonvalot et d'Ollone, ont découverts de notre temps, il parcourut le Thibet. « 11 est le premier Européen qui nous parle de Lhassa. » (Cordier). H revint sans doute par le Khorassan, Tauris et l'Arménie : il était de retour en Italie, en 1330, après un voyage de douze ans. Par ordre de ses supérieurs, il dicta à l'un de ses confrères la relation de son voyage et se disposait à aller la porter au pape Jean XXII, quand il mourut, le U janvier 1331'.
Sans avoir l'importance de celle de Marco Polo, cette relation est d'un grand prix. Elle sert de contrôle au récit du marchand vénitien, et elle le complète par un çrand nombre de renseignements nouveaux. Elle donne ics détails sur le gouvernement de la Chine et sur les
I H. CoiiDiER, Introdaclion. p. xivii.
.. Il fut canonisée par le pape Benoit XIV, le . Juillet iîS5.
mœurs des Chinois ; elle note par exemple qu'ils ont les ongles longs et les pieds petits. « Elle décrit lapréparation du poivre et du sagou, la pêche des perles à Ceylan, la pêche avec le cormoran en Chine, l'usage de la sarbacane. Odoric connaît le bezoard ; il est assez observateur pour nous marquer la présence du calao à Ceylan, ducog à duvet dans le Fou-Kien et de l'anser cijgnoidcs à Can. ton. » Il précise les notions que Marco Polo avait déjà données de Sumatra et de Bornéo. Aussi M. Cordier' n'hésite-t-il pas aie classer parmi les grands voyageursàqui l'humanité a dû, dès le Moyen Age, plus d'Un siècle avant la Renaissatice, la connaissance des régions les plus reculées et les plus inaccessibles de l'Asie et de la Malaisie.
Dans la seconde moitié du xiv» siècle les relations de l'Occident latin avec l'Extrême-Orient et le centre de l'Asie devinrent de plus en plus rares ; pendant le premier siècle de la Renaissance, elles jurent presque milles; elles ne reprirent que vers le milieu du xvi" siècle. Cela tient surtout aux révolutions qui bouleversèrent alors le continent asiatique, amenant dans les populations tartares et mongoles des accès périodiques de xénophobie. La Chine, l'Inde, la Malaisie, se fermèrent aussi aux Européens. Toujours poussés parle prosélytisme chrétien, l'esprit d'aventure et le goût du négoce, ceux-ci essayèrent à maintes reprises de forcer celte grande muraille qui s'élevait de plus en plus entre eux et l'Extrême-Orient; plusieurs missionnaires même subirent le martyre. La persévérance des Européens finit par se lasser.
A ce moment critique de l'histoire de la géographie, on peut sans exagération constater que les nattons du Moyen A(je connaissaient certainement l'Asie plus que les nations du XVIIP et de la première moitié du XIX' siècle. Les grandes expéditions dans les plateaux de Pamir et du rhibet ou sur les sommets de l'Hindou-Kouch qui ont fait
t. ConpiER. op. cit., p. Lvi.
radmiration de notre temps, avaient déjà été entreprises avec succès, dès le xiii» et le xiv» siècle, par les missionnaires dominicains et franciscains. Du temps de Marco Polo et d'Odoric de Pordenone, la Chine était certainement plus ouverte aux Européens qu'elle ne le fut dans la première partie du six" siècle, avant le traite de Nankin. Enfin, les géographes du xix» siècle ont appris beaucoup dans les relations du xui% surtout dans celle de Marco Polo. Le bouddhisme, le brahmanisme, la religion de Confucius, les superstitions païennes des îles du Pacifique et de rOcéan Indien étaient connues des voyageurs du Moyen Age presque autant que de ceux de nos jours.
Comment M. Calvet a-t-il pu écrire que les Français et les Européens du Moyen Age ne connaissaient pas d'autres peuples qu'eux-mêmes et donne-t-il à entendre qu'ils ne restaient fidèles au catholicisme que parce qu'ils n'avaient jamais entendu parler d'autres religions ?
Ces affirmations fausses proviennent-elles de l'ignorance, ou d'une partialité s'emportant jusqu'au mensonge ?. Grammatici certant !
III Afrique.
Quoique moins importantes que les explorations de l'Asie, les explorations de l'Afrique, au Moyen Age, prouvent l'esprit d'initiative et la curiosité des peuples européens, à cette époque. Ce continent avait été déjà sillonné, surtout le long des côtes, par les voyageurs de l'antiquité. Les Phéniciens, que l'on a si justement appelés les routiers des mers des temps anciens, en avaient fait la circumnavigation, dès le vi« siècle, si nous en croyons un texte d'Hé rodote ». Un navigateur carthaginois, Hannon, semble être allé à l'Ouest jusqu'au neuvième degré de laUtude Nord, vers le Sierra-Leone. Au i" siècle de l'ère